Le journal de papageno

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vendredi 13 septembre 2013

Concours de composition Viola's 2014

L'association franco-européeen de l'alto, qui édite le site alto en ligne et organise le festival Viola's 2014 au CRR de Paris, ajoute cette année un concours de composition aux festivités. Il s'agit d'écrire une pièce pour alto seul d'une durée de 4 à 5 minutes. Le jury comporte du beau monde: Edith Canat de Chizy, Richard Dubugnon et Philippe Hersant pour les compositeurs, Odile Auboin, Gérard Caussé et Laurent Verney pour les altistes et de Jacques Borsarello, président du jury. Les détails se trouvent sur le site Viola's 2014. Amis compositeurs, à vos plumes !

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lundi 11 février 2013

Un extrait de Khronos pour deux pianos

Voici en exclusivité pour vous, chers lecteurs (et chères lectrices) du Journal de Papageno, un extrait du premier tableau de mon Triptyque pour deux pianos.

Avant de vous le faire écouter, j'aimerais vous inviter par avance à sortir de l'alternative binaire j'aime / j'aime pas (et de sa variante impersonelle: c'est beau / c'est moche), pour tenter d'apprécier l'oeuvre en elle-même. Une des possibilités pour ce faire consiste à associer des images à ce qu'on ressent: si c'était la musique d'un film, quel genre de film ? quelle genre de scène, dans quel paysage ? Cette méthode se montre souvent bien plus fertile pour arriver à parler de la musique que celle qui consiste à apposer des épithètes ou des jugements de valeur.

Pour ceux qui manqueraient d'imagination, et nul doute qu'ils doivent être plutôt rares parmi nos lecteurs, voici un extrait de ma note de programme qui livre de succintes indications sur mon univers mentale quand j'écrivis cette pièce:

Khronos dépeint la naissance du Temps, à travers les combats furieux des Dieux et des Titans. Lorsque l'énergie sauvage de cette pièce faiblit un peu, on croit apercevoir le début d'un monde fragile où l'homme aurait peut-être sa place.

Enfin, il me faut remercier tout particulièrement Jonathan Lago-Lago et Lena Kollmeier, deux brillants pianistes qui ont pris cette pièce à bras-le-corps, lui ont donné chair et sang, ainsi qu'une dimension véritablement symphonique et homérique. Je tiens aussi à remercier très chaleureusement Brigitte Foccroule, merveilleuse musicienne et grande spécialiste de la musique d'aujourd'hui, qui les a guidés dans leur travail avec enthousiasme et rigueur. Et Peter Vizard, directeur du conservatoire du XVe arrondissement, pour m'avoir invité au Week-end du clavier contemporain.

Voici donc un extrait de Khronos, par Jonathan Lago-Lago et Lena Kollmeier, enregistré en concert le 3 février dernier au conservatoire Chopin de Paris:

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Cette pièce sera bientôt donnée à Liège, en juin prochain, dans la salle philharmonique.

vendredi 1 février 2013

Création de Khronos pour deux pianos: c'est demain

Demain 15 heures au conservatoire du XVe, comme annoncé.

lundi 20 août 2012

Fugue sur le nom de Chostakovitch

Ma fugue sur le nom de Dimitri Chostakovitch pour quatuor à cordes connaîtra sa toute première audition publique le 21 août (demain) à Courchevel 1850, 16h, salle de la Croisette. C'est l'occasion d'exprimer ma gratitude à mes partenaires, Jorge Vasquez, Meagan Slattery, et Ai Takada pour leur enthousiasme et le remarquable travail réalisé avec eux sur cette pièce qui contribuera sans doute à faire de cette création un grand moment, pour moi tout au moins.

mardi 26 juin 2012

Au matin du septième jour, pour alto et piano

Au matin du septième jour est le titre d'une pièce relativement courte (un peu plus de 4 minutes) pour alto et piano, écrite l'été dernier à Courchevel et créée à Courchevel toujours avec l'excellent Philippe Colin-Hattat au piano. Légèrement révisée, cette pièce a été créée en Belgique le 14 juin dernier par le compositeur à l'alto et Brigitte Foccroule au piano.

Comme le suggère un peu le titre (qui fait allusion au jour de repos qui a suivi les six jours de la création selon le mythe de la Genèse), le nombre sept joue un rôle important dans cette pièce: ainsi on trouve une série de 7 accords de 7 notes sur un rythme de 7 temps. Cette série est répétée quatre fois, sur le modèle d'une chaconne, ou d'un thème et variations si vous préférez, afin d'atteindre 28 mesures (28 est un nombre parfait comme chacun le sait bien).

Ce qui m'intéressait il y a un an avec ces accords de 7 sons est qu'ils produisent une impression de centre tonal assez nette malgré leur complexité. On pourrait peut-être les qualifier de musique hypertonale, dans le sens où ils généralisent les triades ou les neuvièmes de l'harmonie tonale. Chacun d'eux est construit avec les sept notes d'une gamme, le premier par exemple regroupe tous les degrés de la "gamme acoustique" de Bela Bartok (avec quatrième degré augmenté et septième degré abaissé par rapport au mode majeur):

accord_hypertonal.png

Il faut laisser ces accords se déployer dans un temps assez long pour que l'oreille profite de leurs couleurs riches et même légèrement saturées. Avec un peu de recul, un an après, je trouve ces couleurs toujours aussi belles et fascinantes. Cependant le point faible de cette pièce est de s'appuyer sur ce travail harmonique exclusivement, sans mettre ces harmonies aussi belles que statiques en contraste avec des éléments plus rythmiques ou plus dissonants.

Les membres du jury de la classe de composition du conservatoire de Liège m'ont dit qu'ils trouvaient la pièce fort bien construite mais pas excessivement originale, avec un petit côté "musique française des années 1940". Ce qui n'est pas faux du tout. Je ne suis pas extrêmement content de cette pièce qui n'est pas ce que j'ai écrit de plus personnel ou de plus audacieux, mais je la conserverai à mon catalogue car elle comporte tout de même une assez jolie ligne mélodique à l'alto qui pourrait séduire justement les altistes que le contemporain pur et dur n'attire pas plus que ça.

Du reste, chers lecteurs, vous n'êtes pas obligés de me croire sur parole et pouvez jeter un coup d'oreille au mp3 (un grand merci à la pianiste Brigitte Foccroule qui a réalisé un travail fantastique avec cette pièce m'autorise à partager l'enregistrement avec vous):

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La partition est disponible sur le site Tamino Productions: à imprimer soi-même, au format PDF ou comme partition imprimée à la demande.

vendredi 11 mai 2012

La liberté ou la mort !

La liberté ou la mort ! est le titre d'une pièce récente pour quatre trombones et électronique live qui a été créée le 17 décembre 2011 à Liège. Voici un extrait des notes de programme:

Cette pièce a été commandée par Alain Pire et le Département de cuivres graves du Conservatoire Royal de Liège ainsi que le Centre Henri Pousseur pour le festival Images Sonores 2011.


Le titre fait référence à un roman de N. Kazantzakis, mais cette pièce fut inspirée par les évènements connus sous le nom de “Printemps arabe” qui ne renversèrent pas que des gouvernements, mais aussi les préjugés que les Européens conservaient sur leurs voisins de l'autre côté de la Méditerrranée. Elle est respectueusement dédiée à la mémoire de Mohamed Bouazizi, le marchand de légumes de Sidi Bouzid en Tunisie qui en s'immolant par le feu le 17 décembre 2010 déclencha la révolution tunisienne et toutes les autres. Selon les mots de Hassen Mustapha, il a brisé le “mur de la peur”.


Ce n'est pas une pièce de musique descriptive, mais elle cherche à dépeindre les sentiments d'oppression, de souffrance, de lutte et finalement de triomphe qu'ont connu les combattants de la liberté dont le courage et l'abnégation sont une leçon admirable que les Européens devraient méditer.


J'écrivais cela il y a 5 mois, et l'actualité fut des plus riches depuis: pour s'en tenir au pays du sud de la Méditerranée, la Lybie a vu l'effondrement du régime Khadafi, avec l'aide de l'OTAN, et l'exécution sommaire de son chef; les électeurs en Tunisie et en Egypte ont placé les islamistes (modérés) en tête des législatives; et la Syrie s'est enfoncée dans un confit sanglant dont l'issue paraît incertaine. Et la France a connu le tragique épisode des tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban.

Ces événements sont-ils de nature à remettre en cause le ton optimiste et même idéaliste de ma note de programme de décembre dernier ? Au contraire, ils ont affermi mes convictions. Car le moment où un criminel terroriste abat trois enfants de sang-froid à cause de leur religion n'est pas le moment où il faut céder à la peur, à la haine, ce qui reviendrait à approuver les causes mêmes de ce crime. C'est le moment de témoigner tout d'abord de notre solidarité avec les victimes et leur familles, ce que les Toulousains ont fait massivement. C'est aussi le moment de réaffirmer la volonté de vivre ensemble qui est le ciment de la république. Chrétiens, Juifs, Musulmans ou athées, nous respirons le même air, vivons sous le même ciel et partageons le même territoire. Et lorsqu'un criminel frappe l'un des nôtres, nous sommes tous atteints.

C'est aussi le moment de redire mon indignation envers les fêlés d'extrême droite qui se réjouissent - c'est horrible à dire vraiment - se réjouissent sincèrement de ces événements tragiques car ils y voient une confirmation de leurs théories racistes ou d'un "choc des civilisations". A savoir que le conflit serait le seul mode de relation possible entre des gens n'ayant pas la même religion ou la même culture. Il suffit de se rappeler les yeux brillants et le sourire d'une oreille à l'autre de Marine Le Pen lorsqu'elle a entonné son petit air du "je vous l'avais bien dit" à la télévision. Une chanson qu'elle a prudemment attendu l'identification du tueur avant d'entonner; et on a sans doute poussé de gros "Ouf !" dans son entourage lorsqu'on a su que le tueur était certes un fêlé d'extrême-droite, mais un fêlé d'extrême-droite musulman et pas un copycat du tueur d'Oslo.

En apportant notre soutien aux révolutions tunisiennes et égyptiennes, avons-nous indirectement et sans le vouloir cautionné l'arrivée d'un islam radical au pouvoir ? Les islamistes vont-ils rafler la mise et imposer une dictature pire que la précédente, comme ils l'ont fait en Iran en 1980 ? Bien malin qui saurait prédire l'avenir. Mais il y a des signes qui indiquent que beaucoup ne semblent pas prêts à baisser la tête. L'islam radical n'est au fond qu'une force politique parmi d'autres, comme les Cléricaux sous la troisième république. Et les peuples du maghreb ne tarderont pas à apprendre, s'ils ne le savent pas déjà, que la démocratie ça n'est pas seulement les élections tous les 5 ans, c'est aussi le respect des minorités, l'indépendance de la presse, les contre-pouvoirs comme les syndicats et associations. C'est un énorme chantier qu'ils ont devant eux, chantier qui est très loin de l'achèvement même en Europe, ce qui devrait nous inciter à la modestie. Je crois même que les progrès qui suivront les révolutions arabes pourront nous servir de leçon plus d'une fois.

Qu'on me permette de le redire encore: refuser la peur, la ségrégation et le choc des cultures ça n'est pas faire preuve de naïveté. La ségrégation mène toujours à la violence, le ghetto conduit au pogrom, hier comme aujourd'hui, en Israël, en Bosnie, en Afrique du Sud comme à Toulouse où à Oslo. Nous n'avons pas besoin de plus de murs, plus de frontières, plus de fils de fer barbelés et de militaires en faction. Nous avons besoin de plus plus de solidarité, plus de liberté, plus de dialogue et de compréhension mutuelle. Le prix à payer pour la liberté est élevé, car elle n'est jamais acquise, c'est une construction collective permanente et fragile. Elle ne tient que si on est prêt à tout pour la préserver. Aujourd'hui plus que jamais la seule alternative qui compte c'est vivre libre ou mourir.

Revenons à la musique elle-même: dans ce poème symphonique pour quatre trombones, j'ai volontairement intégré un style tonal dans certains passages, comme le choral final, pour le mettre en contraste avec le début de la pièce qui est plus tendu et dissonant. En revanche j'ai évité les orientalismes (comme les gammes avec seconde augmentée) qui auraient été de mauvais goût. Ayant eu trop peu de temps pour compléter cette partition, je n'en suis pas vraiment satisfait. Toute la partie électronique est à refaire notamment. Cela dit, Alain Pire m'a dit qu'il aimait bien la pièce en dépit de son caractère stylistique mélangé, et a souhaité mettre un lien vers l'enregistrement depuis la page du département de cuivres graves du conservatoire de Liège. Ce qui est certain c'est que les interprètes Alain Pire, Nicolas Villers, Jean-François Cosentinos ont fait un très beau travail sur cette pièce, ce qui à soi seul justifie qu'on partage un bout de MP3 avec nos lecteurs. 

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La pièce sera reprise en avril 2013 à Paris (sans doute dans une version remaniée).

mercredi 14 décembre 2011

La liberté ou la mort !

Samedi 17 décembre 2011, dans le cadre du festival Images Sonores organisé par le Centre Henri Pousseur, le département de cuivres graves du Conservatoire de Liège proposera plusieurs créations, dont celle d'une pièce pour quatre trombones et électroniques que m'a commandée Alain Pire. Extrait des notes de programme de cette pièce:

Le titre fait référence à un roman de N. Kazantzakis, mais cette pièce fut inspirée par les évènements connus sous le nom de “Printemps arabe” qui ne renversèrent pas que des gouvernements, mais aussi les préjugés que les Européens conservaient sur leurs voisins de l'autre côté de la Méditerrranée. Elle est respectueusement dédiée à la mémoire de Mohamed Bouazizi, le marchand de légumes de Sidi Bouzid en Tunisie qui en s'immolant par le feu le 17 décembre 2010 déclencha la révolution tunisienne et toutes les autres. Selon les mots de Hassen Mustapha, il a brisé le “mur de la peur”.

Ce n'est pas une pièce de musique descriptive, mais elle cherche à dépeindre les sentiments d'oppression, de souffrance, de lutte et finalement de triomphe qu'ont connu les combattants de la liberté dont le courage et l'abnégation sont une leçon admirable que les Européens devraient méditer.

La création de cette pièce aura lieu un an jour pour jour après l'immolation de Mohamed Bouazizi. Il est évidemment très frappant qu'elle intervienne la même semaine qu'un tragique fait divers qui frappe la ville de Liège en son coeur (la place Saint-Lambert). Comme le rappelle très justement le directeur de l'OPL, Jean-Pierre Rousseau dans son blog, Liège a vécu hier ce que des milliers d’Irakiens, d’Afghans, de Palestiniens, d’Israéliens et bien d’autres endurent régulièrement dans une indifférence quasi-générale.. On pourrait ajouter les Syriens, les Yéménites, les Birmans, les Coréens...

Quel leçon tirer de cette tuerie aveugle et insensée ? Pour ma part, outre une invitation à la compassion avec les victimes bien au-delà des frontières, j'y vois une mise en garde: le combat pour la liberté, la sécurité, les droits humains n'est jamais terminé. Rien n'est jamais acquis, et surtout pas la démocratie, cette vaste et fragile construction collective qu'il faut toujours réinventer.

Pour revenir au concert du 17 décembre, il aura lieu à 20h30 au Théâtre Royal Universitaire de Liège, et permettra d'entendre également des créations de mes camarades, comme Alithéa Ripoll, Gaëlle Hyernaux, Sarah Wéry, et Igor Kéfalidis.

Je recommande également très chaleureusement aux lecteurs Liégeois de ce journal le concert du jeudi 15 décembre (même lieu, même heure) qui sera un double portait des compositeurs Jean-Marie Rens et Gilles Gobert.

mercredi 14 septembre 2011

Les Jewish Folk Songs en vidéo

J'ai écrit les Chants Populaires Juifs il y a 4 ans, autant dire une éternité. A l'époque complètement autodidacte, je m'étais fixé des objectifs tout à fait modestes: écrire une musique simple, de style tonal, destinée à des musiciens amateurs, plaisante à jouer et qui tienne à peu près la route. Après les avoir joués avec mes amis en avril puis en juin 2007, j'ai posté la partition sur internet avant de passer à d'autres projets (et de commencer mon apprentissage de compositeur plus sérieusement).

Bien m'en a pris car j'ai reçu ensuite des emails d'un peu partout (par exemple des Etats-Unis) me signalant des concerts de musiciens étudiants ou amateurs, souvent assortis de quelques mots gentils.

Plus récemment, l'été dernier c'est le Trio Ayesha un groupe de musiciens italiens récemment formé, qui a donné ces pièces en concert lors d'un Festival en Belgique. Ils ont également eu la gentillesse de filmer le concert et de poster des extraits sur Youtube afin que les lecteurs de ce blog puissent en profiter. Le seul inconvénient étant la prise de son: c'est capté avec le micro du caméscope, il y a du souffle, de la réverbération et aussi de la distortion dans les fréquences les plus aigües (ce qui déforme le timbre des instruments). Cela étant dit c'est un petit morceau de concert tout à fait écoutable et charmant. Voici par exemple le mouvement lent:

Un grand merci à Marco Messa, Michele Vagnini et Ramzi Hakim.

dimanche 12 juin 2011

Entrée en eau

Entrée en eau est le titre d'un poème d'Aurélie Loiseleur, tiré de son dernier livre Entrées en Matière. anonymous-tushita-meditation-drop-9917203.jpgC'est ce poème, lu par son auteure que j'ai choisi comme point de départ pour ma toute première pièce de musique électroacoustique. On y trouve bien sûr des bruits d'eau; pluie, cascades, gouttes, mais aussi quelques sons de piano, qui ont été retravaillés pour s'harmoniser avec les gouttes. Avec les bruits d'eau on dispose d'une palette assez riche où l'on des sons harmoniques comme les gouttes aussi bien que la cascade qui se rapproche du bruit blanc (saturation de toutes les fréquences) et tous les intermédiaires. Au-delà de l'aspect technique - enregistrer, nettoyer, filtrer, mixer les sons - l'une des difficultés est de dépasser l'aspect anecdotique ou descriptif des sons pour leur donner une qualité, une présence, une signification, un rythme véritablement musicaux. Pas sûr que j'ai vraiment réussi dans cette pièce qui ne me satisfait qu'à moitié. Elle possède néanmoins le grand avantage de durer 2 minutes seulement, et de se terminer donc avant qu'on en soit lassé.

Quoi qu'il en soit, voici Entrée en eau, récité par Aurélie Loiseleur, musique de votre serviteur:

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mercredi 8 juin 2011

Quatre créations et une avant-première à Liège

Quatre de mes oeuvres récentes seront bientôt créées au Conservatoire de Liège, dans le cadre des auditions de fin d'année de la classe de composition:

  • Mercredi 15 juin, 20h à l'Espace Pousseur, aura lieu la première audition de Tu fais trop de bruit..., une scène de théâtre musical pour soprano, violon, clarinette, marimba, trombone et acteur muet, sur un texte d'Aurélie Loiseleur. Avec Lydie Szymaszek, Laurence Mary, Rudy Mathey, Alexis Bourdon, Jean-François Cosentino.
  • Vendredi 24 juin, 20h à l'Espace Pousseur, on pourra entendre, pas forcément dans cet ordre-là:
  1. Entrée en eau, unepièce de musique acousmatique sur un texte d'Aurélie Loiseleur
  2. Érotique pour piano, clarinette et alto, une pièce qui vient compléter le cycle des mes Poèmes d'après Yourcenar, avec Tomonori Takeda (clarinette) et PIerre Vanlinthout (piano)
  3. Contemplation du vide, pour alto et électronique. Cette pièce est destinée à devenir une section d'une oeuvre plus vaste qui portera le titre de 13.2 Milliards d'Années-Lumière, dont je reparlerai dans ce journal.
Par ailleurs le jury pourra entendre en avant-première Centaures, mélodie pour voix et piano sur un texte de Marguerite Yourcenar, enregistré par L'Oiseleur des Longchamps (baryton) et Mary Olivon (piano) pour un disque "Chevauchées Lyriques" qui sera dans les bacs d'ici à la fin de l'année.

Sur ce je vous laisse, j'ai des concerts à préparer...

mercredi 11 mai 2011

Petites Fanfares Célestes à la Philharmonie de Liège le 15 mai 2011

Mes Petites Fanfares Célestes seront données à la philharmonie de Liège (Belgique) dimanche prochain, 15 mai 2011, à 15 heures, dans une nouvelle orchestration pour grand ensemble de cuivres et percussions (la version originale étant pour dixtuor de cuivres: 4 trompettes, cor, 4 trombones, tuba). Dans le cadre d'un projet destiné à rapprocher jeunes compositeurs et formations de musiciens amateurs, elles seront jouées par la Fanfare Royale de Malmedy sous la direction de Vincent Dujardin.

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C'est l'occasion pour moi de remercier chaleureusement et par avance Vincent Dujardin et les musiciens de la Fanfare Royale ainsi que Michel Fourgon, professeur au conservatoire de Liège, pour avoir permis à ce projet de se concrétiser.

lundi 25 avril 2011

Aria pour hautbois et cordes

La fête de Pâques est l'occasion pour les chrétiens de célébrer leur croyance en la résurrection; pour tout le monde manger du chocolat et de profiter d'un jour de congé supplémentaire; pour les mélomanes de ré-entendre la Passion selon St Matthieu (ou bien selon Saint Jean).

Pour ma part c'est un air de hautbois, mi-joyeux mi-mélancolique, qui trottait dans ma tête ce matin. Il ne restait qu'à le coucher sur le papier et l'harmoniser à quatre voix pendant que les enfants poussaient des cris aigus dans le jardin en découvrant les oeufs de Pâques. Voici une maquette audio vite-fait bien-fait de cet aria:

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C'est bien sûr un pastiche de qui vous savez.

jeudi 24 février 2011

Neige sur Liège (haïku, pour voix et piano)

Écrit en décembre dernier, en deux heures, entre deux répétitions d'orchestre à Liège, et en regardant la neige tomber par la fenêtre au-dessus de la Cité Ardente, voici la partition d'un Haïku pour voix et piano. L'ambitus vocal étant assez réduit (une octave, du mi au mi) c'est chantable par presque toutes les voix ou presque. Un Haïku est nécessairement très court (5 + 7 + 5 syllabes, encore que le comptage des syllabes ne soit pas le même en Japonais et en Français) et doit comporter une référence à la saison. C'est bien le cas ici:

Neige sur Liège

L'Ardente endormie

Rêve à son passé

Comment rendre musicalement le sentiment de confort feutré et de léger vide qu'on ressent en regardant les flocons tourbillonner derrière une vitre, au-dessus d'une ville immobile et plus grise que jamais ? Je ne saurais l'expliquer, mais alors que je n'avais pas particulièrement prévu de travailler à ce moment-là, une intuition m'a soufflé ce court motif que j'ai jeté sur le papier:

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Le reste a suivi très naturellement. Dans une pièce aussi courte, on ne doit pas introduire trop d'idées si l'on tient à créer une ambiance cohérente. Il vaut mieux jouer avec les matériaux qu'on entend dans les toutes premières secondes, ce qui laisse tout de même une grande liberté car on est bien loin d'avoir épuisé toutes les possibilités de variation et de développement quand la pièce prend fin.

La tête de ce motif, noyée dans la résonance de la pédale, peut faire penser aux nuages et tourbillons debussystes, Mais ce brouillard est vite dissipé par suite du motif (dissonance de septième majeure, rythme pointé, accent, coupure de la pédale) qui débouche sur une note tenue, autrement dit sur le vide. Il est un peu tard et je ne vais pas vous faire un cours sur la contemplation du vide dans la philosophie taoïste mais vous avez saisi l'idée.

Dès qu'un de mes amis chanteur ou chanteuse aura eu la gentillesse de programmer cette chansonnette en récital, j'aurais peut-être un bout de mp3 à poster dans ce journal.


dimanche 10 octobre 2010

L'Araignée, Etude numéro 1 pour piano

Bien que j'utilise mon quart de queue de façon quotidienne, aussi bien pour déchiffrer et analyser des partitions (et pas seulement des textes pour piano) que pour improviser ou corriger mes propres partitions, j'écris très peu pour le piano. Je ne parle pas ici du piano en tant que membre d'un groupe de musique de chambre ou accompagnement d'un chanteur, mais vraiment du piano solo, destiné à fabriquer toute la musique lui-même, chant, contre-chants et textures d'accompagnement.

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D'abord les pianistes s'en foutent des pièces contemporaines. Si on leur dit qu'on a écrit une pièce pour piano seul, ils vont simplement hausser les épaules et retourner travailler leur Chopin. Et le piano n'étant pas mon instrument principal, je n'ai ni le niveau ni la motivation pour jouer moi-même en concert les pièces que j'écrirais. A quoi bon se fatiguer si personne ne jouera ce qu'on écrit ?

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Ensuite, même si on ne considère que les pièces écrites pour le piano moderne (disons à partir de Beethoven), le répertoire comporte nombre de chefs-d'œuvres si imposants que c'est à vous décourager d'écrire la première note. Peut-on encore avoir envie d'écrire pour le piano après la Sonate Hammerklavier de Beethoven et la Sonate en Si de Liszt ? Et à côté de ces grands chefs-d'oeuvre, un nombre impressionnant de pièces honorables et de bonne facture sont disponible, dans tous les styles et pour tous les niveaux de difficulté. Remarquons tout de même que si Olivier Messiaen s'était découragé de la sorte, nous serions privés des Préludes, des Vingts Regards et de tout le catalogue des Chants d'Oiseaux, ce qui serait tout de même fort triste.

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Troisième raison d'hésiter: l'instrument lui-même. La mécanique sophistiquée du piano permet une virtuosité quasiment sans équivalent sur les autres instruments, son jeu naturellement polyphonique et son ambitus énorme peut lui donner l'illusion qu'il sait remplacer un orchestre entier. Mais il ne sait pas faire ces choses si simples à réaliser avec les instruments mélodiques, à cordes, à vents, à plumes ou à cordes vocales: lier deux notes, faire un crescendo puis un decrescendo sur la même note, manipuler la hauteur du son, jouer des micro-intervalles, réaliser une glissade ou enrichir le son par le vibrato. Du reste j'ai déjà évoqué toutes ces difficultés dans ce journal.

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Toutes ces objections étant posées, il m'arrive tout de même, parmi les choses qui me viennent en improvisant, de vouloir garder certaines formules ou gestes instrumentaux qui me paraissent destinées au piano plus qu'à tout autre instrument. Pour mon étude numéro 1, sous-titrée l'Araignée, j'ai pris les choses par leur commencement. Deux mains avec cinq doigts chacune, des touches noires et des touches blanches. En superposant les deux mains, on forme une sorte d'araignée dont les dix pattes s'agitent en tout sens sans jamais se gêner mutuellement. Au point de vue harmonique, on joue avec deux couleurs, celle de la gamme diatonique (les touches blanches) et celle de la gamme pentatonique (les touches noires).

laraignee_extrait1.pngLe geste initial de cette Etude est constitué d'un mouvement ascendant superposé à un mouvement descendant, mais l'oreille distingue plutôt deux voix: une qui descend et remonte, l'autre qui monte et redescend. Ensuite, c'est parti, il n'y a plus qu'à laisser la petite bébête courir sur le clavier... je vous propose d'écouter le meilleur (et le seul) enregistrement de cette pièce, par Philippe Hattat, un jeune pianiste et compositeur surdoué dont vous entendrez certainement reparler, et pas seulement dans le journal de Papageno:




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Cette étude n°1 est dédiée à Michel Merlet, mon (ex-)professeur de composition. La partition sera bientôt disponible sur le site Tamino Productions en version électronique, et aussi en version papier.

mercredi 23 juin 2010

Fugue sur le nom de Dimitri Schostakovitch

Cette fugue est un pur exercice scolaire, dans la mesure où elle a été réalisée pour le cours d'écriture au conservatoire de Liège, où j'ai profité des excellents conseils du pianiste et compositeur Marcel Cominotto. Les sujets et contre-sujets de cette fugue sont basés sur la cellule suivante:

C'est la signature musicale de Dimitri Schostakovitch. (Rappelons que la notation allemande utilise des lettres pour les notes de la gamme, avec B = si bémol et H = si bécarre. Pour le S il y a une astuce car Es = mi bémol). Le compositeur russe (ou devrais-je dire soviétique) l'a utilisé notamment dans son excellent Huitième quatuor.

Ce blog n'est pas le lieu pour publier une longue auto-analyse de l'oeuvre, et ce d'autant plus que je trouve les auto-analyses des compositeurs en général barbantes, qu'il est tard et qu'il faudra se lever tôt demain pour emmener les enfants à l'école. J'invite seulement les lecteurs de ce blog à remarquer que j'ai très peu fait usage dans cette pièce des modes de jeux spéciaux (col legno, sul pont, tremolo, glissando, ...). Non que je n'aime pas ça, bien au contraire: je crois avoir écrit récemment dans ce journal que les recherches sur le son me passionnent et je n'ai rien contre le contemporain qui pique et qui gratte. Mais au fur et à mesure que j'avançais dans ce projet d'écriture s'est imposée à moi la nécessité, pour cette pièce, d'utiliser peu d'artifices, d'exploiter surtout les ressources nobles des instruments et le développement du contrepoint pour créer une atmosphère, introduire des ruptures et raconter une histoire.

A quel point j'y ai réussi, c'est à vous d'en juger. Vous pourrez le faire grâce à un enregistrement réalisé selon la méthode scientifique bien connue de la RACHE par mes amis et complices du quatuor Hypercube. Un grand merci à Fanny, Benoît et Stefano, et s'il vous plaît un peu d'indulgence pour les interprètes qui ont eu très peu de temps pour travailler cette partition:

La partition sera publié très bientôt sur le site Tamino Productions. Dernier point, la plupart des gens entendront cette partition comme atonale bien que je l'entende le plus souvent en si mineur et qu'elle se termine sur un accord parfait. Est-ce de la musique post-moderne, anti-réactionnaire ou bien néo-tonale ? Peut-être est-ce tout simplement de la musique.

mardi 16 mars 2010

Le miel inaltérable... pour deux pianos

Le miel inaltérable... est une pièce pour deux pianos, écrite l'été dernier à Courchevel. Elle est inspirée d'un poème de Marguerite Yourcenar, extrait des sept poèmes pour une morte qui font partie des Charités d'Alcippe. Ce recueil d'abord publié au début des années 1950 chez un petit éditeur belge appelé La Flûte Enchantée (ça ne s'invente pas !) est maintenant disponible chez Gallimard.

Une poésie très néo-classique mais de bonne facture, selon la femme de mon cœur qui est une grande spécialiste de la chose. Une poésie d'une beauté intemporelle, selon moi:

Le miel inaltérable, au fond de chaque chose
Est fait de nos douleurs, nos désirs, nos remords
L'alambic éternel où le temps recompose
Les larmes des vivants et les pensées des morts.

D'identiques effets regerment de leur cause;
La même note vibre à travers mille accords;
On ne sépare pas le parfum de la rose;
Je ne sépare pas votre âme de son corps.

L'univers nous reprend le peu qui fut nous-mêmes.
Vous ne saurez jamais que mes larmes vous aiment;
J'oublierai chaque jour combien je vous aimais.

Mais la mort nous attend pour nous bercer en elle;
Comme une enfant blottie entre vos bras fermés,
J'entends battre le cœur de la vie éternelle.

Cette partition est dédiée à Pascal Devoyon et Rikako Murata. Elle est disponible sur le site Tamino Productions (et aussi sur le site SibeliusMusic). La première audition publique devrait avoir lieu dans les mois qui viennent.

dimanche 7 mars 2010

Architectures contemporaines, pour voix et piano

Il est au fond assez fréquent que l'inspiration se nourrisse du travail d'autres artistes, quel que soit leur domaine. La poésie, la peinture, le théâtre sont aussi nécessaires à mon équilibre intérieur que la musique. Le cycle Architectures contemporaines en est la parfaite illustration.

Au départ il y a des architectes qui construisent des bâtiments tout beaux, tout neufs, parfois fascinants et parfois oppressants ou même ennuyeux dans leur trop grande régularité géométrique. Ensuite il y a une photographe italienne, Carola Merello, qui porte un regard sur ces structures de verre et d'acier (voir ci-contre à droite). Un jeune écrivain,  Jean Lequoy, qui compose des poèmes très courts, aussi raffinés que mystérieux à partir des photos. Un baryton, Clément Dionet, qui organise une exposition (avec ces photographies et ces textes parmi d'autres) et propose à des jeunes compositeurs, dont votre serviteur, d'utiliser textes et photos comme point de départ pour écrire des mélodies.

Les huit mélodies qui composent Architectures contemporaines ont été écrites l'été dernier, sur une dizaine de jours. En rapport avec la concision extrême des textes de Jean Lequoy, j'ai cherché des formes très courtes, sans aucune répétition: la plus longue mélodie du cycle dure peut-être 45 secondes. Pour assurer l'unité de chaque mélodie, j'ai ramassé chacune d'elle autour d'une seule idée musicale dont je tire le rythme, les harmonies, la ligne vocale. Ainsi les contrastes se trouvent plutôt dans le passage d'une pièce à l'autre qu'à l'intérieur d'une même pièce. Le caractère des textes et des photos me poussait à adopter un style très contemporain, avec ce mélange de froideur et de violence qui caractérise la ville moderne.

La création parisienne de ces mélodies a eu lieu le 23 février dernier à l'ENS par Lucile de Trémiolles (soprano) accompagnée de Thomas Lavoine (piano). Saluons au passage ces interprètes qui ont fourni un travail remarquable et fait ce cette création un très beau moment. Je vous propose d'en écouter un extrait (les trois dernières pièces) et pour ceux que ça intéresse, de feuilleter la partition:

La création londonienne est prévue le 31 mars par Clément Dionet (baryton) et Clare Hamond (piano) et à la Guildhall School du Barbican center.

mardi 1 décembre 2009

Jean-Sébastien, que ma joie demeure

Certains occupent leur temps libre en remplissant des grilles de sudoku: même si c'est un jeu que j'affectionne par ailleurs, c'est plutôt avec du contrepoint renversable dans le style du début du 18e siècle que je me distrais après le boulot (le boulot en question étant, selon les jours, alto, orchestre, composition ou informatique).

Même s'il ne s'agit que d'un exercice un peu scolaire, il faut bien avouer qu'emboîter sujets et contre-sujets, préparer et résoudre les septièmes, dérouler tranquillement les marches harmoniques me remplit de joie. J'ai l'impression de construire une église ou un temple modeste et austère mais accueillant et de proportions harmonieuses lorsque je fais du contrepoint dans le style de Bach.

Bienheureux Jean-Sébastien Bach, qui a passé sa vie à pratiquer un style de composition techniquement parfait mais déjà passé de mode chez ses contemporains. A vrai dire bien d'autres ont excellé dans le contrepoint; la particularité de Bach tient peut-être dans le côté pédagogique de sa musique (on a l'impression d'être pris par la main et guidé dans les méandres du contrepoint), mais aussi une simplicité désarmante et une élégance jamais mise en défaut.

Pédagogue, la musique de Bach l'est aussi avec l'interprète, qu'elle invite à s'élever par paliers jusqu'à la plus parfaite maîtrise instrumentale nécessaire à l'interprétation des grands chefs-d'œuvres comme la Chaconne pour violon seul. Elle l'est plus encore avec les compositeurs: aucune musique plus que celle de Bach ne sait donner le désir d'écrire. Chopin et Franck, parmi tant d'autres, pratiquaient la musique de Bach quotidiennement. Aussi, en élève studieux à défaut d'être doué, j'écris des préludes et fugues pour clavier ou quatuor à cordes. De simples exercices, qui ont pour seule utilité de me réjouir profondément. Que ma joie demeure ! et qu'on me permette de la partager avec vous, chers lecteurs.

(pour les curieux, la partition pour piano et celle pour quatuor à cordes seront bientôt sur le site Tamino Productions)

dimanche 13 septembre 2009

Messiaen au paradis ... de la vidéo en ligne

La rédaction du Journal de Papageno ne ménage pas ses efforts pour vous proposer un blog différent avec un contenu original. Pour produire ce billet il a tout de même fallu:

  • écrire 50 pages de musique (120 si on ajoute les parties séparées)
  • réunir dix musiciens et un chef, organiser les répétitions
  • trouver un lieu de concert, rédiger des programmes, faire de la pub (merci Catherine !)
  • jouer les petites fanfares célestes en première mondiale
  • enregistrer et filmer le concert
  • terminer par un petit bout de montage vidéo

A part le premier et le dernier point, ma contribution au projet a été des plus limitées d'ailleurs. Je suis très reconnaissant aux musiciens de l'ensemble KABrass et à Xavier Saumon qui ont accueilli ce projet avec enthousiasme, et lorsque la partition est arrivée, ont toute de suite trouvé le ton mi-sérieux mi-ironique qui convenait à ce cycle et bravement affronté les difficultés techniques. Dans le numéro 3 notamment (Dialogues de l'Esprit), ils ont du notamment souffler sans produire de note, frapper l'embouchure du trombone avec la paume, boucher l'embouchure des trombones avec la main (pour produire un son qui se rapproche de celui du cor), et même se mettre à la percussion en laissant la trompette pour le wood-block ou le triangle. Dans la pièce numéro 3 du cycle consacré à la Trinité, on ne pouvait pas ne pas utiliser un triangle...

S'il faut donc saluer les efforts des musiciens pour défricher une partition nouvelle qui s'éloignait quelque peu de leur répertoire habituel (Stardust, entre classique et jazz, est un de leurs tubes), ce que je retiens de cette expérience, ce que j'ai aimé chez KABrass et qui m'a inspiré pour écrire ces pièces, c'est avant tout le plaisir de produire le son et de jouer ensemble, plaisir on ne peut plus communicatif. C'est le son chaud et plein des cuivres, mais c'est aussi l'ambiance amicale et volontiers facétieuse qui règne dans ce groupe, qui donne une coloration particulière et une forme de légèreté à tout ce qu'ils jouent.

Comme mon professeur de composition aime à le rappeler, les interprètes ont besoin de compositeurs sinon ils n'auraient rien à jouer; mais l'inverse est tout aussi vrai. Moi qui sais tout juste assez de trombone pour entonner La Marseillaise sur cet instrument (avec quelques pains), j'ai pu faire sonner non pas une mais dix embouchures. Une fois encore, merci et bravo à KABrass et à Xavier Saumon.

samedi 11 juillet 2009

Berceuse sur une gamme fantaisiste

Publié en 1945 chez un petit éditeur qui a depuis longtemps mis la clé sous la porte, Flûte à tue-tête de Jean Vogel est aujourd'hui quasiment introuvable. Je dois à L'Oiseleur des Longchamps et à sa curiosité insatiable pour la poésie sous toutes ses formes d'avoir découvert ce recueil. On y trouve en particulier une chanson, berceuse sur une gamma fantaisiste, que j'ai trouvée mignonne comme tout et mise en musique. La structure en est assez régulière: huit couplets qui commencent et finissent par une gamme. Voici les trois premiers:

Do ré mi fa sol la si do
Enfants sans jeux filles sans dot
Pourquoi pleurer dans vos rideaux ?
C'est demain le jour des cadeaux
Do ré mi fa sol la si do

Ré mi fa so la si do ré
Beaux enfants sages éplorés
Ce qui vous manque vous l'aurez
Cette poupée aux yeux dorés
Ré mi fa so la si do ré

Mi fa sol la si do ré mi
Les enfants sages endormis
Ont moins de peine et plus d'amis
Que ceux qui pleurent à demi
Mi fa sol la si do ré mi

La répétition et même la monotonie de la structure sont compensés par la grande fantaisie des couplets (on a même un vers en italien), des images qui surgissent sans cohérence afin d'évoquer l'univers des rêves d'enfants:

Fa sol la si do ré mi fa
Sophie s'endort au Califat
et songe (Oh ! Mille anni fa !)
Qu'elle est Calife au Califat
Fa sol la si do ré mi fa

Sol la si do ré mi fa sol
Victor qui rêve à Donna Sol
En effeuillant des tournesols
Tombe d'un saule sur le sol
Sol la si do ré mi fa sol

La si do ré mi fa sol la
Elle est bien bonne celle-là !
Lise qui dort voit Dalila
Gagner Samson en tombola
La si do ré mi fa sol la

Arrivé à la septième strophe, le poète finit par se moquer de lui-même et de la monotonie de sa berceuse, invitant même le lecteur à s'endormir:

Si do ré mi fa sol la si
Vous me direz qu'elle est bien scie
Cette gamma en péripéties
Mais essayez dormez aussi
Si do ré mi fa sol la si

Avant de revenir sur le do initial pour fermer la boucle:

Do ré mi fa sol la si do
Ainsi finit ma gamme en do
Avec des rêves pour fardeaux
Les écrevisses dos à dos
Vont deux à deux faire dodo
Do ré mi fa sol la si do

Pour mettre ce texte en musique, j'ai choisi autant de modes qu'il y avait de couplets, utilisant même le mode II de Messiaen pour le 7e couplet (l'extrême régularité de ce mode symétrique aide à produire l'impression de monotonie), sans chercher à éviter les clichés, comme la seconde augmentée "orientale" pour le quatrième couplet. Chaque strophe est donc traitée comme une mini-mélodie avec sa couleur harmonique, son rythme, son atmosphère, mais aussi comme une variation du thème mélodique initial. Et la huitième strophe redit la première à l'envers, ce qui était quasiment obligé par le texte (les écrevisses...). Trèves de paroles, voici le début de cette berceuse par L'Oiseleur des Longchamps (baryton) et Mary Olivon (piano):

La partition est en ligne chez Tamino Productions et aussi sur le site SibeliusMusic.

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