samedi 2 décembre 2017

Caprices de Paganini: l'exploit de Pierre Lénert

"Il ne savait pas que c'était impossible, alors il l'a fait" blaguait Frédéric Lodéon sur France Musique. Au-delà de l'exploit virtuose qu'il convient de saluer à la mesure du travail d'enfer que ça représente (3 ans de travail acharné pour un concertiste qui n'avait rien d'un débutant lorsqu'il a entrepris ce défi), l'album de Pierre Lénert consacré aux Caprices de Paganini est plein de poésie, de fantaisie et de douceur romantique.

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mardi 22 août 2017

L'Oiseleur chante Loiseleur

Voilà bientôt dix ans que j'ai la joie et la chance de collaborer avec le baryton français L'Oiseleur des Longchamps. Cet artiste pourrait être un lointain cousin, car la famille Loiseleur s'appelait L'Oiseleur des Longchamps auparavant; mais c'est surtout un ami proche et un grand musicien dont la curiosité pour les répertoires méconnus n'a d'égale que son goût pour la musique d'aujourd'hui. Pour fêter dignement cet anniversaire, quoi de mieux qu'un disque résumant le meilleur des chansons écrites pour lui, et parfois sur des textes qu'il m'a proposés ?

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vendredi 16 décembre 2016

La cuisine à l'alto

La cuisine à l'alto c'est le nom d'un spectacle créé en 2015 par l'altiste Sylvain Durantel, le pianiste Emmanuel Christien et le journaliste François Castang (qui fait office de récitant) et qui veut "révéler toute la diversité de la création musicale d'aujourd'hui et nous donnant, avec humour et poésie, les clés pour l'apprécier". Pour ce programme intelligent, décalé et très drôle sans la moindre trace de vulgarité, ce trio a fait appel à pas moins de 16 compositeurs qui ont pris la plume et joué le jeu d'une commande sur un thème gastronomico-littéraire: certains que je connais et que j'apprécie comme Nigel Keay, Xavier Bouchaud, Benoît Menu et François Meïmoun, d'autres que j'ai découvert grâve à eux.

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dimanche 14 décembre 2014

Nouvel album du quatuor B.R.A.C.

Vincent Royer m'écrit: 

Le Quatuor Brac est très heureux de vous annoncer la sortie de son second disque « Hall des Chars » chez blumlein records (disque également disponible chez Metamkine).

Ce CD est l’enregistrement de notre concert donné à Strasbourg, Hall des Chars le 13 mai 2014.

Andrew Levine a reçu à Cologne le vendredi 21 novembre  2014 le « Goldener Bobby » pour  cet enregistrement, premier prix de la catégorie « Classical / instrumental ».

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samedi 25 février 2012

Liszt: Sonate(s) par Marcel Cominotto

Bicentenaires obligent, après un disque Chopin en 2010, le pianiste et compositeur Marcel Cominotto rend hommage à Franz Liszt avec un album enregistrée fin 2011. Ce disque paraîtra très bientôt chez Azur Classical, et comporte l'incontournable Sonate en Si mineur,  ainsi que la "deuxième sonate" de Liszt, à savoir la Fantaisie "après une lecture de Dante", et pour finir la Vallée d'Obermann (ces deux dernières pièces étant extraites du recueil des "Années de Pélerinage").

Liszt_Cominotto.jpgL'intérêt de cette lecture de la Sonate tient selon moi dans le regard du compositeur-pianiste. Une connaissance intime de la partition née de son analyse approfondie lui permet de relier chaque fragment au tout, de donner un sens, une direction à chaque élément musical au sein d'une vision d'ensemble. Pour autant, ce n'est pas une version froide et intellectuelle, et j'y retrouve ce que j'aime chez Liszt, à savoir l'emportement, l'élan, les épanchements romantiques qui manquent parfois dans des versions discographiques trop sages, trop léchées. L'autre mérite de Marcel Cominotto est de nous rappeler la modernité de cette partition, en faisant ressortir les arrêtes assez vives, les dissonances, le côté abrupt de certains passages qui forme un contraste d'autant plus intéressant avec les évocations du paradis (souvent associé chez Liszt avec la tonalité de Fa# majeur). Conformément à la volonté de Liszt qui demandait que cette sonate soit enchaînée, c'est une seule plage de 27 minutes que l'on trouve la Sonate en si. Pas question de saucissonner ce chef-d'oeuvre façon ioutioube (ou façon Radio Classique, serais-je tenté de dire, tant cette station tend à éviter les morceaux qui durent plus longtemps qu'un clip de Madonna depuis son changement de direction). Pour en profiter pleinement, l'auditeur devra trouver une demi-heure dans son emploi du temps, débrancher son smartphone qui fait bip toutes les trois minutes, et faire un minimum de vide en lui-même afin de se plonger tout entier dans cette musique démesurée et géniale.

Nonobstant ce que je viens d'écrire sur le saucissonnage de la musique, mes lecteurs me pardonneront j'espère de leur présenter un extrait, la dernière page du "Quasi Adagio" (fa # majeur) suivi d'un "Allegro Energico" (si bémol mineur) en forme de fugue qui amène le retour triomphale du motif principal (en si mineur, bien sûr):

Fichier audio intégré

J'invite également les curieux à consulter le manuscript de Liszt sur IMSLP, dont l'écriture est elle aussi extrêmement énergique et expressive, et dont les nombreuses ratures en rouge montrent à quel point cette partition a été travaillée. Tout comme la Hammerklavier de Beethoven, c'est une armée de pianistes qu'il faudra pour venir à bout de cette terrible et grandiose sonate en si mineur.

Terminons ce billet par un mini-sondage chez nos lecteurs: quelles interprétations (live ou discograpiques) de la Sonate de Liszt vous ont le plus marqué ?

dimanche 19 février 2012

Chostakovitch: Sonates pour Alto et Piano (Pierre Lénert, Éliane Reyes)

Annoncé dans un précédent billet, le disque de Pierre Lénert (alto) et Éliane Reyes (piano) consacré à Dimitri Chostakovitch est maintenant dans les bacs. Il permet d'entendre la sonate pour violoncelle et piano opus 40 dans une transcription de Pierre Lénert, ainsi que la sonate opus 147.

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dimanche 1 janvier 2012

Les Chevauchées Lyriques de L'Oiseleur des Longchamps

En ce premier janvier, il convient de commencer en souhaitant à tous mes lecteurs, à ceux que je connais personnellement comme à ceux que je rencontrerai peut-être,  une excellente année 2012, en musique bien entendu.

Il convient aussi de rattraper un peu le retard impardonnable pris dans ce Journal en signalant avec six semaines de retard à peine la sortie d'un disque un peu spécial pour moi car c'est le premier auquel j'ai eu le bonheur de participer comme compositeur.

jaquette_Chevauchees_lyriques.jpg

Ce disque du baryton L'Oiseleur des Longchamps s'intitule Chevauchées Lyriques et c'est un beau récital qui traverse les genres et les époques avec le thème du cheval comme fil conducteur. Disque inclassable où l'on trouve des mélodies françaises assez connues (Chausson, Duparc, Debussy,  Saint-Saëns) ou au contraire beaucoup plus rares (Déodat de Séverac, Aimé Maillart, Olivier Greif, Frédéric Chopin), du lied allemand (Schubert, Schumann, Loewe), mais aussi de la chanson française contemporaine (Hughes Aufray, Georges Brassens) et même une pincée de rock (avec une reprise de Wild Horses des Rolling Sones). De plus L'Oiseleur des Longchamps a commandé deux mélodies spécialement pour cet album: une berceuse sicilienne à Frédérico Alagna ainsi qu'une mise en musique de Centaures de Marguerite Yourcenar (poème tiré des Charités d'Alcippe, publié aux éditions Gallimard) à votre serviteur.

Accompagné tantôt au piano par la fidèle et sensible Mary Olivon, tantôt à la guitare par Mathieu Scala, le baryton français sait donner une véritable unité à ce programme on ne peut plus original et éclectique: le fil conducteur, bien plus que le thème du cheval, c'est cette voix qui nous conduit d'une scène à l'autre, nous invite au voyage dans le temps et l'espace. En vingt numéros et presque autant de compositeur, c'est le portrait d'une voix qui est dressé dans ce disque.

Si vous ne me croyez pas sur parole (ma participation quoique modeste à ce projet me rend suspect de conflit d'intérêt, mais je n'aurais pas participé si la voix de L'Oiseleur des Longchamps ne me séduisait pas), je vous invite à écouter ce extrait du disque mis en images par Paul Gilbert qui avait filmé une des séances d'enregistrement:

L'Oiseleur des Longchamps et Mary Olivon seront en concert le 7 janvier prochain à 17 heures à Paris, à l'auditorium du CNR (14 rue de Madrid). Dans le cadre des concerts Cantus Formus ils chanteront (oui, Mary Olivon sait faire chanter son instrument, le pluriel au verbe chanter n'est donc pas abusif) plusieurs mélodies inédites d'Olivier Greif, une d'Anthony Girard, ainsi que mon Centaures. Le programme comporte également un quatuor à cordes de Jacques Boisgallais. L'entrée est libre, n'hésitez pas à vous faire du bien.

A lire également: critiques du disque sur les sites Appogiature et Forum Opéra.

mardi 11 octobre 2011

Un petit bout de Métamorphose

Il est sept heure moins quart, je suis encore tout engoncé de sommeil, maman me réveille mais sa voix sonne bizarrement... et quelle drôle de sensation ! que m'arrive-t-il ? à qui sont ces pattes insectoïdes ? où sont passées mes mains ?

La Métamorphose de Kafka, relue par Novarina, mise en musique par Michael Lévinas dont c'est le troisième opéra, a été créée en mars 2011 par l'ensemble Ictus puis diffusée sur France Musique. Pour ceux qui l'auraient manqué, l'ensemble a publié sur son blog des extraits d'un disque en préparation. Instruments acoustiques, sons synthétiques, voix retravaillées: tout se mêle en une étrange alchimie propre à rendre l'atmosphère cauchemardesque et surréaliste de la nouvelle de Kafka. Je vous recommande en particulier le dernier extrait (« la bête est crevée, bien crevée ») lugubre à souhait.

A ceux et celles qui se demanderaient dans quelle direction la musique peut bien aller en ce début de XXIe siècle, après avoir été sérielle, concrète, stochastique, post-moderne, spectrale et j'en passe, l'opéra de Lévinas peut donner des éléments de réponse. Grâce aux courage des défricheurs comme Pierre Henry et tant d'autres, la musique électronique est maintenant parvenue à une forme de maturité qui permet d'intégrer le travail avec les instruments acoustiques et le travail sur le son; qui permet également le retour de la voix au coeur du projet de composition

Le métier du compositeur évolue aussi, car il doit travailler un nouveau type de musiciens qui l'aident à produire des sons synthétique ou retravailler les sons captés. Sans devenir forcément un expert, il doit maîtriser suffisamment certains outils pour les intégrer à sa palette. Au fond, l'ampli, la mixette, l'ingé son et les 60 mètres de câbles qui viennent avec deviendront peut-être partie intégrante de tout ensemble de musique contemporaine, comme c'est le cas depuis longtemps déjà dans la musique populaire.

Quoi qu'il en soit, c'est un grand coup de chapeau que méritent les créateurs de cet opéra contemporain. Bravo !

samedi 10 septembre 2011

Liszt: Faust-symphonie par Devoyon et Murata

Pascal Devoyon et Rikako Murata nous proposent de fêter le bicentenaire Franz Liszt en beauté avec un disque consacré à la Faut-Symphonie dans une version pour deux pianos du compositeur. En complément de programme, nous avons droit à une version 4 mains de la deuxième Mephisto Walz. Enregistré au Japon pour le label Regulus et pas encore commercialisé en France ni disponible sur les sites comme iTunes ou Amazon MP3 (On peut sans doute avoir plus d'information sur la disponibilité en écrivant ici)

FaustCDMini.jpgPassons sur la couverture qui reprend la même photo que les autres disques du même duo de pianistes (comme le disque Ravel-Merlet-Messiaen dont nous fîmes grand cas), en y ajoutant une sorte de photo d'arbre décharné sur fond rouge sensée représenter vaguement l'enfer, puisque le disque s'intitule Liszt & The Devil. Fort heureusement le contenu vaut bien mieux que l'emballage, à commencer par le livret en quatre langues (français, anglais, allemand, japonais) où les deux artistes nous font partager leur passion pour Liszt en expliquant toute la portée du pacte faustien pour un musicien aujourd'hui:

Il est bien naturel de noter quelques ressemblances entre le Faust magicien, insatisfait, passionné, qui sera sauvé par l'amour et Liszt, magicien du clavier, mais aussi compositeur en proie au doute et homme qui croit en la rédemption du monde par l'amour. Quant au rapprochement avec Méphisto, les virtuoses ne sont-ils pas quelque peu diaboliques comme un certain Paganini, "violoniste du diable" ? 

Mais ce serait réduire la portée du mythe de Faust si l'on y voyait qu'une belle histoire bien morale qui, somme toute, ne finit pas si mal, l'amour apportant le pardon. Faust c'est aussi, et peut-être d'abord, le décalage entre l'idéal inaccessible et la réalité décevante, ce qui explique probablement l'engouement de tout artiste pour ce personnage symbole de l'insatisfaction permanente de l'homme et à qui s'offre une nouvelle vie. Qui n'a pas rêvé de refaire sa vie ? Quel artiste ne vendrait pas son âme au diable pour réaliser l'oeuvre parfaite, sortir de la médiocrité vraie ou supposée ?

On ne saurait mieux dire. La Faust-Symphonie rassemble et résume tout l'art de Liszt, toutes les facettes de sa personnalité si originale et attachante, si puissamment romantique. Dans sa version pour deux pianos, nous sommes bien sûr privés de la richesse de de l'audace des orchestration lisztiennes (un aspect souvent méconnu de son oeuvre, tant son nom reste associé à la virtuosité pianistique). On pense davantage à la Sonate en Si mineur. Ce serait fort injuste cependant de prétendre que l'interprétation de Devoyon et Murata manque de couleurs. C'est tout le contraire: la merveilleuse sensibilité au timbre à la couleur qu'ils ont acquise par une longue pratique de la musique française fait ici vraiment des merveilles.

Il convient donc d'éviter la comparaison avec la version pour orchestre et de se plonger sans retenue dans l'écoute de cette fresque symphonique à deux pianos de dimensions quasi malhériennes (presque une heure de durée), portée de bout en bout par deux interprètes aussi passionnés que rigoureux. On pourra ainsi apprécier pleinement la manière dont Liszt éviter d'introduire aucun thème nouveau dans le troisième "portrait", celui de Mephisto. Le diable ne crée rien: aussi les matériaux musicaux qu'on entend dans cette pièce sont ceux de Faust et de Gretchen, déformés, torturés, caricaturés avec tout l'art de la variation dont Liszt était un maître. Un procédé qui rappelle celui de Berlioz dans la Symphonie Fantastique (rappelons que Liszt connaissait et appréciait Berlioz et qu'il avait beaucoup fait pour diffuser sa musique en allemagne: réduction pour piano de ses oeuvres, concerts à Weimar, etc).

Je ne saurais être objectif en parlant de Devoyon et Murata, qui m'honorent de leur amitié et ont créé une de mes pièces. Mais il faut bien reconnaître que chaque prestation en concert à laquelle j'ai pu assister force l'admiration. Et que ce nouveau disque est tout à fait à la hauteur des mes attentes, qui sont très élevées car je trouve que dans les deux tiers de ce qu'on trouve dans le commerce, la musique de Liszt est éborgnée par des pianistes qui n'en saisissent pas toutes les dimensions. Pascal Devoyon et Rikako Murata joueront Liszt dans quelques jours à Sendai, puis en tournée au Japon. Pour les entendre à nouveau en Europe (Berlin et Paris) il faudra attendre l'année prochaine...

vendredi 4 février 2011

Le disque classique survivra-t-il à la mort des majors ?

Lu dans les Carnets sur Sol, quelques réflexions sur l'agonie des majors du disque et ses conséquences pour les amateurs de musique classique. Que je vous invite à lire, et auxquelles j'ajoute les miennes.

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vendredi 30 avril 2010

Schubert:arpeggione et lieder, par Antoine Tamestit, Markus Hadulla et Sandrine Piau

Après un premier disque consacré à Bach et Ligeti, et un deuxième à la musique russe (Chostakovitch et Schnittke), l'altiste Antoine Tamestit nous propose un troisième opus consacré intégralement à Schubert, avec la très connue et très belle sonate pour Arpeggione, complétée par des transcriptions de lieder, et terminée par Der Hirt auf dem Felsen en duo avec Sandrine Piau.

Globalement, je partage l'enthousiasme de Philippe du Poisson Rêveur au sujet de cet album (qu'on peut découvrir en streaming sur les sites comme musicme). J'y retrouve toutes les qualités que j'ai pu apprécier en concert comme au disque: une élégance, une merveilleuse souplesse mélodique qui lui permet de dérouler sans accroc le fil invisible du discours schubertien. Le timbre léger, presque fragile, jamais puissant comme celui d'un violoncelle, convient parfaitement à l'intimité de la sonate arpeggione. L'équilibre avec le piano est parfait, le tout donne l'impression d'avoir été enregistré très près des instruments et mixé en studio. Le résultat est en tout cas très convainquant, et à la hauteur des meilleures références discographiques comme celles de Bashmet et Caussé (pour s'en tenir aux altistes, car les violoncellistes nous ont donné nombre de versions excellentes de cette sonate).

Ma seule réserve porte sur le choix des lieder qui accompagnent l'arpeggione. Tous sont très beaux, très doux, très intimes, et très mélancoliques, ce qui donne une certaine impression d'uniformité sur l'ensemble de l'album. Il y a pourtant dans les quelque six cents lieder de Schubert des textes véhiculant toutes sortes d'émotions: le ton peut être oppressé, coléreux, amoureux, enthousiaste, ironique ou désespéré. Et la beauté de l'alto est qu'en plus de la douceur dont Tamestit est un grand spécialiste, il peut également jouer sur d'autres registres, plus rugueux, plus populaire, plus déjanté, des registres que sa noblesse aristocratique interdit au violon. Le choix des textes comme les choix d'interprétation faits dans cet album ne vont pas vraiment dans le sens d'une telle diversité ou d'une recherche des contraste, mais plutôt d'un prolongement du climat de la sonate arpeggione.

C'est peut-être dans la dernière plage du disque: Der Hirt auf dem Felsen (le pâtre sur le rocher), écrit au départ en duo pour soprano et clarinette, que ces choix apparaissent le plus clairement. Quand la voix de Sandrine Piau se fait entendre en reprenant la phrase mélodique énoncée par l'alto, on dirait que c'est la chanteuse qui accompagne l'instrumentiste ! Ce qui apparaît également sur la pochette du disque où c'est l'altiste seul qui est en vedette. L'interprétation comme la prise de son tendent à rapprocher autant que faire se peut le timbre de la voix et celui de l'alto. Un choix qui se défend, même si on peut préférer dans ce lied à caractère populaire une voix plus cuivrée, qui dialogue avec une clarinette plus typée.

Si l'on peut juger toute cette douceur un peu excessive, il n'en reste pas moins qu'Antoine Tamestit montre dans cette pièce une technique parfaite et une souplesse mélodique incroyable dont peu d'instrumentistes à cordes sont capables et qui rend tout à fait crédible le remplacement d'un instrument à vent par l'alto. Comme nous l'avons déjà évoqué, la transcription est aussi une affaire d'interprétation, et ce qui lui convient comme un gant pourrait sonner beaucoup moins bien sous les doigts d'un autre musicien.

En résumé, cet album c'est 58 minutes de miel pour les oreilles. On peut aimer bien sûr les plats plus épicés, mais de temps en temps il n'y a pas de mal à se faire du bien...

lundi 29 mars 2010

Le temps l'Horloge d'Henri Dutilleux (enregistrement de la création)

Voilà un disque pour les happy few, tiré à un nombre ridiculement petit d'exemplaires et introuvable dans le commerce et dont je suis reconnaissant à un ami d'avoir pu l'emprunter. Il s'agit de l'enregistrement du cycle de mélodies pour soprano et orchestre d'Henri Dutilleux, Le Temps L'Horloge, donné à Paris au théâtre des Champs-Élysées le 7 mai 2009, par Renée Fleming, accompagnée par Seiji Osawa à la tête de l'Orchestre National de France. Bien que le disque indique création mondiale, trois des quatre mélodies avaient été données en concert au japon en septembre 2007.

Henri Dutilleux a toujours travaillé avec une proverbiale lenteur, sujet de mille et unes anecdotes. Cela explique sans doute pourquoi il n'a pas composé de musique de film ou d'opéras. Mais sa musique est dense, profonde et belle comme une forêt ancienne, on ne se lasse pas d'y revenir. Beaucoup de compositeurs annoncent fièrement dans leur biographie qu'il sont à l'écart des courants et des modes, mais dans le cas de Dutilleux c'est la stricte vérité. Il poursuit son chemin solitaire avec une constance et une humilité remarquables depuis bientôt trois quarts de siècle. La pochette du disque rappelle que la première création d'une oeuvre de Dutilleux au Théâtre des Champs-Élysées remonte à 1944 c'est à dire l'année de naissance de mon père...

Pour sa deuxième oeuvre pour voix et orchestre (après Correspondances en 2003), Dutilleux a choisi deux poèmes de Jean Tardieu dont Le Temps L'Horloge qui ouvre le cycle et lui donne son nom:


L'autre jour j'écoutais le temps
qui passait sous l'horloge.
Chaînes, battants et rouages
il faisait plus de bruit que cent
au clocher du village
et mon âme en était contente. 

J'aime mieux le temps s'il se montre
que s'il passe en nous sans bruit
comme un voleur dans la nuit...

(Jean Tardieu, extrait de "L’Accent grave et l’Accent aigu")

On retrouve bien sûr les thèmes chers à Dutilleux, la nuit et le temps. Suivent un autre poème de Tardieu (Le masque), puis Desnos (Le dernier poème) et après un interludes confié aux violoncelles et au clavecin, un poème de Baudelaire: "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; Enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

C'est avec des accents joyeux et d'une surprenante fraîcheur que ce conclut ce cycle magistral. Et pour ma part je ne conclurai pas ce billet sans saluer la performance des interprètes dont on sent qu'ils ont mis tout leur coeur dans cette création. Devant l'accueil plus qu'enthousiaste du public, les spectateurs du TCE ou pu entendre Le Temps L'Horloge bissé dans son intégralité. Petits veinards !

mardi 25 août 2009

Un trio inédit de Martinů par l'ensemble Calliopée

A l'heure où sur le marché américain, les ventes de musique en ligne vont bientôt dépasser celles des disques compacts, à l'heure où les majors déversent sans discernement leur gigantesque catalogue dans des site de musique en ligne mal ficelés, à l'ergonomie douteuse et de qualité sonore médiocre, à l'heure où Internet peut donner l'illusion qu'on a accès à tout tout de suite et si possible gratuitement, il est bon de savoir qu'il existe encore des artistes et des éditeurs qui prennent le temps de réaliser des disques qui soient une nourriture pour l'esprit autant qu'un régal pour les oreilles. Qui se donnent la peine de chercher un répertoire original. Qui choisissent avec soin l'iconographie, et composent un livret digne de ce nom, où l'on trouve autre chose qu'un copier-coller du CV des interprètes.

Le double album Alpha que j'ai entre les mains est consacré à la musique de chambre de Bohuslav Martinů, avec un trio à cordes H. 136 dont c'est le tout premier enregistrement disponible en disque, un quatuor avec piano H. 287, un quintette à deux altos H. 164 et un étrange sextuor pour piano, harpe, clarinette, violon, alto, violoncelle H. 376.

Comme nous l'explique Harry Halbreich (auteur du catalogue des oeuvres de Martinů) dans le livret, le trio à cordes H. 136 fut écrit par un Martinů encore jeune en 1924 alors qu'il venait d'arriver à Paris, et de prendre quelques leçons avec Albert Roussel. Cette partition a été envoyée à Prague puis perdue, et retrouvée en 2005 seulement, à la bibliothèque de Copenhague où elle dormait depuis vingt-cinq ans. Elle marque un tournant chez le compositeur tchèque dont les 135 premiers numéros (une productivité exceptionnelle !) étaient surtout marqués par l'impressionnisme à la Ravel-Debussy mâtiné de folklore tchèque. Plus ramassée, plus intime, plus tendue, plus personnelle, cette partition annonce et contient déjà le meilleur de la musique de chambre de Martinů.

Je me souviens de l'instant où j'ai tenu le manuscript entre les mains, et j'en tremble encore m'a confié Karine Lethiec, l'altiste à l'origine de ce projet, de cette véritable aventure musicale. La passion et l'engagement des interprètes sont palpables sur le mini-documentaire d'une vingtaine de minutes réalisé par Olivier Ségard. Paris, Prague, Copenhague mais aussi la ferme de Villefavard dans le Limousin sont les étapes de ce périple. Villefavard où Martinů a été accueilli par Charles Munch lorsqu'il fuyait les nazis en 1940. Villefavard où l'album a été enregistré soixante ans plus tard...

Je vous invite à écouter des extraits de ce trio sur le site d'Alpha (qui a récemment fusionné avec aeon, dirait-on). La comparaison n'est peut-être pas justifiée sur le plan musicologique, mais surtout dans l'interprétation de Maud Lovett, Karine Lethiec, et Romain Garioud, ce trio a quelque chose de brûlant et de secret qui n'est pas sans évoquer les quatuors de Janáček, qui sont d'ailleurs contemporains de ce trio. Certains passages sont vraiment à couper le souffle, comme les murmures qui concluent adagio et pianissimo le très énergique premier mouvement. Quinze ans plus tard, lorsqu'il entama son trio à cordes, un de ses derniers chefs-d'oeuvres, Albert Roussel s'est-il souvenu de celui de son élève ?

Il me faudrait plus qu'un billet de blog pour détailler les oeuvres présentées dans ce double disque. La plus aboutie et la plus étonnante est le sextuor H. 376 qui marie ces instruments antagonistes que sont le piano et la harpe. On entend le violon jouer de la harpe, le piano se faire passer pour une clarinette, l'alto jouer à cache-cache avec les uns ou les autres, le violoncelle chanter comme un ténor d'opéra au-dessus de l'orchestre... Le titre de cette surprenante et magnifique sonate à six ? Musique de chambre. Les musiciens de l'ensemble Calliopée nagent dans ce répertoire avec autant d'aisance que des petits poissons dans l'eau du Danube, pour notre plus grand bonheur.

lundi 27 avril 2009

Nouveau disque Karol Beffa chez Triton

Une monographie consacrée à Karol Beffa vient de sortir chez Triton. Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, le style de ce compositeur est assez proche de celui de Thierry Escaich, de 10 ans son aîné. Une filiation qu'il revendique d'ailleurs. On trouve sur ce disque des oeuvres inédites, comme un trio pour violon, alto et piano intitulé Les ombres qui passent, ainsi  qu'une pièce pour piano à quatre mains. D'autres sont déjà disponibles en disque, comme les duos Masques pour violon et violoncelle enregistrés par les frères Capuçon. La durée de Manhattan pour alto et piano semble correspondre à celle de Metropolis déjà enregistrée par le duo Thorette et Farjot. Est-ce la même pièce, une version remaniée, une nouvelle pièce ? Vous le saurez lorsque j'aurai reçu et écouté le disque.

Si l'on veut rire un coup, on peut lire la critique d'Arnaud Drillon sur le site de France 2 qui se prend légèrement les pieds dans le tapis en filant une métaphore pas vraiment heureuse:

Comme une exception dans le petit monde de la musique contemporaine, Karol Beffa jette un pont improbable entre deux rives : d'un côté, le lourd héritage de Bach, Ravel, Bartòk ou Ligeti, de l'autre, une musique nouvelle, à construire. Sous le pont coule une rivière, furieuse – la musique dodécaphonique, et ses avatars. D'un pas allant, Beffa franchit le pont, fier et déterminé. Souvent, il se retourne, mais jamais il ne regarde en bas. De toute façon, l'eau ne l'atteint pas. Il est déjà passé à autre chose.

On a déjà vu hommage moins maladroit. Mettre un boute-en-train comme Ligeti par exemple du côté du lourd héritage ça ne manque pas de sel. Quant à la rivière furieuse, qui inclut-elle exactement ?

Fort heureusement, une fois que le bavardage des critiques (et des bloggeurs comme moi) s'est tu, il nous reste la musique, et celle de Karol Beffa a beaucoup de qualités et se défend très bien toute seule. Et l'on peut s'attendre à ce qu'elle soit très bien défendue par Thorette, Farjot et leurs amis, des interprètes on ne peut plus recommandables. A bientôt donc pour un compte-rendu d'écoute.

mardi 7 avril 2009

Brice Pauset: Préludes

Ce disque intitulé Préludes est le seul disque monographique consacré à Brice Pauset (le seul qui soit disponible dans le commerce au moins). La notice prévient:

Hérissée de signes et d’indications d’une extrême minutie, la graphie des partitions de Brice Pauset donne à entrevoir « quelqu’un qui ne se rend pas la vie facile », « une grande agitation intérieure », « les traces des hésitations et des questions ».

Mais cela, les lecteurs du journal de Papageno le savent déjà ! L'enjeu était donc de savoir ce que cette musique donne à l'oreille, sans chercher à l'analyser en toute rigeur mais en se confiant plutôt à l'intuition.

Pour résumer: c'est plutôt séduisant à entendre. Commençons par les Préludes pour clavecin, enregistrés par le compositeur. Il faut d'abord saluer la démarche d'un compositeur qui prend le temps et la peine de travailler son instrument et de jouer ses oeuvres en public ou de les enregistrer, tant la vogue des compositeurs-musicologues est grande en ce moment. La différence entre piano et clavecin, qui est déjà énorme dans la musique de Bach ou Rameau, l'est encore plus dans la musique contemporaine. Les harmonies les plus complexes sonnent avec délicatesse, les dissonnances sont nettes mais pas agressives. Le piano moderne, bâti pour faire sonner Chopin ou Rachmaninov, cherche toujours à arrondir le son, à en brouiller les contours, sans échapper pour autant à la dureté des cordes frappées. La notice parle de liberté rythmique, et pour ma part j'ai du mal à percevoir une quelconque pulsation dans ces préludes. Qu'est-ce qui est ornement, appogiature, arpège, trémolo dans tout ça ? je ne saurais le dire mais le tout s'écoute plutôt bien.

L'autre partie importante de ce disque est une série de huit pièces pour hautbois d'amour et mini-orchestre. Chaque pièce étant basée sur une des huit premières notes du thème des variations Goldberg (également utilisées par Bach pour construire ses variations, faut-il le rappeler). Là encore l'écriture est très fouillée, et dans ses meilleurs moments, me fait penser au quatuor Ainsi la Nuit d'Henri Dutilleux. Il faut également saluer la très belle interprétation de Christian Hommel, un élève de Heinz Holliger, au timbre chaleureux et très séduisant.

Le disque comprend également une orchestration (pour ensemble de poche) des Variations pour piano op 27 de Webern. La notice relèce que les interprétations de Webern se caractérisent en général par la froideur et que le côté viennois, post-romantique et décadent est plutôt évité. D'où cette ré-instrumentation qui vise à éviter toute aridité et y parvient assez bien. Ici un constat s'impose à l'oreille: la musique de Webern a une concision et une force expressive qu'on ne trouvera pas aussi nettement dans le reste du disque.

Quant à la prise de son, n'étant pas un spécialiste, je ne vous parlerai pas de souffle ou de distorsion, mais simplement de la qualité des timbres que j'ai entendu, celui du hautbois, de la flûte, des instruments à cordes, et ce dans tous les modes de jeu. L'ingénieur du son devait être encore plus maniaque que le compositeur ! Mais le résultat fait honneur au deux, ainsi qu'à l'ensemble recherche ("recherche" sans majuscule, apparemment) qui signe cet album.

On peut écouter des extraits de ce disque sur le site d'aeon ou de la fnac.

dimanche 9 novembre 2008

Les 10 ans du label Saphir

Pour célébrer ses 10 ans et une centaine de productions, le label Saphir organise une série de concerts à l'Archipel durant tout le mois de novembre, avec presque tous les artistes qui ont participé aux enregistrements. Saphir, c'est de la musique de chambre, romantique et contemporaine, principalement française. On y trouve aussi bien de grandes stars que de grands inconnus, et cela vaut tant pour les interprètes que les compositeurs.

Je ne suis pas marchand de disques et encore moins critique, mais dans ma sélection personnelle de mélomane, je mettrais Pascal Gallois (flûte) P-H Xuereb (alto) et Fabrice Pierre (harpe) dans un programme Debussy-Louvier:

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ainsi qu'un disque violon et piano d'Olivier Greif:

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et un disque rassemblant toute la musique avec flûte d'Albert Roussel (voir aussi le billet sur l'intégrale Brilliant Classics du même compositeur):

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samedi 1 novembre 2008

Jolivet et Chausson par Isabelle Faust

A la mort d'André Jolivet, en 1974, Pierre Boulez, aimable comme à son habitude, avait prédit que 15 ans plus tard, plus personne ne jouerait sa musique. C'est raté. Si elle ne connaît pas le même succès que celle de Messiaen, sa musique commence à intéresser une nouvelle génération d'interprètes, qui n'ont pas connu le compositeur français, élève de Varèse, co-fondateur avec Daniel-Lesur et Messiaen du groupe "Jeune France" dans les années 1930.

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dimanche 21 septembre 2008

Ils sont fous ces canadiens

  • Non mais j'ai pas dit "phoque" !
  • Who said "fuck" ?

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mercredi 20 août 2008

Devoyon, Murata: musique française pour deux pianos

Le journal de Papageno vous offre une exclusivité car le disque dont nous parlons aujourd'hui n'est pas encore disponible en France. Il comporte En blanc et noir de Debussy, Musique pour deux pianos de Merlet et en plat de résistance, les Visions de l'Amen de Messiaen, enregistrés au Japon par Pascal Devoyon et Rikako Murata pour le label Regulus.

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dimanche 27 juillet 2008

Morton Feldman: the viola in my life

Les vacances sont parfois l'occasion de déchirer l'emballage plastique de disques qu'on a empilés pendant l'année sans trouver le temps de les écouter. Aujourdhui, je vous propose: The viola in my life de Morton Feldman, disque qui comporte plusieurs pièces instrumentales, interprétées ou dirigées par le compositeur:

  • The viola in my life pour alto soliste, violon, violoncelle, piano, flûte, clarinette, percussions
  • False Relatioships pour violon, violoncelle, deux pianos, trombone, percussions
  • Why Patterns ? pour flute, piano et percussions

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