Brice Pauset: Préludes

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Ce disque intitulé Préludes est le seul disque monographique consacré à Brice Pauset (le seul qui soit disponible dans le commerce au moins). La notice prévient:

Hérissée de signes et d’indications d’une extrême minutie, la graphie des partitions de Brice Pauset donne à entrevoir « quelqu’un qui ne se rend pas la vie facile », « une grande agitation intérieure », « les traces des hésitations et des questions ».

Mais cela, les lecteurs du journal de Papageno le savent déjà ! L'enjeu était donc de savoir ce que cette musique donne à l'oreille, sans chercher à l'analyser en toute rigeur mais en se confiant plutôt à l'intuition.

Pour résumer: c'est plutôt séduisant à entendre. Commençons par les Préludes pour clavecin, enregistrés par le compositeur. Il faut d'abord saluer la démarche d'un compositeur qui prend le temps et la peine de travailler son instrument et de jouer ses oeuvres en public ou de les enregistrer, tant la vogue des compositeurs-musicologues est grande en ce moment. La différence entre piano et clavecin, qui est déjà énorme dans la musique de Bach ou Rameau, l'est encore plus dans la musique contemporaine. Les harmonies les plus complexes sonnent avec délicatesse, les dissonnances sont nettes mais pas agressives. Le piano moderne, bâti pour faire sonner Chopin ou Rachmaninov, cherche toujours à arrondir le son, à en brouiller les contours, sans échapper pour autant à la dureté des cordes frappées. La notice parle de liberté rythmique, et pour ma part j'ai du mal à percevoir une quelconque pulsation dans ces préludes. Qu'est-ce qui est ornement, appogiature, arpège, trémolo dans tout ça ? je ne saurais le dire mais le tout s'écoute plutôt bien.

L'autre partie importante de ce disque est une série de huit pièces pour hautbois d'amour et mini-orchestre. Chaque pièce étant basée sur une des huit premières notes du thème des variations Goldberg (également utilisées par Bach pour construire ses variations, faut-il le rappeler). Là encore l'écriture est très fouillée, et dans ses meilleurs moments, me fait penser au quatuor Ainsi la Nuit d'Henri Dutilleux. Il faut également saluer la très belle interprétation de Christian Hommel, un élève de Heinz Holliger, au timbre chaleureux et très séduisant.

Le disque comprend également une orchestration (pour ensemble de poche) des Variations pour piano op 27 de Webern. La notice relèce que les interprétations de Webern se caractérisent en général par la froideur et que le côté viennois, post-romantique et décadent est plutôt évité. D'où cette ré-instrumentation qui vise à éviter toute aridité et y parvient assez bien. Ici un constat s'impose à l'oreille: la musique de Webern a une concision et une force expressive qu'on ne trouvera pas aussi nettement dans le reste du disque.

Quant à la prise de son, n'étant pas un spécialiste, je ne vous parlerai pas de souffle ou de distorsion, mais simplement de la qualité des timbres que j'ai entendu, celui du hautbois, de la flûte, des instruments à cordes, et ce dans tous les modes de jeu. L'ingénieur du son devait être encore plus maniaque que le compositeur ! Mais le résultat fait honneur au deux, ainsi qu'à l'ensemble recherche ("recherche" sans majuscule, apparemment) qui signe cet album.

On peut écouter des extraits de ce disque sur le site d'aeon ou de la fnac.