Le journal de papageno

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jeudi 28 novembre 2013

Petits meurtres en famille (Elektra à l'Opéra de Paris)

Ouï dimanche dernier à l'Opéra de Paris, une fort belle production d'Elektra de Richard Strauss. Créé en 1909, cet opéra pousse le chromatisme (post-)wagnérien dans ces derniers retranchements. Un certain Arnold Schönberg ne manqua pas d'en tirer des leçons lorsque; quelques années plus tard, avec Erwartung puis le Pierrot Lunaire, il enterrera la tonalité que Strauss avait poignardé aussi énergiquement qu'Oreste s'occupe de son beau-papa. On ne peut pas aller plus loin qu'Elektra; Strauss lui-même l'a compris, car il s'est tourné vers un tout autre style pour ses opéras suivants, comme le Chevalier à la Rose ou encore Cappricio.

Elektra est l'histoire d'une vengeance, et ça n'est même que ça. Obsédée par le meutre de son père Agamemnon, qui a été assasiné par son épouse Clytemnestre et par l'amant de celle-ci Egisthe, Elektra ne rêve que de laver l'affront dans le sang de sa propre mère. Elle reste sourde aux appels de Chrisotemis, sa soeur, qui aimerait bien "tourner la page" et "refaire sa vie" comme on dit de nos jours. Elle attend le retour de son frère Oreste pour l'aider à exécuter son plan. Plan aussi simple que subtil et dans lequel une rencontre entre certaine hache et la tête de Maman tient une place centrale.

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jeudi 11 avril 2013

Claude, opéra de Thierry Escaich sur un livret de Robert Badinter en direct sur Arte Live Web

Ce soir à vingt heures aura lieu la rediffusion sur Arte Live Web de l'opéra de Thierry Escaich, Claude, sur un livret de Robert Badinter d'après un roman de Victor Hugo (Claude Gueux). Les créations d'opéra sont devenues suffisamment rares pour qu'on salue celle-ci et qu'on lui réserve le meilleur accueil. Thierry Escaich est un magnifique musicien à découvrir absolument si vous ne le connaissez déjà. Certains jugeront sa musique trop moderne et d'autres pas assez, pour ma part je retiens surtout que tout ce que j'ai pu entendre de Thierry Escaich était fort bien écrit, bien construit et sonnait très bien. Quand la musique est de bonne qualité elle s'impose par elle-même, indépendamment des choix esthétiques de son créateur.

Par ailleurs Badinter n'est pas n'importe qui, c'est tout de même l'homme qui a fait voter l'abolition de la peine de mort en France en 1981, à rebours d'une opinion publique qui y était encore majoritairement hostile. Je recommande en particulier aux plus jeunes lecteurs de ce Journal de lire L'Abolition du même Badinter, un livre de deux cent pages tout à fait essentiel pour comprendre les enjeux de l'abolition et le chemin qu'elle a suivi avant de s'imposer en France comme dans tous les pays européens. Un livre à mettre entre toutes les mains dès quatorze ans.

mardi 19 février 2013

Création de Lolo Ferrari de Michel Fourgon à l'Opéra de Rouen en mars 2103

Les créations d'opéra sont devenues suffisamment rares pour qu'on les signale et qu'on prenne le train ou la voiture afin d'aller les écouter à Aix, Strasbourg, ou Bruxelles. Celle dont je vous fais la pub aujourd'hui est un opéra de Michel Fourgon qui s'intitule Lolo Ferrari. Il sera donné à l'Opéra de Rouen les 8, 10, et 12 mars prochains.

Même ceux qui n'ont jamais vu un porno de leur vie (et ils en ont de la chance) connaissent sans doute le nom de Lolo Ferrari, actice qui s'était rendue célèbre par un tout de poitrine tout à fait monstrueux obtenu par une succession d'opérations de chirurgie esthétique (si l'on peut encore appeler ça esthétique). Son mari qui était aussi en quelque sorte son "impresario" ou son "agent", a été soupçonné lors de son décès dans des circonstances troubles en 2000, et puis finalement relâché.

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Le destin tragique de cette femme fournit sans aucun doute un excellent sujet d'opéra. Même sans céder au malin plaisir d'un calembourg, on peut dire que cette Lolo est une sorte de Lulu de notre époque. En plus des ingrédients essentiels de tout bon sujet d'opéra (du sexe, du sang, plus un brin de politique ou de philosophie) cela permet d'aborder des sujets très actuels comme l'image de soi, l'argent, la célébrité, et la recherche du bonheur.

N'ayant pas lu le livret ni entendu une note de musique, je ne saurais vous en dire plus, sinon ceci: soyez curieux et audacieux, et si vous êtes parisien dites-vous que Rouen ça n'est pas plus loin du centre de la capitable que Cergy-Pontoise ou Marne-la-Vallée.

dimanche 11 décembre 2011

Escale à Liège pour le Hollandais Volant

Écouté dans la bonne ville de Liège la semaine dernière, Le Hollandais Volant, quatrième opéra de Richard Wagner, écrit en 1843, et sans doute la première oeuvre où sa personnalité et son style s'affirmèrent nettement, et où les fameux leitmotive, ces thèmes musicaux associés à un personnage ou une idée, furent utilisées systématiquement. Par rapport à Parsifal ou aux Maîtres Chanteurs, cet opéra possède en outre l'avantage de durer à peine plus de deux heures et d'y aller mollo sur le nationalisme allemand, ce qui en fait le candidat idéal pour l'initiation à Wagner.

Le Théâtre Royal de Liège étant en travaux, c'est sous un chapiteau que la représentation se déroule. On entend un peu les mâts du chapiteau grincer quand le vent les secoue, ce qui ma foi est tout à fait dans le thème de l'opéra (les sirènes de police qui traversent de temps à autre étant nettement moins dans le thème marin de cet opéra romantique). Première remarque, les étudiants à Liège ont droit à des places d'opéra à 7€ s'ils prennent un abonnement. Et ce ne sont pas des places de dernière catégorie mais de très bonnes places ! Par comparaison les rarissimes places à 10€ de l'Opéra Bastille font davantage figure d'alibi que d'effort véritable et sincère pour mettre la culture à porté des jeunes et des classes moyennes.

Le principal inconvénient du chapiteau n'est pas tellement dans les bruits extérieurs qui sont en fait assez peu gênants mais dans l'acoustique plutôt sèche qui laisse bien passer les voix et les instruments mais ne leur pardonne pas grand-chose et ne les enveloppe que d'une très mince réverbération. Cela étant dit j'aime écouter de façon très analytique, et le cours d'orchestration dispensé par un Wagner dont on sent bien que le sang lui bouillait dans les veines vaut le déplacement. L'orchestre ne démérite pas: j'aurais aimé de la part de Paolo Arrivabeni des tempi un peu plus enlevés notamment dans le prélude et tous les retours du thème du Hollandais; j'aurais aimé être emporté davantage par ces vagues irrésistibles, mais en dehors de cela les couleurs sont belles et l'orchestre soutient bien les chanteurs sans les couvrir. Côté plateau, c'est un peu inégal. Je ne vais pas jouer au critique musical et distribuer les bons et les mauvais points, disons seulement que je n'étais pas séduit de bout en bout. 

L'ensemble tiendrait tout à fait la route sans les choeurs qui ne sont pas très juste ni en place: en les écoutant je ne peux m'empêcher de penser à la transcription fantaisiste réalisé pour quatuor à cordes par Paul Hindemith du Prélude du Hollandais Volant, transcription dans laquelle le facétieux compositeur expressionniste a introduit décalages et fausses notes sensées reproduire l'effet d'une lecture à vue par un orchestre de station thermale à 7 heures du matin... J'ai l'impression pour faire justice aux choristes que le père Wagner ne les avait pas gâtés avec ces chants de marins plutôt casse-gueule, rapides, très tendus dans l'aigu, en concurrence avec un gros orchestre...

La mise en scène de Petrika Ionesco est assez classique (j'entends pas là qu'elle essaie de raconter la même histoire que le livret, sans chercher à la transposer dans un bar à putes de Berlin-Est dans les années 1960 ou autre genre de relecture post-moderne) et fonctionne très bien. Elle comporte beaucoup d'éléments visuels assez séduisants et évocateurs. En revanche les quelques séquences vidéos (qui représentent une mer houleuse) n'apportent pas grand-chose de plus. De même l'utilité des scènes mimées durant le prélude et le postlude orchestral est contestable: est-ce que la musique ne suffit pas à elle-même pour nous plonger dans l'ambiance durant les 5 minutes de la célèbre ouverture ?


Der Fliegende Holländer (Wagner) - Ouverture par operaliege

C'est tout de même assez gênant de vouloir à tout prix illustrer chaque seconde de musique par un mouvement scénique, comme si on était au cinéma et non au théâtre musical. Je trouve même ces scènes contre-productives car elles apportent une vision des choses qui peut être limitative: ainsi le tableau final est celui du père de Senta pleurant sa fille dans un cimetière: c'est très touchant, mais la musique raconte tout autre chose: Wagner reprend le thème du Hollandais volant pour la première fois en ré majeur: c'est donc la rédemption et une sorte de triomphe de l'amour dans la mort, au-delà de la mort dont il s'agit. Mais comment l'exprimer avec des images ? Parfois le mieux est de laisser la musique parler et l'esprit du spectateur, repu d'images et de musique, vagabonder plus librement. En résumé cette belle mise en scène pèche un peu par excès.

Ce spectacle sera repris en streaming sur internet les 17 et 18 décembre prochain.

lundi 21 mars 2011

Joël au balcon, Pâques au tisons (Opéra de Paris, programme 2011-2012)

A lire sur ResMusica, un article de Maxime Kaprielian: Faire du vieux avec du vieux, qui brosse un tableau assez sombre mais fort juste hélas de la programmation 2011-2012 de l'Opéra de Paris. A part une création de Philippe Fénelon, on n'entendra que des compositeurs morts, cela va de soi (et la plupart morts depuis 100 ans au moins); mais on aura également droit aux metteurs en scène morts. La prochaine étape de cette fossilisation déjà bien avancée de l'opéra, c'est bien sûr les chanteurs morts. Ne suggérons surtout pas à Nicolas Joël de mettre sur scène un androïde doté de la voix enregistrée de la Callas, il serait capable de prendre cela au sérieux.

On en viendrais presque à regretter Gérard Mortier qui multipliait les provocations pour ensuite paraître s'étonner que parfois, le public réagisse aux dites provocations. Au moins il a programmé des compositeurs vivants comme Boesmans, Mantovani, ou Saariaho.

Il fut un temps où l'Opéra était un genre vivant, où chaque saison amenait des dizaines de nouvelles productions présentées par une demi-douzaines de scènes, parmi lesquelles le public parisien choisissait le ou les succès de l'année. Même si la plupart des opéras et ballets écrit par Adam, Meyerbeer, Cherubini, Auber, Massenet et les autres n'ont pas survécu. Ce temps semble bien révolu désormais, et la créativité qui s'exprimait à travers l'opéra a choisi d'autres vecteurs d'expression: cinéma, jeux vidéo, concerts rock, comédie musicale...

Mais la bonne nouvelle tout de même pour les Parisiens du début du XXIe siècle ce sont tous les trains à grande vitesse et les avions low cost qui sillonnent l'Europe et rendent tellement facile un petit saut à Bruxelles, Londres, Amsterdam ou Zurich pour aller voir un spectacle ou une exposition... au lieu d'un abonnement à l'Opéra, offrez-vous une carte grand voyageur !


mercredi 24 mars 2010

Une flûte en or Massy

La Flûte enchantée de Mozart a toujours été, est encore et restera certainement mon opéra préféré. Du reste les lecteurs de ce blog peuvent s'en douter un peu en lisant son titre. Pourquoi un tel amour ? Je pourrai argumenter longuement, expliquer pourquoi c'est la fusion parfaite entre théâtre et musique, entre musique savante et spectacle populaire, entre drame et comédie. Il n'y a pas un seul aria de La Flûte qui ne soit pas un petit bijou: duos, trios, quatuors et quintettes sont réalisés avec une facilité, une souplesse dans la polyphonie qui forcent l'admiration. Du reste, l'ouverture orchestrale et la plupart des airs de la Flûte sont devenus des tubes, des visages familiers de la mémoire musicale collective. On pardonne aisément à la Flûte enchantée les défauts de son livret un peu décousu et ouvertement moralisateur, de cette histoire d'initiation maçonnique à laquelle je n'ai jamais compris grand-chose et qui pour parler franchement m'a toujours un peu gonflé (ça doit être mon côté Papageno).

Je pourrais argumenter longuement sur mon amour de la Flûte, mais je ne le ferai pas davantage, et je me contenterai de vous inviter à ré-écouter la scène qui donne la clé de tout l'opéra et peut-être de la vie de Mozart lui-même: celle … de la flûte enchantée (Wie stark ist nicht dein Zauberton). Je veux dire la scène la Flûte ou la flûte magique est utilisée par Tamino pour se protéger des bêtes sauvages, qui cessent leur grognements menaçants et se mettent à danser.

(cet air est chanté ici par Francisco Araiza, dirigé par Wolfgang Sawallisch, extrait d'un DVD disponible chez Deutsche Gramophon)

Comment ne pas voir dans cette scène un auto-portrait du jeune Mozart, armé de ses seuls talents de musicien pour faire face à un monde brutal et injuste dans lequel il n'a jamais vraiment eu sa place ?

C'était donc un bonheur renouvelé pour moi d'assister à une nouvelle production de la Flûte, à l'opéra de Massy, bonheur qui se doublait de celui de le faire découvrir à mes enfants devenus assez grand et pour qui c'était la première représentation d'opéra.

Cette co-production de l'opéra de Massy et du Festival de Saint-Céré était placée sous le signe de la jeunesse et de la simplicité. Jeunesse des chanteurs de la troupe Opéra éclaté dont aucun n'a atteint les trente ans; de l'orchestre de Massy qui vient de fêter ses vingt ans; également du public où l'on aperçoit, en plus des habituelles têtes grises, d'autres parents qui ont eu comme moi l'idée saugrenue d'emmener avec eux des enfants et même des adolescents. Simplicité de la mise en scène, de l'ambiance bon enfant, de l'accueil dans ce théâtre modeste et chaleureux. Fort heureusement, cette salle n'a pas l'ambiance froide et prétentieuse, façon secte pour gens riches et cultivés, qu'on reproche parfois à l'opéra et qui est particulièrement sensible à l'Opéra de Paris, pour ne pas le nommer. Soit dit en passant, le prix modéré des places a aussi de quoi soulager les pères des familles.

Mise en scène Eric Pérez - Direction musicale Joël Suhubiette - Assistant Damien Lefèvre - décors et lumières Patrice Gouron - Costumes Jean Michel Angays et Stéphane Laverne - Maquillages Pascale Fau - Chef de chant Corine Durous

Même si elle était réalisée avec de tout petits moyens (on pouvait s'en rendre compte avec les épreuves du feu et de l'eau ou la représentation du serpent), la mise en scène d'Eric Perez ne manquait pas de charme ni d'efficacité: une estrade qui pose une sorte de scène sur la scène, des éléments modulables qui figurent tantôt des portes, tantôt des murs, des lits ou des barreaux. Évitant le double piège d'en faire trop ou pas assez, elle laisse suffisamment d'espace aux acteurs-chanteurs pour s'exprimer et au public pour rêver. Les costumes de J-M. Angays et S. Laverne m'ont plu par leurs couleurs vives (un peu trop vives au goût de mon aimée) et leur contribution à la narration: ainsi Tamino et Pamina, dont les habits blancs se parent de couleurs alors qu'ils avancent dans leur initiation. Ou encore la robe de la reine de la nuit d'un noir violacé inquiétant, largement ouverte pour laisser apparaître un pantalon sur le devant. Est-ce une robe ou un pantalon ? Toute la duplicité du personnage apparaît dans son costume.

Quant aux chanteurs, le journal de Papageno n'est pas le lieu pour jouer aux critiques musicaux et distribuer les bons et les mauvais points. Je donnerai cependant une mention toute spéciale à la Pamina de Marion Tassou qui m'a fait pleurer dans l'aria Ach, ich fühl's, es ist verschunden. Et j'ai gardé une bonne impression du plateau dans son ensemble, avec des rôles féminins globalement plus séduisants et convaincants que leurs homologues masculins. Les scènes parlées de ce Singspiel (car c'est du théâtre chanté et non un opera seria) le sont en français, dans une traduction légèrement modernisée qui par conséquent parle directement au public. Soulignons que la taille modeste de l'opéra de Massy (800 places) ainsi que celles de l'orchestre (9 violons, 4 altos, 3 violoncelles, soit la moitié de ce qu'on emploie généralement pour les opéras ou les symphonies romantiques) convient particulièrement bien aux chanteurs, autant pour l'équilibre acoustique que pour un bon contact avec le public.

En résumé, cette production m'a plu par l'enthousiasme et la cohésion de cette troupe qui ont fait de cet opéra initiatique une très bonne initiation à l'opéra pour les enfants. J'ai pu entendre à Salzbourg il y a quelques années une autre Flûte avec un orchestre somptueux et des chanteurs de tout premier plan, qui m'a causé un grand plaisir esthétique mais pas laissé la même impression de bonheur simple et partagé.

samedi 27 juin 2009

This cannot exist !

La vidéo de l'opéra de chambre Hypermusic Prologue d'Hèctor Barra est déjà en ligne. J'aime bien la musique: elle use et abus des gratouillis bruitistes, sons électroniques et autre col legno mais le résultat est tout à fait convaincant et même réjouissant à entendre, surtout dans l'impeccable réalisation de l'Inter-contemporain.

Comme on pouvait s'y attendre, le livret hyper-intello manque un peu de force dramatique, de ce qui fait le miel de tout bonne pièce théâtrale: du sexe, du sang, des traîtres bien vils et des héros bien gentils. Deux chanteurs, Charlotte Ellett et James Bobby devisent gravement de problèmes métaphysiques. Ils chantent avec partition ce qui peut se comprendre car ce genre de musique ne se mémorise pas comme un air de Puccini, mais du coup on a l'impression de voir l'oeuvre en version de concert, bien qu'il y ait une mise en scène. Par moments, la conversation s'anime un peu, lorsque le baryton s'écrie

  • This cannot exist !

Il ne parle pas de l'hyper-musique contemporaine, bien sûr, mais de l'existence du fameux boson W, sujet qui a depuis toujours suscité des conversations passionnées autour de la machine à café (la machine à café fréquentée par les thésards en physique théorique de l'université de Harvard, cela va de soi)

dimanche 21 juin 2009

Les amours douces-amères d'Astrée et Céladon

Vu au théatre du Châtelet, la nouvelle production de Pastorale de Gérard Pesson dont le Journal de Papageno avait annoncé l'arrivée imminente sur nos écrans. Les créations d'Opéra sont si rares et présentent de telles difficultés matérielles et artistiques qu'il faut commencer par saluer chaleureusement le travail des deux cents artistes qui on contribué à cette production, avant même de détailler mes impressions. En guise de prologue, bravo à tous !

  • L'histoire: Astrée et Célandon jouent à je t'aime - moi non plus au milieu d'une troupe de jeunes gens qui évoquent furieusement les candidats de l'Île de la tentation ou du Loft.
  • Le décor: faux moutons, faux oiseaux, fausses plantes vertes. L'impression de fausseté fait partie du projet car il s'agit de montrer la désillusion permanente des jeunes amoureux. Des maquettes filmées et projetées sur plusieurs écrans. Un acolyte asperge une fougère avec un pschitt-pchitt et hop ! il pleut. Très efficace, pas toujours de très bon goût, parfois un peu surchargé.
  • La musique: S'il fallait la résumer d'un mot, ce serait sans doute légereté. L'orchestre est utilisé comme un réservoir d'instruments solistes (dont guitare, clavecin, harpe, cornemuse, flûte à bec pour le côté champêtre, et une abondante percussion). Une écriture très concise où le timbre joue un rôle essentiel. On ne s'étale pas, on ne s'appesantit pas, on ne cherche pas d'effet de masse. Les phrases confiées aux instruments solistes font rarement plus d'une note (ce qui indisposait un peu ma voisine, mais pas moi). Le tout sonne très bien, très contemporain sans la moindre trace d'agressivité. Quelques citations comme l'adagietto de la 5e de Malher qui passent furtivement. Les nuances (celles qu'on perçoit dans la salle au moins) explorent surtout l'espace qui sépare le piano du pianissimo, et le pianissimo du silence. Voilà une musique qui sait nous charmer furtivement mais pas nous emporter, nous faire peur ou nous arracher des larmes. Du reste elle n'essaye même pas.
  • L'écriture vocale: Les lignes vocales sont souples et agréables à l'oreille (ça n'est pas si fréquent dans l'opéra contemporain), les choeurs sont un peu moins convaincants, difficile de savoir à la première écoute si c'est à cause de l'écriture ou de l'interprétation.
  • Le livret: découpé en 42 scénettes dont on peine parfois à saisir l'enchaînement. Gérard Pesson a sous-traité le livret, par petits bouts, à Martin Kaltenecker pour les dialogues et à Philippe Beck pour les monologues. Le contraste entre la prose fluide de l'un et la poésie riche et lourde de sens de l'autre est assez frappant, mais il n'aide pas à donner un sentiment d'unité. Du reste, on n'a pas forcément besoin de beaucoup de mots pour faire une scène charmante, une seule syllabe peut suffire:
  • Les chanteurs: deux anciennes de la Star Ac' viennent pimenter la distribution et lui apporter un peu de fraîcheur (et moins de fausses notes qu'on aurait pu le craindre). Quelques beaux airs de Judith Gautier (Astrée, soprano) et Olivier Dumait (Céladon, ténor). Marc Labonette (Adamas) a un beau timbre mais c'est un rôle qu'on donnerait plutôt à une basse qu'à un baryton.
  • La danse: des danseurs se mêlent aux chanteurs (le chorégraphe n'est autre que Kamel Ouali, devenu célèbre grâce à la star ac). J'aime bien ce qu'ils font mais on a parfois l'impression que compositeur, vidéaste-metteur en scène et chorégraphe ont travaillé en parallèle plutôt qu'en équipe, chacun contribuant avec le meilleur de son talent, mais sans considérer le résultat final. Lorsque les bruits de pas et les cabrioles rapides des danseurs s'entendent plus que l'orchestre qui joue pianissimo et dans un tempo lent, une impression mélangée se dégage de ces messages contradictoires. Et parfois la danse, le chant, la vidéo, le texte envoient trop de messages simultanés pour qu'on puisse tout suivre avec un seul cerveau.
  • L'impression finale: les héros de l'opéra sont des jeunes gens qui tentent de réenchanter le réel sans grand succè, nous dit le livret. On a du plaisir et on sourit souvent en voyant cette Pastorale gentiment ironique, mais on ne connaît pas le grand frisson. La chute de Céladon est trop soudaine et rapide pour être dramatique, la colère d'Astrée ne nous fait pas réellement trembler. Tout cela est voulu, naturellement, c'est le jeu de cette Pastorale douce-amère où les décors ont l'air aussi faux que les sentiments. Mais cela peut expliquer l'enthousiame plutôt modéré du public, où beaucoup ont applaudi avec plus de politesse que de conviction.
A lire aussi: Maxime Kaprielian pour resmusica, Bladsurb qui adore, Zvezdo qui a plutôt aimé, Palpatine qui a courageusement pris la fuite à l'entracte.

vendredi 19 juin 2009

HOME, ô Sapiens !

Vu par petit bouts et presque en entier, le film de Yann Arthus-Bertrand dont tout le monde parle, HOME (MAISON). Les images sont belles, spectaculaires même. Si on veut les voir sur grand écran, il faudra tout de même se cogner une heure et demi de YAB nous faisant la morale en voix off, mais tout se mérite.

Sur le plan du mérite, on saluera celui du milliardaire François Pinault (au centre de la photo) qui a signé un gros chèque afin d'offrir aux internautes la possibilité de voir ce film gratuitement en streaming sur internet, et pour pas très cher dans les salles obscures. Voilà au moins qui contribuera à rentre Yann Arthus-Bertrand populaire chez les jeunes internautes, dont certains défendent le téléchargement gratuit de musique ou de film comme un droit constitutionnel ou presque (voir les commentaires de Maître Eolas sur Hadopi 2 en préparation). On ne fera pas de commentaires sur le fait que le DVD n'est distribué que par la FNAC (propriété du même François Pinault) ce serait tout à fait déplacé. On ne spéculera pas davantage sur la quantité de de kérosène consommée pour faire le tour du monde et en ramener ces splendides images tournées, paraît-il, avec une caméra spéciale muni d'un stabilisateur gyroscopique au départ développé pour des usages miliataires (pauvre monde), et qui permet des plans aussi lisses qu'un travelling sur un rail bien qu'ils aient été shootés depuis un hélicoptère. Du grand art.

J'ai mis ce billet dans la catégorie Opéra car c'est une forme d'art total qui est recherché. Plus précisément, on est à mi-chemin entre le film purement esthétique comme Microcosmos ou Le peuple migrateur et le documentaire engagé à la Cousteau.

La musique d'Armand Amar, dont la publicité nous vante qu'elle est un personnage du drame à part entière, joue dans les faits davantage le rôle de fond sonore pour la voix du réalisateur. Dans un esprit syncrétique bien en phase avec le projet cinématographique, on y trouve des éléments de musique traditionnelle de tous les continents. Bien réalisée mais destinée à plaire au plus grand nombre et à ne jamais heurter l'oreille, je ne lui ai trouvé aucun charme particulier. Certains maniérismes comme la voix excessivement réverbérée (avec de la bonne grosse reverb ajoutée en studio), aux inflexions vaguement orientalisantes sont même plus agaçants qu'envoûtants. Mais comme le rappelle le compositeur, dans la musique de film on est soumis à beaucoup d'impératifs, dont en premier lieu celui de faire plaisir au réalisateur.

Sur le message enfin, celui d'Arthus-Bertrand n'est pas des plus clairs. Soucieux de prendre de la hauteur et de rester très consensuel, il évite les sujets qui fâchent (comme le nucléaire dont il ne dit mot) et reste dans le domaine des engagements non chiffrés et des généralités bienséantes qui ne sont d'ailleurs pas toutes compatibles entre elles. Faut-il par exemple augmenter l'aide au développement si c'est le développement qui cause le dérèglement climatique, l'épuisement des ressources naturelles et l'extinction de milliers d'espèces d'êtres vivants ? On peut craindre hélas que des choix difficiles et douloureux seront devant nous dans les décennies à venir et que la décroissance, si elle a lieu comme certains le prédisent, n'aura rien de très conviviale. Puissé-je me tromper et les optimistes comme l'auteur de HOME avoir raison quand à l'émergence d'une conscience mondiale des défis environnementaux !

A lire aussi: l'opportunisme vu du ciel par Iegor Gran, une petite note dissonante qui ne fait pas de mal dans le concert de louanges qui a salué la sortie du film. Ou encore ConsHome, petit Home d'Hervé Kempf (rien à voir avec Wilhelm, je préviens avant que David et Jean-Brieux se déchaînent) qui commente la phrase suivante de Pinault: "On ne peut pas consommer moins, il faut consommer différemment."

mardi 2 juin 2009

L'Opéra de Rennes projette son Don Giovanni au cinéma

L'Opéra de Rennes va re-diffuser en direct sa production de Don Giovanni ce soir sur un écran géant à proximité du théâtre, mais également à Best et Paris dans des cinémas. Le dossier de presse vante une première technologique, mais les lecteurs de ce journal savent bien que la Scala de Milan et le Met de New York ont déjà tenté l'expérience.

L'intérêt de l'opération est évident pour une maison d'Opéra. Il s'agit de toucher un public plus large, de faire baisser le prix moyen des places, ou si l'on veut de permettre à un plus grand nombre de contribuables de profiter du mécénat artistique que l'État pratique en leur nom. Mais l'intérêt pour les spectateurs est grand: on n'est pas toujours assez riche ou motivé ou disponible pour prendre le TGV et aller à Lyon, Rennes ou Bruxelles écouter un spectacle d'opéra. Par ailleurs les salles de cinéma, avec un grand écran et un son plus que correct, si les ingénieurs du son font bien leur travail, offrent une expérience infiniment supérieure à celle d'une vidéo diffusée sur internet avec une image grossièrement pixellisée et un son horriblement compressé. En l'occurrence, les spectateurs auront droit à une image en 3D et un son spatialisé High Order Ambisonics (sic). Et même ceux qui habitent au fin fond de la creuse, pour peu qu'ils soient équipés d'une parabole, pourront suivre le spectacle sur la chaîne Mezzo. On ne saurait trop s'étonner que ce type d'initiative ambitieuse et audacieuse ne soit pas le fait de l'Opéra de Paris: déjà en 1902 Debussy fustigeait le conservatisme affligeant de cette prestigieuse institution...

Il ne reste plus qu'à céder à cette voix séductrice qui nous glisse dans le creux de l'oreille: la ci darem la mano... puis à attendre le deuxième acte pour crier Viva la liberta ! en choeur comme le faisaient les spectateurs lors de la première à Prague.

samedi 30 mai 2009

Pastorale de Pesson bientôt au Châtelet

Les créations à l'Opéra sont suffisamment rares à Paris (et ailleurs dans le monde) pour qu'on les salue comme il se doit. Le théâtre du Châtelet et le festival Agora proposeront bientôt (du 18 au 26 juin 2009) Pastorale, de Gérard Pesson, sur un livret de Martin Kaltenecker, Philippe Beck et Gérard Pesson tiré du roman L'Astrée (1607-1627) d'Honoré d'Urfé. Jean-Yves Ossonce tiendra la baguette et Pierrick Sorin met en scène. Apparemment c'est l’Opéra de Stuttgart qui a commandé cette oeuvre, mais elle n'a créé en 2006 qu'en version de concert (ils sont fous, ces allemands).

Gérard Pesson, qui est maintenant professeur au Conservatoire de Paris, est pour faire vite un adepte de la dé-construction en musique. Comme l'écrit Martin Katlenecker sur le site de l'IRCAM:

Pesson a marqué une distance par rapport à une musique post-moderne qui voudrait simplement restaurer l’ordre tonal, mais aussi par rapport au courants post-sériel et spectral, quand ceux-ci se rencontraient dans une sorte de fascination pour une musique brillante, immédiatement efficace. Pesson restait dubitatif devant ce qu’il appellera la « maîtrise instrumentale », la « santé et la biensonnance », la « musique étincelante, heureuse » ou encore l’ « efficacité » de certains français contemporains.

Un ami décrivait ce style de musique comme étant l'équivalent de la cuisine moléculaire en gastronomie: autrement dit, du boeuf-carottes sans boeuf et sans carottes. Mais il ne faut pas juger les compositeurs sur les choix esthétiques (et ce d'autant plus qu'on a fait des choix esthétiques différents), et encore moins sur le bla-bla des experts, des connaisseurs, des musicologues ou de l'auteur de ce Journal. Il faut juger la musique avec les oreilles, et c'est pourquoi je vous engage à prendre des places pour vous faire un avis pas vous-mêmes. Et si jamais par malheur vous trouvez la musique aussi moche que l'affiche (qui est fort laide, il faut bien le reconnaître), on pourra toujours vous répondre: La musique doit-elle être belle ? question qui pourrait faire un bon sujet pour le Concours Général de philo et qui offre une très bonne chute à ce billet.

jeudi 14 mai 2009

Hypermusic prologue

Un nouveau type d'opéra, aux frontières de l’art et de la science. C'est ainsi que le programme de l'ensemble inter-contemporain définit l'oeuvre lyrique qui sera donnée en création le 14 juin 2009 au Centre Pompidou, qui s'appelle Hypermusic prologue - A projective opera in seven planes.

On peut d'ailleurs écouter sur YouTube une interview de l'auteur du livret, une physicienne du nom de Lisa Randall. De ce que j'ai compris, le pitch c'est un homme et une femme qui parlent d'astrophysique. Un sujet passionnant, à n'en pas douter, mais comment en tirer un sujet dramatique, avec de l'émotion, de l'action, du suspense, de l'amour, de la haine, de la politique, des traîtres, des décors de carton-pâte, des ténos héroïques dont l'amour pour la belle soprano est toujours contrarié, bref tout ce que l'on aime au théâtre et à l'opéra ? A regarder l'interview, on peut craindre hélas que Lisa Randall ait confondu écriture dramatique et vulgarisation scientifique, le risque étant de produire un livret encore plus ennuyeux que celui de l'Autre Côté, ce qui n'est pas peu dire.

Reste la musique, écrite par Hèctor Parra, un jeune compositeur espagnol dont les concerts-performances mêlent danse, vidéo, musique et théâtre, que je n'ai pas encore eu le bonheur de découvrir. Le mieux est sans d'aller l'écouter le 14 juin.

mercredi 25 mars 2009

Question d'époque

Quelle est la plus grande différence entre "ein mädchen oder weibchen" (chanté par Papageno dans le 2e acte de la Flûte enchantée)

et "tatoue-moi sur tes seins" (extrait de Mozart, l'Opéra rock d'Olivier Dahan) ?

Avec les extraits vidéo, les lecteurs de ce blog peuvent se faire leur propre idée, il est donc presque inutile que j'exprime ma propre opinion. Si j'en crois les commentaires sur DailyMotion, "tatoue-moi" est une très bonne chanson de rock qui a déjà ses fans. Néanmoins, ce qui me frappe le plus n'est pas tellement la différence entre musique populaire et musique savante (qui n'a jamais vraiment existé et aujourd'hui moins que jamais, car tout le monde a accès à tout). Ça n'est pas non plus la différence entre le génie mozartien (ce mot ne veut rien dire) et la banalité de l'accompagnement musical de "tatoue-moi". Ni même la qualité des chanteurs. Si l'on disait que l'un est bon et que l'autre est mauvais, on n'aurait rien dit.

Non, ce qui me frappe le plus c'est la différence d'époque. Entre n'importe quel air d'opéra des années 1780 à Vienne et n'importe quelle chanson rock d'aujourd'hui, le constat serait le même. D'un côté la légèreté, le bon goût, la vivacité d'esprit, la pudeur. De l'autre la lourdeur, la vulgarité, la platitude, l'exhibition des sentiments. La musique populaire de la fin du XVIIIe siècle (l'opéra) est très articulée, légère, élégante, elle sait garder la mesure et l'équilibre même dans les moments les plus dramatiques. C'est aussi une musique qui respire grâce à l'usage des silences. La musique populaire du début du XXIe siècle est saturée de son, brutale, agressive même lorsqu'elle cherche à exprime les sentiments les plus doux. Elle est noyée dans les basses omniprésentes (et même sur-amplifiées) qui empêchent l'oreille de respirer. Quant à la vulgarité, écoutez simplement les voix qui chantent "woua-a-a-a" dans "tatoue-moi" (je crois que le terme consacré pour ce genre d'horreur est chorus).

Pourquoi Da Ponte, le librettiste de Mozart, un curé défroqué que l'immoralité de l'échange des fiancées dans Cosi Fan Tutte ne dérangeait absolument pas, n'a jamais écrit tatoue-moi sur tes seins dans ses livrets ? Naturellement il y avait l'Eglise, la censure, la société. Mais surtout, le papier et l'encre coûtait cher à l'époque, et qu'on préférait les employer à décrire des sentiments nobles plutôt qu'à reproduire des propos de palfrenier. Da Ponte n'avais pas froid aux yeux: dans sa version de Don Giovanni, moins de dix minutes après la levée du rideau, on assiste à une tentative de viol suivi d'un meurtre. Cette violente plongée dans l'action est d'ailleurs une des clés de la force de cet opéra. Don Giovanni est un personnage brutal, un jouisseur avide et sans moralité. Mais il s'exprime avec distinction lorsqu'il parle aux dames. Question d'époque. Dans un opéra rock d'aujourd'hui, même un gentil garçon végétarien qui n'a jamais trompé sa petite amie lui dira tatoue-moi sur tes seins pour déclarer sa flamme. Question d'époque.

Notre époque a inventé la bombe nucléraire, le marteau-piqueur, la titrisation du crédit à risque, la clause transversale de substitution des compétence dans les traités européens, le béton armé, le fast-food et le road movie. Peut-on attendre d'elle une musique délicate et raffinée ?

mercredi 14 janvier 2009

Vous allez trop à l'opéra...

Une remarque intéressante de Théobald: Vous allez trop à l'opéra. Allez-y moins, vous savourerez plus. Commençons par compter les représentations auxquelles j'ai eu la chance d'assister l'an dernier:

  1. La Mouche de Howard Shore au Châtelet en juillet. C'était fort bien !
  2. Melancholia de G.F. Haas à l'Opéra de Paris en juin. Musique superbe, livret et mise en scène un peu trop statique.
  3. L'affaire Makropoulos à l'Opéra de Massy en avril. Tiens, je n'ai pas écrit de billet pour celui-ci. Musique génialissime, mise en scène superbe, plateau vocal exceptionel.
  4. Le roi se meurt d'Olivier Kaspar, en avril au CNR de St Maur, un opéra de chambre très réussi.
  5. L'Autre Côté de B. Mantovani, à la cité de la musique, en mars, en version de concert.

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Ce qui fait un opéra tous les deux mois (on est loin de l'overdose), quatre créations sur cinq et un taux de plaisir plus que satisfaisant, même si l'on n'atteint pas l'orgasme à tous les coups.

A inscrire dans les bonnes résolutions pour 2009: aller plus souvent à l'Opéra. Et savourer toujours autant !

samedi 10 janvier 2009

La faute au public (suite de la suite)

L'opéra de Paris n'a pas le public qu'il mérite. C'est en tout cas ce que déclare Gérard Mortier, et pas dans le bistrot du coin, mais dans un entretien paru dans Le Monde du 8 janvier dernier. On y retrouve les thèmes déjà développés par le chef S. Cambreling, à savoir que les spectateurs de l'Opéra de Paris sont des imbéciles. S'ils ont sifflé certains spectacles, c'est nécessairement parce qu'il prétendent tout savoir comme Mme Verdurin. Ils pourraient faire confiance aux experts, aux spécialistes, à ceux qui savent.

On pourrait trouver stupéfiant qu'un directeur de maison d'opéra crache ainsi sur le public qui après tout est la raison d'être d'un théâtre. Pour qui travaille-t-il si ce n'est pour le public ? Et ce d'autant plus que Gérard Mortier ne semble pas du tout emballé par la rediffusion des opéras à la télévision ou sur Internet (J'ai d'autant moins raté ce train que je ne veux pas monter dedans ! ). Pourquoi donc tant de haine entre le public et cet homme qui prétend avoir entendu des cris de Mortier au bûcher ? Il faut bien le reconnaître, c'est Mortier qui a commencé. Comme à Salzbourg d'ailleurs Il a multiplié les provocations, invitant des metteurs en scène avant-gardistes dont je tairai le nom par charité pour faire des productions d'une laideur et d'une agressivité à hurler. Tous ceux qui sont allé à l'Opéra de Paris ces 5 dernières années comprendront de quoi je parle. Les gens qui vont a l'Opéra sont généralement moins remuants que des supporters de football, mais ils sont tout de même humains. Faut-il s'étonner que le public réagisse ? Faudrait-il mettre des robots à applaudir dans les fauteuils, des gens dépourvus de goût (bon ou mauvais qu'importe), de sensibilité, de personnalité, de préjugés, de culture (nécessairement bourgeoise donc haïe) ? Gérard Mortier me fait penser à un gosse qui balance un pavé dans une vitre et ensuite s'étonne d'avoir pris une raclée. Mais quand on cherche le public, on le trouve. Quand on le provoque, il réagit. Est-ce vraiment si surprenant ?

On ne trouvera pas plus de traces de modestie dans l'interview que de têtes nucléaires en Irak. Un exemple ? par mon action, le public grand-bourgeois du 16e arrondissement a diminué, et les mentalités ont changé. Quel homme ! Seul contre un million de parisiens friqués, il parvient à changer les mentalités. Le mot bourgeois figure cinq fois dans l'interview, celui de musique une seule fois. A chacun ses obsessions...

Quand à la musique justement... Gérard Mortier qui avait déclaré Je n'aime pas les maisons d'opéra dont la programmation est un cimetière où l'on paie chaque année des pots de fleurs, avait pour ambition de programmer plus de musique du XXè siècle. Certes, on a pu entendre des opéras d'Hindemith, Alban Berg ou Janacek, et avec grand plaisir, mais les créations se font toujours au compte-goutte. Faut-il rappeler que 20 années seulement séparent Wozzeck (1925) de Madama Butterfly (1904) ? Pour moi ces deux oeuvres font partie du répertoire, et ranger l'une dans les classiques et l'autre dans l'avant-garde n'a aucun sens. Néanmoins Wozzeck véhicule moins de valeurs bourgeoises, ce qui fait sans doute son charme aux yeux de Mr Mortier et ses coreligionnaires.

Si les avis quant à son bilan semble partagés, on peut se poser la question suivante: quelle est la principale qualité qu'on pourrait demander à son successeur ? J'en vois une: aimer la musique. Et faire passer cet amour de la musique avant toute autre considération. Servir les oeuvres qu'on joue et non se servir d'elles pour des buts extérieurs à l'art. Laissons la polémique, la politique, l'idéologie au vestiaire. L'opéra est avant tout le lieu où deux mille coeurs peuvent vibrer à l'unisson. Un bel opéra c'est un voyage de l'âme qui nous transporte au-delà de nous-mêmes. Pourvu qu'artistes et spectateurs acceptent ensemble de donner la première place à la musique, et à rien d'autre.

A lire sur le même sujet: le blog de Theobald et celui de Fomalhaut qui compare de façon détaillée et objective Hugues Gall et Gérard Mortier.

jeudi 30 octobre 2008

La petite renarde est décidément très rusée

Après la Scala de MIlan et le Met de New York, qui ont tenté la redirection en direct dans les salles de cinéma, après le festival de Bayreuth qui vendit des retransmissions en vidéo sur internet au prix de l'or (45 euros), l'Opéra de Paris tente à son tour de diffuser une de ses productions, La petite renarde rusée du génialissime Janáček, dans une mise en scène d'André Engel qui exploite les thèmes du printemps et de l'amour, et a l'air nettement plus roborative que ce qui est à la mode en ce moment (c'est à dire du glauque, du glauque et encore du glauque).

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C'est donc mardi 4 novembre que ceux d'entre nous qui n'ont pas la chance d'habiter en région parisienne, d'avoir la soirée de libre et 130 euros à mettre dans une place au premier balcon pourront regarder et écouter l'opéra sur Internet, soit en direct soit en différé. Et c'est gratuit (disons plutôt: payé par nos impôts, ce qui sera plus exact). Ceux qui n'ont pas le haut débit pourront tenter la radio (retransmission sur France Musique) et la télé (sur France 2 en 2009).

On ne peut que saluer et même féliciter chaleureusement cette initiative, même si la piètre qualité du son et de l'image disponibles en VOD aujourd'hui (et je ne parle même pas de la qualité des haut-parleurs dont la plupart des ordinateurs sont munis) risque de limiter fortement le plaisir des cyber-spectateurs, comparé à celui des petits veinards qui ont de vraies places. Un conseil au passage pour ceux qui écouteraient de la musique sur l'ordinateur: un très très bon casque audio coûte beaucoup beaucoup moins cher qu'un très bon ensemble ampli-enceintes.

dimanche 6 juillet 2008

La Mouche (Howard Shore - David Cronenberg) au Théâtre du Châtelet

Les créations à l'opéra ne sont pas si fréquentes, mais après Le Roi se meurt et Melancholia c'est tout de même la troisième à laquelle j'ai eu la chance d'assister (la quatrième si l'on compte l'Autre Côté, qui a été créé à Strasbourg et repris à Paris en version de concert). Un choix que je ne regrette pas globalement: il y a du bon, du très bon et du moins bon dans ce que j'ai vu et entendu, mais c'était toujours plus intéressant qu'une N-ième reprise de La Traviata ou de Don Giovanni.

the fly howard shore david cronenberg

Le sujet: n'ayant pas vu le film de Cronenberg (c'est même un des seuls films de ce réalisateur que je n'ai pas vu), je ne dirai rien sur la transposition du cinéma au théâtre lyrique. Constatons simplement que ce sujet dense et contemporain a tout d'un grand sujet dramatique: outre une histoire d'amour (qui se joue à trois comme il se doit), on y trouve le thème du savant fou cher à la science-fiction mais aussi ceux de la différence, de l'acceptation de soi, de la mort. La diversité des personnages, des sentiments et des situations est contrebalancée par la force du thème central qui les unifie: la transformation du Pr Brundle en un hybride génétique improbable d'homme et de mouche.

La musique: dans le genre musique de film post-wagnérienne à la John Williams, celle d'Howard Shore est à peu près ce qui se fait de mieux, si l'on en juge d'après le Seigneur des Anneaux, son plus grand succès. Howard Shore connait bien David Cronenberg car il a fait la musique de presque tous ses films, comme Videodrome, eXistenZ ou Crash (et bien sûr The Fly). Les premières mesures ont un petit parfum de gammes par ton qui fait furieusement penser à Debussy, mais cette impression ne perdurera pas. Pour autant que j'ai pu en juger, la musique de The Fly est essentiellement tonale, écrite dans les tons mineurs. Même dans les scènes d'amour, elle garder un caractère lourd et menaçant, ce qui peut se justifier dans la mesure où ça contribue à l'unité de l'ensemble. Dans les moments les plus menaçants ou dramatiques, les sonorités se font plus dures et dissonantes, mais ça n'est pas du Xenakis ou du Ligeti. Si le métier du compositeur est d'utiliser au mieux les ressources de l'orchestre pour communiquer des émotions au public, alors Howard Shore a fait honnêtement son travail. A noter que les perceptions peuvent beaucoup diverger sur ce point car Renaud Machart dans le Monde qualifie l'oeuvre d' essentiellement atonale et la compare à un devoir, pâteusement orchestré, couvrant souvent les voix, d'un élève moyennement doué d'Arnold Schoenberg.

L'action: les scènes se succèdent à un rythme assez rapide, qui permet à un argument plutôt riche et dense de tenir en deux actes d'une heure chacun. Les airs ou duos destinés à exprimer les sentiments des personnages dépassent rarement la minute, pour faire place à l'action. Tout cela est au fond très américain, et nous place aux antipodes de Melancholia, où le héros mettait 15 minutes à traverser la scène (un pas toutes les 30 secondes...).

Les voix: félicitations au trio de tête, Daniel Okulitch (baryton-basse), Ruxandra Donose (soprano) et David Curry (tenor) qui donnent vie à des personnages émouvants et attachants sans lesquels le drame perdrait tout son sens. Je n'ai pas trouvé qu'ils étaient couverts par l'orchestre, mais peut-être le chef Placido Domingo a revu l'équilibre après les critiques qui ont suivi la première.

La mise en scène: il existe une différence essentielle entre le cinéma et l'opéra: au cinéma c'est l'image qui raconte, et la musique est subordonnée au rythme de la caméra; à l'opéra c'est la voix qui raconte et la musique qui donne le rythme, avec lequel le metteur en scène doit composer. David Cronenberg semble bien l'avoir compris, si l'on en croit une interview au Monde du 1er juillet Ici, c'est [la musique] qui mène la danse, donne les directions, interprète les dialogues et conduit les émotions. Howard et moi devions donc être sur la même longueur d'onde, et il est plus difficile d'être un collaborateur de qualité qu'un dictateur ! Dans le Monde toujours, le 3 juillet, Renaud Machart trouve sa direction d'acteur minime et ses mouvements rudimentaires. Pour ma part j'ai vu tellement de choses plus moches, plus prétentieuses ou plus maladroites en matière de mise en scène que celle de Cronenberg m'a paru plutôt bien. Les téléporteurs qui font furieusement penser aux séries télé des années 1960 avec leurs lumières clignotantes restent toujours sur scène, ce qui se justifie tant pour des raisons pratiques que dramatiques. Pour changer de décor et nous transporter dans un bar, on les éteint, les membre du chœur amènent avec eux tables, chaises et billard en entrant sur scène, un néon rouge "BAR" s'allume et le tour est joué. Simple et très efficace. On échappe ainsi à deux écueils de la mise en scène moderne: en faire trop ou n'en faire pas assez.

En résumé, une belle production, peut-être pas des plus originales mais très bien réalisée.

vendredi 27 juin 2008

Festival d'Aix en Provence: 60 ans et pas une ride

Le Festival d'Aix en Provence millésime 2008 commence ce soir. Ceux qui sont coinçés à Paris comme moi pourront se consoler avec les retransmissions à la télé, à la radio et sur internet par France 3, Arte, Radio Classique, et Medici entre autres. A lire dans les Echos aujourd'hui: Aix, un roman de geste lyrique, qui revient sur l'histoire de ce festival qui a vu notamment la création du Marteau sans Maitre (Boulez) et la première européenne de la Turangalila-symphonie (Messiaen).

Au programme cette année: Messiaen (reprise de la Turangalila et récital d'orgue d'Olivier Latry), une création de Pascal Dusapin (Passion), mais aussi Wagner, Mozart, Haydn. Côté symponique, on pourra entendre notamment le philarmonique de Berlin sous la direction de Simon Rattle, excusez du peu. De la musique de chambre également: le quatuor Diotima donnera les quatuors 1, 3, 4 et 5 de P. Dusapin (j'ignorais qu'il avait tant écrit pour cette formation), et le quintette à vents du philarmonique de Berlin donnera un récital (que de la musique française d'ailleurs: Taffanel, Milhaud, Ibert, Francaix).

mardi 17 juin 2008

Melancholia (Haas) à l'Opéra de Paris: mes impressions

Dimanche, j'ai pu retrouver avec plaisir le palais Garnier, son plafond peint par Chagall, son public guère moins vieux et tousseur qu'au théâtre des Champs-Elysés, même pour la musique contemporaine.

Commençons par la drame. Lars, peintre norvégien un peu benêt voire simplet, tout de blanc vêtu, regarde une grande toile blanche. Je sais peindre et les autres ne savent pas, chante-t-il en allemand, une bonne dizaine de fois. Il est amoureux de la fille de sa logeuse, qu'il a surpris déroulant ses beaux cheveux blonds. La demoiselle ayant 16 ans et les peintres fauchés n'étant pas le meilleur parti possible, il se fait mettre dehors par l'oncle. Il arrive à la taverne où d'autres peintres norvégiens et une serveuse à forte poitrine se moquent de lui. Vous allez rire, mais on est déjà à la fin du deuxième acte. Lars revient chez la logeuse, et se fait re-mettre à la porte, escorté par deux policiers (acte 3). Rideau.

Avec un matériau qui remplirait à peine trois scènes, Haas nous propose trois actes pour une durée totale d'une heure et demie. C'est un choix qui peut se défendre: l'action de La Walkyrie ne progresse-t-elle pas avec une insupportable lenteur ? Tant que la musique est belle, la relative lenteur de l'action n'est pas nécessairement un problème à l'opéra. Le temps de l'opéra est celui de l'expression des sentiments par la musique, et non celui du regard comme au cinéma, ou de l'expression des sentiments par les mots comme au théâtre.

La musique justement: on commence par un si bémol de contrebasses, dont tous les harmoniques naturels sont progressivement déployés (en utilisant des quarts et des sixièmes de tons pour les harmoniques supérieurs). Je ne sais si la comparaison a du sens mais l'ouverture m'a fait penser à celle de l'Or du Rhin, l'accord parfait majeur étant remplacé par la série des harmoniques naturels. L'orchestre est constitué de solistes uniquement: pas de masses de cordes, mais une grande variété d'instruments (dont le contrebasson, le cor anglais, le piano, une belle collection de gongs). Deux choses s'imposent à l'oreille: Haas possède un sens très fin du timbre et maîtrise parfaitement l'écriture orchestrale. Par ailleurs, les musiciens du Klangforum Wien (dirigé par Emilio Pomarico, de façon très claire) semblent aussi à l'aise avec les quarts de tons, le flatterzunge et les balayages d'harmoniques que des petits poissons dans l'eau.

L'ennui, dont les critiques parisiens ont fait leurs choux gras pour tirer à boulets rouge sur le compositeur: commençons d'abord par dire que les critiques sont des ânes capables de braire mais non de créer. Que l'un d'entre eux me montre 3 minutes de musique bien écrite (dans n'importe quel style) et je lirai ses papiers sans rire. La musique de Georg Friedrich Haas est passionnante, et c'est une grande chance de pouvoir l'entendre dans toute sa splendeur, servie par d'excellents interprètes. L'instrumentation si fouillée serait probablement un peu écrasée sur un disque (sauf peut-être un SACD sur 5 pistes, avec un très bon ampli...). Cependant, Haas s'attache durant 90 minutes à peindre, avec un luxe de détails, une seule gamme de couleurs qui va du bleu nuit au gris très foncé. Où sont le rouge pétant, le vert émeraude, le jaune canari et le bleu ciel ? Il y a bien un peu d'humour mais celui-ci est tellement grinçant et tragique qu'il ne parvient pas à alléger l'ambiance. Le spectacle tout entier est comme enfermé dans l'esprit lent et lourd du peintre dont les espoirs naïfs sont aussitôt détrompés par la société. Dès lors, on peut comprendre à défaut d'excuser certaines réactions: si l'on ne goûte pas vraiment les subtilités de la partie musicale, alors on n'a pas grand-chose à faire pour se désennuyer. Notons qu'il n'est pas nécessaire d'être un expert pour goûter la qualité de cette musique, si j'en crois l'opinion de la mélomane qui m'accompagnait et qui n'est pas spécialement aguerrie par rapport à la musique contemporaine.

Comme le reste du public (relativement nombreux d'ailleurs, je craignais une salle à moitié vide), j'ai donc applaudi de bon coeur le compositeur, les chanteurs et les musiciens. Je n'aurai pas non plus crié d'enthousiasme. La musique contemporaine est souvent enfermée dans une alternative binaire entre gros scandale et gros succès: la réception de Haas monter qu'il existe visiblement une troisième voie, et qu'il ne faut pas nécessairement avoir peur de ce qui est nouveau, ni l'aduler sans réserve. Bravo aux artistes, et je m'inscris d'ores et déjà pour la prochaine création à l'Opéra de Paris !

vendredi 13 juin 2008

Melancholia de Haas à l'Opéra de Paris: réactions mitigées

Les réactions semblent mitigées après la première de Melancholia à l'Opéra de Paris. Michel Parouty dans les Échos parle d' un ouvrage énigmatique porté par un chanteur hors pair. Pierre Gervasoni, dans le Monde, fustige le déprimant académisme de Haas. Éric Dahan, de Libération, pour qui la Mélancolie n'est plus ce qu'elle était, décrit l'opéra comme aussi inoffensif et anecdotique que les albums des jeunes chanteuses françaises à guitare actuellement en vogue. Jacques Doucelin, pour ConcertClassic, s'écrie: Quel ennui, mon Dieu ! et voit dans toute la production une machine qui tourne à vide.

Melancholia

Tous les critiques ont relevé la simplicité extrême de l'intrigue et des décors, mais aussi la grande qualité du plateau vocal et de l'orchestre dirigé par Emilio Pomarico. Quand à l'écriture de Haas, on évoque à son propos la micro-tonalité (quarts de tons), la musique spectrale (à la Gérard Grisey), les rythmes augmentés (à la Messiaen). On parle aussi de bruitisme sur fond sériel zébré de quelques accords naturels. Si vous ne comprenez rien à ces formules barbares, rassurez-vous: la plupart de ceux qui les emploient non plus !

Enfin, il semble que le public soit moins difficile que les critique car la première a été longuement applaudie. Ceux qui doivent déprimer, par contre, ce sont les guichetiers de l'opéra Bastille: à l'heure où j'écris ce billet, il reste des places pour tous les spectacles et dans toutes les catégories, ce qui est signe d'un taux de remplissage tout à fait médiocre. L'opéra serait-il décidément un genre mort ou mourant ? Et les maisons d'opéra des musées consacrés à la préservation du répertoire plutôt qu'à la création artistique ?

Je reparlerai de cet opéra après l'avoir entendu le 15.

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