Le journal de papageno

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jeudi 26 mai 2011

La musique classique c'est de la merde

Les jeunes ne s'intéressent pas à la musique classique. Surtout ceux des banlieues, ou plutôt des « quartiers populaires » comme dirait cette bourgeoise de Martine Aubry. C'est devenu un lieu commun et même un cliché, validé par de nombreuses études sociologiques depuis Bourdieu au moins. On ne compte pas non plus les initiatives « pédagogiques » menées par les orchestres, les mairies, ou les lycées afin d'inculquer le classique à nos jeunes. Lesquels résistent vaillamment à tant d'assauts et continuent d'écouter la musique de leur génération. Ce qui inspire de tristes articles à de tristes intellectuels déplorant que les jeunes refusent ainsi de s'adapter au classique. Car adapter le classique aux jeunes, il ne saurait en être question. C'est parfaitement impossible : par définition le classique c'est ce qui ne change pas.

Je voulais faire au départ un article sur tous les lieux communs liés à la musique classique pour les démonter gentiment, mais en avançant dans la rédaction, je me suis rendu compte avec horreur puis avec amusement que tous ces lieux communs sont parfaitement véridiques et que la vérité est encore pire que cela. Il suffit d'ouvrir les yeux :

  • « Le classique c'est une musique de vieux ». Bmamie.jpgien sûr ! Il suffit de regarder le public du Théâtre des Champs-Élysées ou de la Folles Journée de Nantes pour s'en persuader. Mais pourquoi ? C'est tout simple : en vieillissant l'oreille baisse. La musique devient progressivement moins riche en couleurs (à cause des fréquence aigües). Dans ces conditions il est beaucoup plus confortable de ré-écouter la musique qu'on connaît déjà, car la mémoire reconstitue ce qu'on n'entend plus que partiellement. Et puis le classique c'est assez prévisible, c'est toujours la même chose : tonique, dominante, ré-exposition, cadence, coda, saluts, applaudissements, taxi, une camomille et puis au lit ! Alors que tout fout le camp, tout se détraque ma bonne dame, les jeunes ne respectent plus rien, le rituel immuable bien rôdé du concert classique est rassurant. Plus on vieillit, moins on entend bien, et plus on apprécie Vivaldi sur instruments d'époque.

  • « La musique classique est bourgeoise » La musique classique est un marqueur de la classe dominante, c'est un fait bien documenté. Une seule preuve ? Les questions sur la musique classique à l'épreuve de culture générale de l'ENA, dont le seul but est d'empêcher les fils d'ouvriers en bâtiment et les zy-va à casquette de devenir préfet, inspecteur général des finances ou administrateur d'un groupe du CAC40. La musique classique est tellement subventionnée que ça c'est pas vraiment le prix des concerts qui fait la différence (les places pour la tournée d'adieu de Johnny étaient à 120€, pour ce prix là on a des place de choix dans la plus chic des salles parisiennes), mais vraiment l'habitus au sens bourdieusien, c'est à dire tout ces petits détails qui distinguent ceux qui jouent au golf de ceux qui jouent au basket. Encore une preuve ? Les musiciens d'un concert classique sont habillés comme les serveurs dans les restaurant chics. À votre avis, pourquoi ?

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(photo : Albert Dupontel dans « Fauteuils d'orchestre »)

  • «  La musique préférée des con(formiste)s » À quoi servent les « discothèque idéale, le top 100 de Radio Classique, les petites étoiles, les « ffff » et les « choc » de Classica ou Télérama ? A rien d'autre qu'à formater les cerveaux. L'amateur de classique est obsédé par les classements et la hiérarchie. S'il écoute un pianiste, il faut que ça soit un « tout grand » ou « une étoile qui monte » ; il vante un chef comme étant « de classe mondiale », un violoniste comme « tu sais, le 1er prix du Long-Thibaut en 2006 ». Le prêt-à-penser lui est donc extrêmement utile : il ne veut écouter que l'interprétation « de référence » des plus grands « chefs-d’œuvre » des « meilleurs » compositeurs.

  • « Garanti avec beaucoup de conservateurs » robot-violinist.jpgOn l'a déjà dit, le bourgeois c'est comme le cochon, plus ça devient vieux, plus devient amateur de classique. Mais le conservatisme n'est pas que la tendance politique dominante dans le public : c'est aussi une maladie qui touche les artistes eux-mêmes dans leur cœur de leur travail. Il y a la formation très standardisée à laquelle on les soumet alors qu'ils sont trop jeunes pour avoir développé une véritable personnalité. Il y a le respect maniaque de la partition qui atteint une dimension fétichiste et idolâtre (on oublie ainsi que la partition n'est qu'un medium fort imparfait et incomplet de communication entre le compositeur et les interprètes, qui repose sur beaucoup de conventions non écrites). Il y a les versions discographiques « de référence » auxquels ils seront comparés qu'ils ne veuillent ou non. Il y a le programme des concours internationaux où l'on retrouve toujours les même 4 ou 5 concertos pour violon, et qui semblent destinés, ces concours, à produire des clones plutôt que des artistes. Il y a les agents et les directeurs de salle qui préfèrent ce qui se vend bien, c'est à dire les œuvres les plus connues et rebattues du répertoire. En bref, depuis l'école de musique première année jusqu'à la scène de la philharmonie de Vienne, c'est lavage de cerveau à tous les étages !

  • « Plus coincé que moi, tu meurs! » Depuis des temps immémoriaux, la musique est associée à la danse. Jouez quelques notes devant des enfants de 3 ou 4 ans, ils vont se lever et danser (ça marche aussi bien avec Chopin qu'avec les Beatles). Faut-il vraiment qu'ils aient vieilli dans leur corps et dans leur tête pour accepter d'écouter de la musique 2 heures de suite dans un fauteuil ! Dans un concert de rock/pop/techno, on peut crier, chanter, mettre la main au fesse des filles, bref se donner du bon temps. Mais les amateurs de musique classique ont un balai dans le cul, ça fait peine à voir. A les voir tous s'emmerder poliment lors d'un récital de piano salle Gaveau, impassibles dans l'épreuve comme Bernadette Chirac à un défilé du 14 juillet, on aurait presque pitié d'eux (mais lisez plus bas et vous n'éprouverez plus aucune pitié !).bernadette_chirac.jpg

  • « Le choix des pervers psychopathes ». Les lecteurs du Journal de Papageno qui sont tellement cultivés, ont certainement vu la trilogie du Silence des agneaux. Or, quelle musique écoute le docteur Hannibal Lecter , pervers psychopathe manipulateur et anthropophage, avant de vous découper en morceaux pour faire cuire vos rognons au madère ? De la musique classique bien sûr !! Dans le prologue d'Hannibal il pousse le vice jusqu'à servir les meilleurs morceaux d'un flûtiste arythmique aux membres du comité de soutien de l'orchestre philharmonique de Boston. Si votre voisin écoute trop de musique classique, soyez méfiants !

  • « Danse avec les morts » boite-musique-anniversaire-4.jpgUn bon compositeur est un compositeur mort, c'est tout à fait inutile de revenir là-dessus. Mais la calcification de la musique classique va bien plus loin que ça : l'industrie du disque et le fétichisme du top 100 conduisent de plus en plus les interprètes disparus (Maria Callas, Glenn Gould, …) à charmer nos oreilles. Certains proposent même de recréer le « toucher » des pianistes disparus d'après leurs enregistrements, pour programmer une sorte de piano mécanique, afin produire des « concerts » de zombies avec Rubinstein, Gilels, Cziffra... Amis nécrophiles, bonsoir !

Vous l'aurez compris, s'il y a une chose qui met d'accord les notaires de province, les pervers psychorigides et les gérontologues d'accord, c'est bien celle-ci : la musique classique est une musique d'avenir.

Mais assailli d'un doute après avoir tenté en vain de réfuter mes arguments (qui sont encore plus inattaquables que la vertu de DSK), vous vous demanderez peut-être : « au fond, suis-je un de ces coincés du classique qui traumatisent leur entourage avec leur passion malsaine pour la musique nécrosée ? » Nous avons mis au point un test de dépistage simple pour vous aider à voir clair. Si vous avez au moins deux étoiles dans le quizz suivant :

(*) vous avez 500 disques de classique et pas un seul de jazz ou de variétoche

(*) vous avez un abonnement à l'opéra et un autre à Pleyel

(*) le mot « contemporaine » déclenche chez vous une réaction automatique sous la forme d'une phrase où figurent les mots « Boulez » et « caca »

(*) vous pensez comme l'idiot congénital qui avait commenté un précédent billet à la radio que la querelle des Anciens et des Modernes se résume aujourd'hui au débat sur les archets convexes ou concaves et les cordes en boyau ou en métal pour jouer les symphonies de Beethoven

(*) vous croyez sincèrement que Ton Koopman et Nathalie Dessay sont des stars mondialement connues

(*) vous n'écoutez plus Radio Classique depuis qu'ils passent de la musique de film

(*) vous trouvez le début du quatuor « Dissonances » de Mozart... dissonant

Alors les symptômes ne trompent pas : vous souffrez de classiquite aigüe à tendance psycho-rigide et la nécrose intellectuelle menace. Afin de soulager votre entourage qui souffre certainement de votre intolérance compulsive et violente envers toute musique tant soit peu actuelle, des mesures radicales s'imposent :

  • Bazardez votre discothèque (les disques c'est un truc de vieux de toute façon, et un truc fétichiste en plus)

  • Arrêtez de lire Le Figaro (surtout les pages culcul-ture)

  • Achetez une guitare électrique à votre gosse au lieu de l'emmerder avec des leçons de piano et de solfège au Conservatoire (endroit où l'on conserve les momies de l'histoire de la musique).

  • Ré-apprenez à bouger en rythme avec la zique

  • Intéressez vous pour la première fois de votre vie à la différence à l'oreille entre le tango et la salsa ; le rap et la R&B ; la techno et le heavy metal...

  • Pour vous détendre après le boulot, écoutez des trucs qui déchirent vraiment comme la Sonate n°6 pour piano de Galina Oustvolskaïa ou le Helikopter-Streichkartett de Stockhausen (liste non exhaustive, tant s'en faut).

  • Suivez scrupuleusement le rythme du régime Dukon (R) :

    • sevrage : pendant 45 jours, n'écoutez pas une seule note de musique écrite il y a plus de 20 ans ; favorisez la musique électro-acoustique et mixte

    • transition (90 jours): musique du XXe siècle autorisée (Rachmaninoff et Piazzola toujours interdits)

    • stabilisation : retour à musique ancienne en respectant un régime sain et équilibré avec cinq compositeurs vivants par jour (le fameux five-a-day)

    • dans tous les cas, la musique de Lady Gaga est à éviter absolument (risque d'intoxication putassière élevée)

(Rendons à César ce qui est à César: le titre de ce billet a été fortement inspiré par l'excellent le rock c'est de la merde publié sur le non moins excellent MusicLodge.

mardi 5 avril 2011

La musique de l'avenir sur les instruments du passé

Reçu dans ma boîte à spam, cette pub de la Cité de la Musique:

L'intégrale des symphonies de Beethoven.

Compositeur universel, Ludwig van Beethoven n'a cessé d'influencer des générations de musiciens. La Cité de la musique vous propose l'intégrale de ses symphonies. Interprétée par la Chambre Philharmonique sous la direction d'Emmanuel Krivine et jouée sur instruments d'époque, cette série de concerts retrace la manière dont Beethoven a dépassé toutes les conventions pour projeter le genre symphonique dans l'avenir.

En mon for intérieur, je n'ai pas pu m'empêcher d'être perplexe: si le mec, là, Beethoven, il était tellement moderne qu'aujourd'hui encore il décoiffe les mamies de la salle Pleyel, quel besoin y a-t-il d'utiliser des instruments anciens (ou copies d'ancien) pour le jouer ?

Attention, je n'ai rien de spécial contre E. Krivine et son orchestre: j'ai eu le bonheur de les entendre à Salzbourg il y a quelques années dans un opéra de Mozart, c'était vraiment impec. Du travail soigné, à l'ancienne. Je kiffe les cordes en boyau, les cors naturels, et les pianoforte sans double échappement. Respect total pour les mecs qui font des années de recherches sur le son des instruments. Si le son n'est pas important, qu'est-ce qui est important pour un musicien ?

Cela étant posé, c'est tout de même ahurissant se se présenter comme progressiste alors qu'on se spécialise dans la musique vieille de 200 ans et plus. C'est là la plus grande ruse des musiciens spécialisés dans les instruments d'époque: se faire passer pour modernes et par conséquent, ringardiser ceux qui ne jouent pas comme eux. Pour un peu, on y croirait, à leur fable. Comme si l'histoire de la musique (celle qu'on enseigne dans les histoires de la musique) était définitivement close. Comme si la seule évolution était celle des traditions interprétatives. Comme si la musique qu'on fait aujourd'hui, que ça soit du rock ou du Mantovani, c'était forcément de la merde (alors que tout le monde sait que dans le rock il y a des choses bien parfois). Du reste nous en avons déjà parlé. La muséification à l'oeuvre dans tous les arts, la culte effréné et idolâtre des oeuvres du passé et la réaction des artistes contemporains qui trouvent refuge dans l'absurde, la provocation ou l'anecdotique, tout ça caractérise notre époque et n'augure rien de bon d'ailleurs pour celle qui va suivre.

C'est décidé: la prochaine fois qu'un ayatollah du diapason à 415 Hz, adepte du J-S Bach avec archet convexe et sans un picogramme de vibrato me chauffe les oreilles en me disant qu' on ne peut plus jouer comme ça aujourd'hui, je commencerai par lui rire au nez bien fort avant de répliquer: z-y-va bouffon, tu trouves ça moderne de jouer du violon comme mon arrière-grand-mère ?

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(illustration de ce billet: Comme les vieux chantent, ainsi les jeunes jouent de la flûte, toile de Jacob Jordaens, 1638, conservée au musée d'Anvers).


mardi 11 janvier 2011

Le mépris

S'il fallait choisir un seul mot pour qualifier l'attitude des journalistes et critiques spécialisés ans la "musique classique" envers les compositeurs, je pense que ce serait le mépris. Qu'on écrive dans un style néo-consonant, post-spectral ou pré-boulézien, une chose est sûre, c'est qu'on ne trouvera pas grâce à leurs yeux. Pas avant d'être mort depuis une centaine d'années en tout cas, et d'avoir acquis le statut de Compositeur (doté de génie, naturellement) dûment répertorié dans les dictionnaires de la musique et les programmes de la salle Pleyel.

hilary_hahn.jpgUne anecdote entre mille témoignera très bien de ce mépris. Une de mes violonistes préférées, Hilary Hahn, vient de publier un nouveau disque avec deux concertos: celui de Jennifer Higdon et celui de Piotr Tchaïkowsky. Une journaliste de la radio que je préfère ne pas nommer en fait sa chronique du jour. Elle commence par s'étonner que le nom de Higdon apparaisse en caractères aussi gros que celui de Tchaïkowsky sur la pochette du disque. Puis elle qualifie ce concerto, dont Hilary Hahn signe le tout premier enregistrement, de "néo-classique". Autant dire que c'est de la merde. D'ailleurs on n'aura pas le droit de l'écouter: c'est un extrait de Tchaïkowsky qu'on entendra.

J'aurais bien aimé avoir un micro moi aussi pour interrompre cette idiote de journaleuse et lui renvoyer son mépris à la figure. Pour lui dire, à cette conne, que tout comptes faits, Tchaïkowsky lui aussi était un passéiste, comme Brahms ou Rachmaninoff, qu'on s'en fout pas mal de savoir ce qui est futuriste et ce qui est has been, que tout ce qu'on veut c'est écouter de la musique, et que nom de Zeus on est bien assez grands pour se faire une idée par nous-même de ce nouveau concerto. Je vous invite à découvrir le début, ça ressemble assez peu à du Tchaïkowsky tout de même:

Fichier audio intégré


L'orchestration est très fine, les instruments sont utilisés individuellement ou par petit groupes, plus rarement comme une masse destinée à lutter avec le soliste. Les spécialistes jugeront sans doute que la référence tonale (on est en si mineur) est présente, mais c'est le choix de la compositrice et il n'y a rien à dire là-dessus. Néo-tonal ou pas, j'ai écouté ce concerto avec bien plus de plaisir que celui de Tchaïkowsky, dont ce vieux facho de Rebatet écrivait dans son histoire de la musique qu'il mélangeait des formules académiques avec des "tziganeries de restaurant", et que je connais archi-par-coeur.

Pour terminer sur une note positive, saluons encore une fois le talent et le courage d'Hilary Hahn qui, après avoir fait aimer le concerto Schönberg à son public, continue de démontrer, et avec combien de talent, que le répertoire ne se limite pas à 10 concertos, et qu'il n'y a pas besoin d'être mort et enterré pour écrire de la musique. Et que si vous voulez entendre des choses sensées sur ce disque, il vaut mieux fermer la radio et écouter les artistes qui l'ont réalisé;



mercredi 15 décembre 2010

Haïku

Il neige sur Liège

La cité endormie

Rêve à son passé

vendredi 8 octobre 2010

Du monde entier...

C'est toujours une surprise pour moi de constater que le Journal de Papageno conserve autant de lecteurs d'après les statistiques du site, alors même que j'ai moins de temps pour l'alimenter cette année. Plus surprenant encore, la répartition géographique des lecteurs. Si la majorité se situent dans l'hexagone, on en trouve également aux Etats-Unis, au Brésil, au Japon, en Irlande et en Ukraine...

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Je devrais peut-être demander des subventions au ministère de la culture au titre de la défense de la francophonie sur Internet... plus sérieusement, j'ai toujours autant de plaisir à coucher par écrit mes réflexions, mes étonnements, à étaler mon ignorance et parfois à pousser un petit coup de gueule dans ce Journal. Ce qui m'oblige souvent à faire le point sur telle question qui m'intéresse, à rechercher de la documentation. Merci donc à vous, lecteurs fidèles. Merci également pour vos commentaires qui m'ont beaucoup apporté. Merci enfin aux les robots des moteurs de recherche qui me classent désormais en 6e ou 7e position dans les recherches pour le mot-clé "Papageno". Quand on sait qu'il y a un magasin de disques, une association, une librairie, un hôtel à Vienne, un costumier en Belgique, et un ensemble de musique ancienne un thème DotClear et même un autre blog (inactif depuis 2008) qui portent le même nom, c'est une belle performance !

samedi 19 juin 2010

Tempête dans un verre d'eau

Des articles dans la presse (Le Monde, Télérama, le Nouvel Obs), une pétition adressée au ministre de la Culture, un un groupe Facebook au nom ridicule, une contre-pétition signée par quelques stars comme Pascal Dusapin et Hugues Gall, mais au fait de quoi s'agit-il ? De la promotion 2010 des pensionnaires de la Villa Médicis. Celle-ci accueillera quatre musiciens:

Seul le quatrième a un parcours "classique" si j'ose dire: passé par le CNSM, élève de Gérard Grisey et Marc-André Dalbavie. Les trois autres ont manifestement été recrutés par le nouveau directeur de la villa Médicis dans l'idée d'ouvrir la vénérable institution (créée par Colbert en 1666 sous Louis XIV) à une certaine diversité de style. Ces intentions de la direction sont tout à fait explicites si l'on considère les termes choisis dans le communiqué de presse publié sur le site de la Villa Médicis: 4 compositeurs de musique : deux compositeurs de musique contemporaine dont un est associé à un compositeur de jazz ainsi qu’une compositrice de musiques actuelles. Sans faire une analyse stylistique poussée, on peut noter le pluriel tout à fait savoureux à musiques actuelles.

Il va sans dire que je n'ai pas signé la pétition des compositeurs contemporains qui condamnaient ces nominations. Même parmi ses signataires, certains ont bien senti le piège, comme on peut le voir dans les commentaires su dite Musique en vrac. Citons par exemple celui d'Edith Canat de Chizy:

Quitte à me répéter: cette nomination est un "coup" médiatique certainement préparé depuis longtemps. Pour montrer que la musique dite "savante" s'est enfermée elle-même et qu'il faut un "sang" neuf pour la régénérer!
C'est une provocation extrêmement blessante pour nous et aussi la porte ouverte vers une vulgarisation extrême de la culture.

Je n'ai pas signé car il est totalement stupide d'opposer les musiciens les uns aux autres et parce que le système institutionnel dont la villa Médicis n'est qu'un des maillons tend à enfermer la musique contemporaine dans un ghetto. Mon point de vue rejoint complètement celui que Pierre Sauvageot a développé dans une tribune publiée sur le site Rue89. Ne comptez pas sur moi pour défendre les 4 places annuelles à la villa Médicis comme une espèce de droit syndical acquis pour les anciens du CNSM. Et ce d'autant plus que je ne fais pas partie des anciens en question !

Pour que mon opinion personnelle soit claire, le peu que j'ai écouté de la musique de Claire Diterzi ne m'a pas enthousiasmé du tout. Tableau de Chasse par exemple est un sympathique navet qui s'oublie aussi vite qu'on l'a entendu. J'ai vraiment du mal à trouver ce qui pourrait être considéré comme original dans la ligne vocale simplette, l'accompagnement basé sur 3 accords, la voix sans timbre et sans charme façon Carla Bruni. Mais cet avis n'est pas partagé par tout le monde. Télérama écrit par exemple que c'est la créatrice la plus audacieuse de la scène pop française actuelle. Même si je plains cette pauvre scène pop de ne pas avoir mieux en stock, je ne vois rien à redire au fait que le ministère de la culture soutienne une artiste qui a l'air reconnue et respectée. Surtout si l'on considère que le même ministère a invité Bruno Mantovani qui a composé en 2005 villa Médicis, entre autres, une pièce pour alto seul aussi longue qu'inintéressante, et qui certainement a touché et touchera un public beaucoup moins nombreux que les chansonnettes de Claire Diterzi, en lui causant un plaisir combien moins grand.

Contrairement à ce que disent les signataires de la pétition, le rôle de l'État n'est pas de soutenir un type de musique particulier (au prétexte que cette musique n'est pas commerciale et a donc besoin de soutien) mais plutôt d'encourager la créativité dans tous les domaines et tous les styles avec l'indifférence bienveillante d'un Buddha ventripotent et doré.

Je vais même aller plus loin comme avocat du diable. Supposons qu'un inconnu notoire et incapable complet soit admis comme pensionnaire. Une place à la villa Médicis, c'est un CDD de 12 ou 24 mois payé 3200 euros par mois plus l'hébergement gratuit. Si gaspillage il y a, le gaspillage d'argent public est assez limité. Surtout si on le compare à la subvention annuelle de l'Opéra de Paris où aux 5 millions nécessaires pour rénover ces affreuses colonnes de Buren.

Du temps où le prix de Rome existait encore, la villa Médicis accueillait surtout des étudiants d'une vingtaine d'années (le règlement précisait même qu'ils ne devaient pas être mariés) qui était sélectionnés par des épreuves rigoureuses mais affreusement scolaires de contrepoint. Avoir le prix de Rome ne signifiait pas du tout qu'on était un artiste créatif et original, mais simplement qu'on avait reçu une solide formation. Les prix de Rome ne se dédiaient pas tous à la composition, tant s'en faut: on trouvait parmi eux des pianistes, chefs d'orchestre, pédagogues, directeurs de conservatoires, etc. Depuis la réforme Malraux en 1969 le concours a été supprimé et le profil comme le recrutement des candidats a radicalement changé. Extrait de la notice sur le conditions d'admission à la Villa Médicis:

Le profil du candidat
La sélection ne s'adresse pas à des étudiants mais à des personnes déjà engagées dans la vie professionnelle et recherchant à Rome un complément d'expérience, un perfectionnement de formation ou la poursuite d'une recherche dans le cadre d'un dialogue franco-italien.

Les candidats doivent avoir entre 20 et 45 ans, et les quatre musiciens sélectionnés cette année sont tous des quadragénaires et des professionnels confirmés. Le passage à la villa Médicis leur offre davantage une sorte de consécration institutionnelle qu'un stage de fin d'études.

Il y a quarante ans, lors de la réforme Malraux, certains posaient la question: à partir du moment où le concours est supprimé, qu'est-ce qui empêche de recruter un chanteur de variétés à la villa Médicis ? La réponse, nous venons de l'avoir: rien. Dernière question: est-ce que c'est vraiment un drame ?

lundi 22 mars 2010

Humblement...

Quel compositeur célèbre a déclaré:

La musique doit humblement chercher à faire plaisir, l'extrême complication est le contraire de l'art ?

Voici en guise d'indice, une autre citation du même musicien:

La musique est un art libre, jaillissant, un art de plein air,
un art à la mesure des éléments, du vent, du ciel, de la mer !

Comme troisième et dernier indice, on peut suggérer que ce grand musicien ne s'appliquait pas forcément à lui-même ses excellents conseils: sa musique est à la fois très simple à l'oreille et très raffinée et sophistiquée dans l'écriture et l'orchestration. Et malgré tout ce qu'il a écrit sur les couchers de soleil qui valaient cent fois mieux qu'on concert, il a assidûment fréquenté les salles parisiennes et connaissait fort bien la musique de son temps. Mais j'en ai déjà trop dit, ou pas assez...

lundi 16 novembre 2009

Mais quand c’est de la musique, la pollution s’honore…

Me voici condamné à la schizophrénie. En effet, bien que membre du groupe Facebook Faites l'amour, pas des gammes, je ne peux que soutenir l'initiative de Vanina Paoli, Présidente de la Chambre Syndicale des Métiers de la Musique, qui dans une lettre ouverte au gouvernement publiée sur le site concertclassic, réclame un décret autorisant la pratique de la musique durant certaines plages horaires, afin de limiter les conflits de voisinages et l'envoi d'huissier pour mesurer les décibels, pratique qui semble devenir de plus en plus courante (et il ne faut pas s'en étonner, car la France vieillit et continue à s'urbaniser).

A propos de la visite d'huissier, je me souviens d'une contrebassiste qui avait reçu la visite d'un huissier mandaté par ses adorables voisins. Lequel huissier, ayant mesuré que la contrebasse ne produisait que 43 décibels, ne pouvait faire l'objet d'une interdiction (pour mémoire, n'importe quelle télé ou conversation à voix haute atteint facilement les 50 décibels, et l'on peut mesurer 25 voire 30 décibels dans ce qu'on considère en ville comme une pièce silencieuse et calme). Laquelle, munie d'une copie de ce fameux constat, a pu continuer à pratiquer son instrument en toute légalité...

Bien sûr, avec cette mode (qui ne date pas d'hier) des instruments de plus en plus puissants, les problèmes de voisinage ne peuvent qu'aller eux aussi en s'amplifiant. Spécialement avec le piano, qui a  la désagréable propriété de se propager à travers les murs d'un immeuble, ce qui à partir de la cinquantième répétition du début de la Lettre à Élise avec toujours la même faute à la troisième mesure, ne manque pas de donner des envies de meurtre aux voisins. La musique n'adoucit pas toujours les moeurs...

C'est un paradoxe d'ailleurs que la musique qui est omni-présente dans notre quotidien, en bruit de fond dans les magasins, parkings, cafés, à la télé, dans les téléphones portables, soit rejetée si violemment lorsqu'elle est pratiquée par un voisin. C'est un peu comme l'acharnement contre les fumeurs, absurde si l'on considère que les pollutions dues à l'automobile entre autres nous condamnent quasiment tous à un cancer du poumon avant 60 ans. C'est en fait le silence qui est devenu rare, de même que l'air pur...

PS je m'excuse pour le mauvais calembour du titre, qui n'est pas de moi.

lundi 9 novembre 2009

Il nous faut d'autres Rostropovitch

J'avais quatorze ans lorsque le monde stupéfait apprit la chute aussi soudaine que pacifique du mur de Berlin. Les barbelés, les miradors, le béton, symboles de l'oppression et de la guerre froide, sont tombés aussi facilement qu'un château de cartes, ou que les dominos en polystyrène érigés pour commémorer le vingtième anniversaire. La réunification de l'Allemagne entraîna celle de toute l'Europe, créant ce fantastique espace de paix, de liberté et d'échanges (agrémenté d'un poil de technocratie bruxelloise) qui nous paraît maintenant familier, car c'est notre demeure à tous.

L'année précédente, en 1988, à l'occasion du voyage d'un orchestre de jeunes en Pologne, j'avais pu toucher du doigt la réalité quotidienne d'un pays communiste d'Europe de l'Est. Au milieu d'un groupe d'immeubles noirs de crasse et de pollution, deux étaient tout blancs: on m'apprit qu'ils avaient été repeints car ils étaient dans le champ de la caméra lors du voyage du pape. Si j'avais apprécié la misère, l'oppression et la bureaucratie, j'avais aussi senti un enthousiasme, un élan, une solidarité, quelque chose qui couvait sous la cendre et ne demandait qu'à se réveiller. N'ayez pas peur ! les paroles prononcées par Jean-Paul II un an plus tôt lors de son voyage en Pologne étaient dans les coeurs et les esprits.

Parmi les images marquantes que je ne suis pas le seul à retenir de ces jours-là, celle du violoncelliste Msistlav Rostropovitch jouant Bach devant un pan de mur de Berlin à moitié détruit. Rostropovitch qui avait quitté le conservatoire de Moscou a 21 ans pour protester contre les attaques envers un de ses professeurs, un certain Dimitri Chostakovitch. Rostropovitch qui a caché et hébergé Soljénitsyne, Rostropovitch exilé puis déchu de la nationalité et de ces droits civiques dans les années 1970. Nul n'était mieux placé que Rostropovitch l'apatride pour éprouver et transmettre la joie de ce jour-là dans sa dimension universelle.

Il nous faut maintenant d'autres Rostropovitch. Car il reste bien des murs à abattre, partout dans le monde. Chypre, Israël, Corée... qui sait, peut-être Daniel Barenboïm sera encore suffisamment jeune et alerte dans quelques années pour diriger le Western Divan Orchestra lors de l'inauguration d'une zone de libre-échange et de coopération économique réunissant le Liban, Israël, la Syrie, la Jordanie et la Palestine enfin devenue un état ? Il est permis de rêver, car certains rêves se réalisent plus tôt et plus vite que tout ce qu'on aurait pu croire. C'est la leçon nous laisse que la chute du mur de Berlin. Puisse cette ode à la joie résonner longtemps dans nos mémoires et dans celles de nos enfants.

lundi 12 octobre 2009

Sans les mains !

Apparemment, pas besoin de doigts pour jouer du piano. On peut très bien le faire avec les pieds, comme l'ont montré quelques suédois bien fêlés après une telle décontraction:

Rendons à César ce qui est à césar et à Bach sa toccata en ré mineur (qui n'est pas de Bach, comme chacun sait), nos amis suédois n'ont pas été les premiers à avoir l'idée du piano à pédales et sans clavier:

Mais dans le genre musique qu'on fait avec les pieds, l'air de la 40e symphonie de Mozart par Michel Lauzière au bouteillophone à roulettes (un instrument de son invention) est tout de même mon préféré:

lundi 28 septembre 2009

C'est au nom de Mozart qu'on assasine

Difficile d'échapper au matraquage publicitaire, et donc d'ignorer l'arrivée de l'énorme super-production Mozart l'Opéra rock. Plutôt que d'observer la bête elle-même, observons les remous que son arrivée provoque dans la blogosphère. Avant même sa sortie, le spectacle suscitait des billets doux au titre évocateur comme l'opéra d'égoût ou encore la plus grosse arnaque de l'année ! Pas besoin de lire ce type de billets pour savoir ce qu'on y trouve: le déclin de la culture, et gna gna gna, et la marchandisation, et gna gna gna. (Pour faire amende honorable, notons que le journal de Papageno avait joint sa voix aux grognons à propos de la chanson tatoue-moi sur tes seins. C'est toujours un peu bête de grogner sur son blog. Il vaut mieux consacrer son énergie à défendre ce qu'on aime. fermons la parenthèse)

Côté rockers, on apprécie diversement: chez MusicalAvenue on craint que ça ne soit qu'un Opéra-rock-à-minettes. Chez Ondes de Rock on regrette: il est bien de démocratiser la musique classique, mais certainement pas en faisant du racolage et en se servant d'un nom pour vendre un produit artistiquement médiocre. Non, vraiment ?

Bien sûr c'est chez les critiques professionnels qu'on trouve la cruauté la plus exquise, chez Jacques Drillon pour le Nouvel Obs qui annonce carrément la deuxième mort de Mozart (le pauvre !) Si d'ailleurs vous tenez à rejoindre le fan-club des grognons anti-opéra-rock et à jeter votre pierre pour contribuer au lapidage médiatique, il y a même un groupe facebook.

Le plus drôle à la réflexion étant l'article dans le Parisien, d'abord pour son style inimitable et typique de ce journal, bourré de pléonasmes et tellement au premier degré: "les tableaux s’enchaînent (...) en finesse, sans dorures dégoulinantes, sans bling-bling outrancier". On y apprend plein de choses sur les coulisses du spectacle, comme le fait que le rôle-titre "a pris des cours avec un coach pour perfectionner son français". Par contre l'article a dû être écrit par un sourd car il n'y est pas question de musique.

Que penserait le divin Mozart de tout ça si un miracle le téléportait à notre époque ? Deux visions de sa musique s'opposent: d'un côté les gardiens du temple qui la servent fidèlement (d'où les recherches sur les instruments d'époques, le Ur-text, etc) mais parfois avec un dogmatisme un peu étroit; de l'autre des artistes qui arrangent, bricolent, composent, vivent avec leur époque et n'ont aucun complexe. Le Mozart d'Olivier Dahan est davantage inspiré par le film de Milos Forman que par la vie du vrai Mozart ? Certes, et alors ? On n'a le droit de ne pas aimer un spectacle pour mille et une raisons; à vrai dire on n'a même pas besoin de raison pour aimer ou pas; mais de là à crier à l'assassin ! Dieu merci la musique, même lorsqu'elle est très mauvaise, ne tue personne.

Pendant ce temps-là, le théâtre du Châtelet a la très bonne idée de nous proposer deux lectures complémentaires de La Flûte Enchantée; la version originale, produite par l'opéra de Montpellier; et une re-lecture contemporaine qui vient d'Afrique du Sud. De quoi s'ouvrir à la création sans oublier ses racines classiques. Si vous n'avez pas encore eu le bonheur d'assister à un opéra de Mozart, ou si vous préférez Wolfgang pur beurre et sans OGM, allez voir la première version; si vous avez déjà vu 10 fois la Flûte à Salzburg, Aix, Zürich et New-York, si vous commencez à vous lasser des concertos où le pianiste joue (trop) sagement une cadence apprise par coeur, faute de savoir ou d'oser improviser, la deuxième version pourrait vous tenter...

La musique de Mozart sera vivante tant qu'elle continuera à inspirer des compositeurs, metteurs en scène, chanteurs et instrumentistes audacieux et inventifs. Le jour où sa muséification sera achevée, on l'on ne pourra plus jouer que le ur-text sur instruments d'époque certifiés conformes, ce jour-là elle sera bel et bien morte.

lundi 21 septembre 2009

Désirs d'avenir... le remix techno

Bon, d'accord, j'arrive après la bataille, le site en question, mis en ligne le 15 septembre dernier, a déjà été abandonné (et remplacé par l'ancien qui a repris du service). Il n'empêche qu'il faut remercier l'équipe de Désirs d'Avenir, et en premier lieu le petit copain officiel de Mme Royal (si l'on en croit l'Express) pour nous avoir offert une bonne tranche de rigolade. Parmi les parodies ayant circulé, certaines sont moyennement drôles (comme celle-ci), d'autres méritent un bon gros point Godwin comme celle-là, la plus drôle et la plus aboutie artistiquement que j'ai vu est certainement celle-ci:

C'est un remix techno basé sur l'excellent clip Technologic de Daft Punk. Lequel Technologic est une parfaite illustration des réflexions d'Azbinbrozer sur l'irruption de la machine dans la musique dont nous avons abondamment discuté dans ce journal...


lundi 14 septembre 2009

Le jeu des programmes

Les salles comme les orchestres envoient leurs programme 2009-2010, un dépliant ou un petit livret par la poste pour les plus ringards, une newsletter en PDF pour les plus branchés. Il y a un petit jeu auquel on peut se livrer à chaque fois: faire des paris sur le nombre de compositeurs vivants, rapporté au nombre de compositeurs qui figurent sur le programme. C'est un jeu qui se joue seul ou à plusieurs (celui qui avait la meilleure estimation gagne). Dans les bons cas on arrive à 15%, comme à la Salle Pleyel (18 sur 117, parmi lesquels on trouve même des petits jeunes qui ont tout juste quarante ans, et ô merveille, deux compositrices). Mais le plus souvent on plafonne à un pour dix, comme dans le programme de l'Orchestre  National d'Île de France qui compte trois musiciens vivants (Graciane Finzi, Vladimir Cosma, Lucian-Cristofor Tugui) pour trente-et-un compositeurs au total.

Vous me direz que je ne regarde pas les bons programmes: certainement dans les salles qui proposent du jazz, de la variété, du rock, la proportion de musique vivante est beaucoup plus importante que dans celles qui sont dédiées au classique. Et l'inter-contemporain va encore aligner un nombre incroyable de créations, avec une qualité de jeu irréprochable pour rester fidèle à sa réputation. Tandis que du côté de Versailles, il ne faut rien attendre de passionnant question nouveautés, sauf bien sûr si on appelle création la première audition contemporaine d'un manuscrit poussiéreux et tombé dans un juste oubli depuis trois siècles.

Au total, 10 ou 15% c'est tout de même mieux que zéro. Ainsi donc, la prochaine fois qu'on sort le classique c'est de la musique écrite par des morts, vous pourrez répondre, preuves en  main: mais si, je vous jure, il y en a quelques-uns qui bougent encore !

vendredi 4 septembre 2009

Ce petit air qui me trotte dans la tête... les virus auditifs

C'est un phénomène que nous avons tous connu: un fragment de musique sorti d'on ne sait d'où dans notre mémoire, et qui se répète en boucle comme un disque rayé. Une fois qu'on l'a dans le crâne, impossible de le faire partir ! Qu'on travaille, qu'on fasse la vaisselle, qu'on écoute de la musique même, il revient sans cesse, pour nous torturer parfois jusqu'à l'obsession, et nous priver de sommeil !

Et c'est encore plus contagieux que le virus de la grippe H1N1 ! Il suffit de fredonner l'air à une tierce personne pour qu'elle soit également contaminée par ce que les anglais et les américains appellent music worm ou encore ear worm. Mark Twain en a fait le sujet d'une nouvelle d'une irrésistible drôlerie, Punch, Brothers, Punch ! qu'on peut lire en ligne sur des sites comme readbookonline. Dans la nouvelle de Mark Twain il ne s'agit pas d'une chanson ou d'un air musical mais d'une sorte de refrain ou de comptine qui n'est pas sans évoquer Le poinçonneur des lilas créée par Serge Gainsbourg en 1958 (des p'tits trous, des p'tits trous, encore des p'tits trous...).

Encore plus amusant, la mélodie écrite par Gary Bachlund en 2008 sur le refrain de Mark Twain. Elle a comme caractéristique de n'utiliser que les 7 notes de la gamme de do (autrement dit, les touches blanches du piano), tant pour la ligne vocale que pour l'accompagnement, ce qui n'empêche pas quelques dissonances pour pimenter le tout.

Lorsqu'on l'a attrapé, comment se débarrasser d'un virus auditif (des p'tits trous, des p'tits trous... ) ? Les meilleurs spécialistes se sont penchés sur la question, sans grand succès (et des p'tits trous et des p'tits trous....) . Les médicaments psychotropes ou dans les cas extrêmes la chirurgie donnent des résultats contrastés (encore des p'tits trous...). Ils peuvent aussi bien aggraver les symptômes que les faire disparaître. Au passage,  certains neurologues comme Oliver Sacks ont noté que les hallucinations auditives sont plus fréquentes (des p'tits trous... ) que les hallucinations visuelles. Sans doute à cause de la nature de la mémoire auditive, qui est bien plus fidèle et précise que la mémoire visuelle. L'oeil pouvant enregistrer beaucoup plus d'information que ce que notre cerveau peut traiter, nous simplifions et analysons nos perceptions visuelles avant de les mémoriser (encore des p'tits trous...), ce qui fait que la mémoire visuelle est éminemment personnelle et subjective. La mémoire auditive l'est également, mais elle l'est beaucoup moins: de nombreux tests l'ont montré, après une seule écoute, la plupart des gens peuvent restituer une mélodie avec le bon rythme, les bons intervalles, et ce avec une précision vraiment étonnante (et des p'tits trous et des p'tits trous....).

La médecine étant impuissante dans ce domaine,on doit se contenter des recettes de grand-mère. Parmi celles qu'on recommande généralement (des p'tits trous, des p'tits trous... ):

  • soigner le mal par le mal: si l'on a identifié la chanson ou le morceau dont est tiré le virus auditif, écouter la vraie chanson en entier peut aider à s'en débarrasser;
  • plus efficace encore, chanter ou jouer sur un instrument le morceau qui nous trotte dans la tête; là encore il faut le donner en entier, et le pas se contenter du fragment qui revient en boucle dans le cortex auditif (et des p'tits trous et des p'tits trous....)
  • jouer, chanter, écouter plusieurs fois un autre morceau qui n'a rien à voir. Les résultats sont difficiles à prévoir: soit le virus revient comme avant (des trous d'première classe, ), soit il disparaît, soit il est remplacé par le nouveau morceau
Certains n'ont pas hésité à recourir à des méthodes encore plus radicales, à tel point qu'on ne saurait vraiment recommander de les imiter :
  • la méthode Van Gogh qui consiste à se couper le lobe de l'oreille (ce qui n'a malheureusment aucun effet sur les virus auditifs)
  • la méthode Beethoven qui demande un certain travail tout de même: écrire trente-deux ou trente-trois variations, façon Diabelli ou WoO 80.
  • la méthode Wagner: on fait construire un théâtre où l'on bombarde les victimes de leitmotives durant quatre heures, de manière à garantir une contamination efficace. (même la grippe espagnole de 1918 n'a pas fait autant de victimes que le wagnérisme)
  • la méthode Werther, résultat garanti mais dommages collatéraux irréversibles: une balle dans la tête.
Sur ces bonnes paroles (et des p'tits trous et des p'tits trous et des p'tits trous....) il ne me reste qu'à me passer la tête sous l'eau bien froide pour tenter d'oublier... Au fait, personne n'aurait vu ma poinçonneuse ?


vendredi 14 août 2009

Trois jours de paix et de musique

Le festival de Woodstock (qui n'a pas eu lieu à Woodstock mais à soixante kilomètres comme chacun le sait) eu lieu avant ma naissance. Comme pour Mai 1968, la guerre d'Algérie, ou les premiers pas de l'homme sur la Lune, je ne le connais que par ouÏ-dire, par les photos, vidéos et témoignages. Ceux-ci brossent un tableau plutôt contrasté des évènements eux-même: une foule paisible d'un demi-million de personnes, des concerts rock de qualité inégale (où l'on remarquait déjà quelques futurs stars comme le guitariste Santana), une organisation amateuriste et totalement débordée, beaucoup de pluie, mais aussi des drogues douces pas chères et des filles pas trop bégueules.

Jouer de la guitare, fumer de l'herbe et se baigner nus en groupe, filles et garçons est certainement une façon sympathique et conviviale d'occuper son temps libre, mais en quoi est-ce une révolution ? Pourquoi l'esprit de Woodstock a-t-il marqué toute une génération ? Où était le projet politique là-dedans ?

Peut-être n'y avait-t-il pas de projet politique, et c'est bien là toute la nouveauté. Les enfants du baby-boom, mes parents, disant à leurs aînés: Pas question de se faire tuer au Viet-Nâm ou en Algérie pour défendre les puissances coloniales ou le capitalisme. Nous préférons jouer de la flûte autour d'un feu de camp, porter les cheveux longs, fumer de la marie-jeanne et faire l'amour toute la journée .

L'insouciance, la confiance en l'avenir, la tranquillité de cette génération qu'on perçoit aisément dans les films et les romans de cette époque, et pas seulement chez les hippies, sont sidérantes si on les compare  à l'humeur tristounette voire franchement sinistre des étudiants aujourd'hui. Il faut dire que l'insertion des jeunes sur le marché du travail est entre-temps devenu un véritable parcours du combattant... La contestation de la société n'a pas disparu, mais elle a pris une forme plus violente, marginale ou souterraine. Je me souviens d'un article de journal sur les manifestants qui brûlent des voitures et cassent des vitrines en marge des réunions du G8 ou G20: comme leurs aînés, ils réagissent contre le pouvoir, l'argent mais la plupart peinent à l'expliquer avec des mots ou à formuler ne serait-ce qu'un embryon de projet de société alternative.

Côté musique, Woodstock marque le début du règne des majors. Grâce aux médias de masse (presse, radio, télévision, disque) et aux progrès techniques dans la reproduction du son (33 tours, cassettes, CD laser) qui devient omniprésente, on peut fabriquer des stars de dimension mondiale. Pour un musicien, signer avec un label réputé devient le ticket d'entrée dans la cour des grands. La musique s'est développée jusqu'à devenir une véritable industrie, une industrie menacée aujourd'hui de connaître le même sort que les haut-fourneaux en Lorraine ou les sabotiers auvergnats. La roue tourne...

Pour la musique classique et l'opéra, la fin des années 1960 représente à coup sûr un point bas. Un ami qui avait 20 ans en 1968 m'a confié qu'il suffisait de se présenter le jour même du spectacle pour trouver des places à l'Opéra de Paris, et pas cher encore. Quant aux compositeurs comme Stockhausen, dont les Stimmung (voix) pour six chanteurs ont été qualifiées en 1968 de feu de camp hippie, ils ont tout tenté, dès le début des années 1950, non seulement pour chercher un des expériences sonores inédites mais aussi pour casser le rituel bourgeois du concert. Lequel rituel a les reins solides, car on écoute aujourd'hui les oeuvres provocatrices et radicales de années 1950 ou 1970 confortablement assis dans les fauteuils de l'auditorium de la Cité de la Musique, jouées par des virtuoses impeccables mais beaucoup trop sérieux pour faire éclater la folie et l'humour de ce répertoire extravaguant. Là encore on ne peut qu'être étonné par la façon audacieuse et enthousiaste avec laquelle les baby-boomers compositeurs se projetaient dans l'inconnu. Surtout si on la compare aux tendances actuelles, où les préfixes comme "néo" ou "rétro" abondent, où les sentiments exprimés sont plus élégiaques que psychédéliques. Karol Beffa, qui a mon âge à peu de choses près, et par ailleurs un excellent musicien que j'admire beaucoup, est le parfait représentant de cette nouvelle génération. C'est très beau, ça n'est pas toujours très gai, mais d'un autre côté il n'y a bientôt plus de pétrole, on a bousillé le climat, le burkini va remplacer le bikini et on n'a même plus le droit de copier la musique, ni même d'écrire des gros mots sur son prof dans un blog... franchement, les occasions de rigoler se font rares !


mardi 11 août 2009

Les musiciens du Titanic

Le naufrage le plus célèbre de l'histoire, celui du RMS Titanic en 1912, le plus beau, le plus grand et le plus sûr de tous les paquebots jamais construits jusqu'alors, a toujours passionné les foules, comme en témoignent les innombrables livres et films, fictions ou récits qui lui sont consacrés. Wikipedia nous apprend même qu'un certain Goebbels aurait tenté en 1943 un film sur le Titanic à des fins de propagande, film autocensuré en 1945 pour ne pas démoraliser davantage les populations victimes des bombardements alliés...

Parmi les anecdotes tirées des récits des survivants que les cinéastes ont utilisées, la plus frappante est peut-être celle de l'orchestre et de ses huit musiciens dirigés par Wallace Hartley qui ont continuer à jour jusqu'au naufrage où ils ont tous péri sans exception. Le contraste saisissant entre l'apparente futilité de cette occupation (jouer de la musique) et la perspective d'une mort imminente et certaine a été utilisé par James Cameron et par ses prédécesseurs comme une puissante illustration du drame.

Après un moment de recueillement devant le Mémorial de Southampton consacré à ces héroïques musiciens (photo ci-dessus), il est permis à un musicien du XXIè siècle de se poser la question: sommes-nous en train de jouer sur le pont du Titanic ? N'est-il pas futile et même scandaleux de consacrer son temps à perfectionner son vibrato alors que la maison brûle, le bateau coule, des vies sont en danger ?

La question se pose au niveau individuel (après tout c'est la mort qui attend chacun d'entre nous au bout du chemin) mais aussi au niveau collectif. Si comme le prédisent certains Cassandre les déséquilibres que nous introduisons dans les fragiles écosystèmes dont nous dépendons menacent la survie même de notre espèce, n'y a-t-il pas plus urgent et plus imporrtant à faire que de jouer du violon ?

Pour y répondre, il faut se mettre dans la peau de Wallace Hartley et de ses amis en cette nuit du 14 avril 1912. Impliqués dans des événements qui les dépassent et dont ils ne peuvent changer l'issue fatale, quelles sont les options dont ils disposent ? Courrir partout en poussant des cris, se brûler la cervelle, dire des Pater et des Ave Maria, écrire des lettres que personne ne recevra ? Autant continuer la musique ensemble et à embellir le peu d'instant qui restent à vivre et à partager.

Ainsi la leçon que les musiciens du Titanic nous ont apprise est celle-ci: on ne maîtrise que rarement son destin, mais on peut tout de même parfois choisir ce qu'on fait du temps qui nous est imparti. Et ce temps qui nous est donné, pourquoi ne pas le consacrer au plus noble de tous les arts, celui qui permet de maîtriser le temps, de le dilater ou de le racourcir, et même de le projeter jusqu'à l'infini ? Et ce corps qui nous est donné pour quelques instants seulement, pourrait-on en faire meilleur usage qu'en transcendant ses limites par l'art ?

Notre monde ressemble au naufrage du Titanic: il y a ceux qui barbotent, ceux qui crient, ceux qui se battent, ceux qui se noient, ceux qui sont à l'abri et au chaud dans les canots, ceux qui jouent du violon sur le pont. Tout cela au même instant. A l'échelle de l'Univers, le naufrage du Titanic, la disparition de l'homo sapiens sapiens, le pet d'une mouche, quelle différence ?

vendredi 10 juillet 2009

De l'art de la prononciation à celui de la géopolitique

Notre ministre des affaires étrangères a bien du mal en ce moment... le voilà qui confond Ouïghours et Yogourts ! Indépendamment de ce lapsus, il faut reconnaître qu'il est bien embarrassé, pris en tenaille entre ses convictions qui tendraient à soutenir les Ouïghours au même titre que les Tibétains et la nécessité de ne pas trop fâcher la Chine, qui est très susceptible et ne supporte guère les commentaires sur ce qu'elle considère comme une affaire de politique intérieure.

Pour ses vacances prochaines, je suggère aux lecteurs du Journal de Papageno de se cotiser pour lui offrir un séjour en Yourte & Breakfeast, ce qui lui donnera tout le loisir de se reposer et de pratiquer de saines lectures, comme La Géopolitique pour les Nuls ou encore L'art du théâtre: La voix, le geste, la prononciation de Sarah Bernhardt.

Tout cela serait franchement hilarant si les victimes ne se comptaient pas par centaines. Pour le reste, on lit tout et son contraire dans la presse: selon les uns, ce sont des provocateurs au service de Pékin qui ont déclenché les affrontements; pour les autres, des terroristes islamistes, pour d'autres encore, la CIA... entre la propagande de la diaspora ouïghoure et celle du gouvernement chinois, et faute d'une vigoureuse intervention de BHL pour distribuer les rôles et nous dire qui sont les gentils et les méchants dans cette histoire, on reste dans le brouillard le plus complet...

vendredi 12 juin 2009

Boileau, auteur de plagiat par anticipation

Voilà une chose sans doute que j'aurais du faire plus tôt: une petite recherche sur Internet pour Sombres Pensées, le titre que j'avais donné à une pièce pour violoncelle seul écrite cette année. Il y a même un group de heavy metal qui s'appelle Sombre pensée (au singulier). Une belle photo sur flickr, plusieurs poèmes,  quelques blogs et un grand nombre d'articles portent ce titre, mais le plus significatif est de loin ce poème de Boileau qui constitue un exemple flagrant de ce que les oulipiens appellent un plagiat par anticipation. Je vous laisse admirer la perfection toute classique de ce poème qui contient le vers peut-être le plus célèbre de Boileau (ce qui se conçoit bien...):


Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d'un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain, vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre ou le tour vicieux :
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d'esprit que peu de jugement.
J'aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.


(Boileau, Art poétique, Il est de certain esprits)

En guise de représailles, je pourrais toujours chiper les trois permiers vers pour les placer en exergue de la partition. Non mais !

lundi 1 juin 2009

Dégât des eaux

Toute une pile de mes disques préférés ont été victimes d'un terrible accident domestique et trempés jusqu'à l'os. Il a fallu les ouvrir un par un pour faire séchér les jaquettes avec des pinces à linge... pour désagréable et comique qu'il soit, cet incident prouve néanmoins la supériorité du disque sur la musique dématérialisée, car il est probable qu'un disque dur d'ordinateur aspergé par la même quantité d'eau serait totalement mort. Hilary, Karol, Ludwig, Hélène, Brice et les autres, pardon pou la douche forcée !

samedi 30 mai 2009

Comme vous le voyez...

On travaille dur pour le concert KABrass du 13 juin prochain.

Surtout le compositeur !


(merci à Catherine pour les photos)

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