vendredi 16 octobre 2020

En Blanc et Noir: Courrier d'une Auditrice

J'ai reçu bon nombre de très gentils messages des auditeurs et auditrices au sujet de l'album "En Blanc et Noir" mais celui-là m'a touché particulièrement, car il a l'accent de la sincérité. Je partage donc ces mots avec vous, tout en préservant l'anonymat de la personne qui me les a envoyé et que je remercie du fond du coeur.

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mardi 13 octobre 2020

Benoît Menut: Les Îles

L'espace est un océan.
Les univers sont des îles.
Mais il faut des communications entre les îles
Ces communications se font par les âmes

(Victor Hugo)

 

Nous étiions hier soir à la soirée de lancement du disque monographique Les Îles consacré par le label Harmonia Mundi au compositeur Benoît Menut. Cette soirée était également la clôture du festival "Aux Armes Contemporains !" organisé à la Scala de Paris.

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vendredi 24 avril 2020

L'hermaphrodite: Robert Schumann par Laurianne Corneille

J'évoquais dans un précédent billet les rencontres du confinement, voici une autre belle rencontre. Je connaissais déjà la pianiste Laurianne Corneille, qui avait notamment accompagné L'Oiseleur des Longchamps et Mathilde Rossignol dans un beau programme "z'oiseaux en chantant" (enchantants ?). Juste avant le début de la fin du monde, elle a publié un très bel album Schumann chez Klarthe, que le confinement m'a donné le temps de savourer. Et je vous propose, chères lectrices, de découvrir une interview exclusive de cette pianiste pour le Journal de Papageno.

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vendredi 10 avril 2020

Découvrez Khronos pour deux pianos, mon chef-d'oeuvre

Chez les Compagnons du Devoir, il faut réaliser un « chef-d’œuvre » afin d’accéder au statut de compagnon. En ce sens, « Khronos » pour deux pianos est mon chef-d’œuvre : terminé peu de temps avant l’obtention d’un master de composition à Liège en 2013, c’est un des pièces les plus abouties, audacieuses et ambitieuses de mon catalogue. C’est la composition qui m’a demandé le plus de travail et aujourd’hui encore celle dont je suis le plus fier. Je vous propose aujourd'hui et pour la première fois de l'écouter en intégralité.

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lundi 30 mars 2020

Rencontre à trois (Tristan Murail, Robert Schumann, Marie Ythier)

Comme le compositeur Tristan Murail le reconnaît sans ambages, c'est la violoncelliste Marie Ythier qui a tenu a le marier avec Robert Schumann le temps d'un album. S'il admet son peu de goût pour la musique tonale, dont les cadences et formules toutes faites l'ennuient, Tristan Murail a tout de même apprécié dans les Fantasiestücke "le jeu entre le prévisible et l'imprévisible" qui est à la base de toute musique, quelle que soit l'époque et le style. C'est donc bien volontiers qu'il a adhéré au projet de celle qui avait si bien joué sa pièce Attracteurs étranges au Festival Messiaen des Pays de la Meije en 2017.

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jeudi 26 mars 2020

Un peu de décence !

« Vous n’avez rien de mieux à faire que de vendre votre salade en ce moment ? Ayez un peu de décence ! » Voilà un message reçu aujourd’hui sur les réseaux sociaux à propos de notre album « EN BLANC ET NOIR » dont la sortie est toujours prévu en juin, si tout va bien.

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dimanche 29 septembre 2019

Sortie de l'album APORIE !!

C'est avec une grande joie que je vous annonce, chères lectrices, la sortie de notre album APORIE. Ce premier album monographique sous le label Triton avec L'Oiseleur des Longchamps et Mary Olivon est à la fois l'aboutissement d'un beau travail d'équipe et le début d'une nouvelle aventure. Avant de vous inviter à lire le texte de présentation ci-dessous, je voudrais remercier très chaleureusement mes camarades musiciens, l'équipe du des studios Human de Paris 13e où l'album a été enregistré, l'équipe du label Triton, l'artiste CYB pour sa gracieuse autorisation d'utiliser  deux de ces tableaux pour la couverture et le livret de l'album, les éditions Gallimard, ainsi que tous les généreux souscripteurs qui nous ont aidé à boucler le budget en pré-achetant l'album.

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lundi 13 mai 2019

APORIE, mon premier disque monographique

Chères lectrices, c'est avec une grande joie que je vous annonce la sortie prochaine de mon premier album monographique: APORIE. Il comporte 17 chansons et duos de ma composition pour voix et piano et paraîtra en septembre 2019 sous le label Triton. Permettez-moi de vous en dire un peu plus sur ce projet artistique qui marque une étape importante dans ma vie.

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dimanche 21 octobre 2018

Mozart, Brahms et Debussy par Axia Marinescu

Les reporters du Journal de Papageno étaient au récital que donnait la pianiste Axia Marinescu à l'Institut Culturel Roumain de Paris pour célébrer la sortie de son premier disque, Introspections (label Polymnie). Compte-rendu croisé de ce beau disque et de cette belle soirée.

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jeudi 11 janvier 2018

WTC 9/11: Steve Reich par le Quatuor Tana

Le dernier album du Quatuor Tana nous emmènent en Amérique avec deux oeuvres phare de Steve Reich pour quatuor à cordes et électronique: WTC 9/11 et Different Trains.

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samedi 2 décembre 2017

Caprices de Paganini: l'exploit de Pierre Lénert

"Il ne savait pas que c'était impossible, alors il l'a fait" blaguait Frédéric Lodéon sur France Musique. Au-delà de l'exploit virtuose qu'il convient de saluer à la mesure du travail d'enfer que ça représente (3 ans de travail acharné pour un concertiste qui n'avait rien d'un débutant lorsqu'il a entrepris ce défi), l'album de Pierre Lénert consacré aux Caprices de Paganini est plein de poésie, de fantaisie et de douceur romantique.

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mardi 22 août 2017

L'Oiseleur chante Loiseleur

Voilà bientôt dix ans que j'ai la joie et la chance de collaborer avec le baryton français L'Oiseleur des Longchamps. Cet artiste pourrait être un lointain cousin, car la famille Loiseleur s'appelait L'Oiseleur des Longchamps auparavant; mais c'est surtout un ami proche et un grand musicien dont la curiosité pour les répertoires méconnus n'a d'égale que son goût pour la musique d'aujourd'hui. Pour fêter dignement cet anniversaire, quoi de mieux qu'un disque résumant le meilleur des chansons écrites pour lui, et parfois sur des textes qu'il m'a proposés ?

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vendredi 16 décembre 2016

La cuisine à l'alto

La cuisine à l'alto c'est le nom d'un spectacle créé en 2015 par l'altiste Sylvain Durantel, le pianiste Emmanuel Christien et le journaliste François Castang (qui fait office de récitant) et qui veut "révéler toute la diversité de la création musicale d'aujourd'hui et nous donnant, avec humour et poésie, les clés pour l'apprécier". Pour ce programme intelligent, décalé et très drôle sans la moindre trace de vulgarité, ce trio a fait appel à pas moins de 16 compositeurs qui ont pris la plume et joué le jeu d'une commande sur un thème gastronomico-littéraire: certains que je connais et que j'apprécie comme Nigel Keay, Xavier Bouchaud, Benoît Menu et François Meïmoun, d'autres que j'ai découvert grâve à eux.

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dimanche 14 décembre 2014

Nouvel album du quatuor B.R.A.C.

Vincent Royer m'écrit: 

Le Quatuor Brac est très heureux de vous annoncer la sortie de son second disque « Hall des Chars » chez blumlein records (disque également disponible chez Metamkine).

Ce CD est l’enregistrement de notre concert donné à Strasbourg, Hall des Chars le 13 mai 2014.

Andrew Levine a reçu à Cologne le vendredi 21 novembre  2014 le « Goldener Bobby » pour  cet enregistrement, premier prix de la catégorie « Classical / instrumental ».

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samedi 25 février 2012

Liszt: Sonate(s) par Marcel Cominotto

Bicentenaires obligent, après un disque Chopin en 2010, le pianiste et compositeur Marcel Cominotto rend hommage à Franz Liszt avec un album enregistrée fin 2011. Ce disque paraîtra très bientôt chez Azur Classical, et comporte l'incontournable Sonate en Si mineur,  ainsi que la "deuxième sonate" de Liszt, à savoir la Fantaisie "après une lecture de Dante", et pour finir la Vallée d'Obermann (ces deux dernières pièces étant extraites du recueil des "Années de Pélerinage").

Liszt_Cominotto.jpgL'intérêt de cette lecture de la Sonate tient selon moi dans le regard du compositeur-pianiste. Une connaissance intime de la partition née de son analyse approfondie lui permet de relier chaque fragment au tout, de donner un sens, une direction à chaque élément musical au sein d'une vision d'ensemble. Pour autant, ce n'est pas une version froide et intellectuelle, et j'y retrouve ce que j'aime chez Liszt, à savoir l'emportement, l'élan, les épanchements romantiques qui manquent parfois dans des versions discographiques trop sages, trop léchées. L'autre mérite de Marcel Cominotto est de nous rappeler la modernité de cette partition, en faisant ressortir les arrêtes assez vives, les dissonances, le côté abrupt de certains passages qui forme un contraste d'autant plus intéressant avec les évocations du paradis (souvent associé chez Liszt avec la tonalité de Fa# majeur). Conformément à la volonté de Liszt qui demandait que cette sonate soit enchaînée, c'est une seule plage de 27 minutes que l'on trouve la Sonate en si. Pas question de saucissonner ce chef-d'oeuvre façon ioutioube (ou façon Radio Classique, serais-je tenté de dire, tant cette station tend à éviter les morceaux qui durent plus longtemps qu'un clip de Madonna depuis son changement de direction). Pour en profiter pleinement, l'auditeur devra trouver une demi-heure dans son emploi du temps, débrancher son smartphone qui fait bip toutes les trois minutes, et faire un minimum de vide en lui-même afin de se plonger tout entier dans cette musique démesurée et géniale.

Nonobstant ce que je viens d'écrire sur le saucissonnage de la musique, mes lecteurs me pardonneront j'espère de leur présenter un extrait, la dernière page du "Quasi Adagio" (fa # majeur) suivi d'un "Allegro Energico" (si bémol mineur) en forme de fugue qui amène le retour triomphale du motif principal (en si mineur, bien sûr):

Fichier audio intégré

J'invite également les curieux à consulter le manuscript de Liszt sur IMSLP, dont l'écriture est elle aussi extrêmement énergique et expressive, et dont les nombreuses ratures en rouge montrent à quel point cette partition a été travaillée. Tout comme la Hammerklavier de Beethoven, c'est une armée de pianistes qu'il faudra pour venir à bout de cette terrible et grandiose sonate en si mineur.

Terminons ce billet par un mini-sondage chez nos lecteurs: quelles interprétations (live ou discograpiques) de la Sonate de Liszt vous ont le plus marqué ?

dimanche 19 février 2012

Chostakovitch: Sonates pour Alto et Piano (Pierre Lénert, Éliane Reyes)

Annoncé dans un précédent billet, le disque de Pierre Lénert (alto) et Éliane Reyes (piano) consacré à Dimitri Chostakovitch est maintenant dans les bacs. Il permet d'entendre la sonate pour violoncelle et piano opus 40 dans une transcription de Pierre Lénert, ainsi que la sonate opus 147.

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dimanche 1 janvier 2012

Les Chevauchées Lyriques de L'Oiseleur des Longchamps

En ce premier janvier, il convient de commencer en souhaitant à tous mes lecteurs, à ceux que je connais personnellement comme à ceux que je rencontrerai peut-être,  une excellente année 2012, en musique bien entendu.

Il convient aussi de rattraper un peu le retard impardonnable pris dans ce Journal en signalant avec six semaines de retard à peine la sortie d'un disque un peu spécial pour moi car c'est le premier auquel j'ai eu le bonheur de participer comme compositeur.

jaquette_Chevauchees_lyriques.jpg

Ce disque du baryton L'Oiseleur des Longchamps s'intitule Chevauchées Lyriques et c'est un beau récital qui traverse les genres et les époques avec le thème du cheval comme fil conducteur. Disque inclassable où l'on trouve des mélodies françaises assez connues (Chausson, Duparc, Debussy,  Saint-Saëns) ou au contraire beaucoup plus rares (Déodat de Séverac, Aimé Maillart, Olivier Greif, Frédéric Chopin), du lied allemand (Schubert, Schumann, Loewe), mais aussi de la chanson française contemporaine (Hughes Aufray, Georges Brassens) et même une pincée de rock (avec une reprise de Wild Horses des Rolling Sones). De plus L'Oiseleur des Longchamps a commandé deux mélodies spécialement pour cet album: une berceuse sicilienne à Frédérico Alagna ainsi qu'une mise en musique de Centaures de Marguerite Yourcenar (poème tiré des Charités d'Alcippe, publié aux éditions Gallimard) à votre serviteur.

Accompagné tantôt au piano par la fidèle et sensible Mary Olivon, tantôt à la guitare par Mathieu Scala, le baryton français sait donner une véritable unité à ce programme on ne peut plus original et éclectique: le fil conducteur, bien plus que le thème du cheval, c'est cette voix qui nous conduit d'une scène à l'autre, nous invite au voyage dans le temps et l'espace. En vingt numéros et presque autant de compositeur, c'est le portrait d'une voix qui est dressé dans ce disque.

Si vous ne me croyez pas sur parole (ma participation quoique modeste à ce projet me rend suspect de conflit d'intérêt, mais je n'aurais pas participé si la voix de L'Oiseleur des Longchamps ne me séduisait pas), je vous invite à écouter ce extrait du disque mis en images par Paul Gilbert qui avait filmé une des séances d'enregistrement:

L'Oiseleur des Longchamps et Mary Olivon seront en concert le 7 janvier prochain à 17 heures à Paris, à l'auditorium du CNR (14 rue de Madrid). Dans le cadre des concerts Cantus Formus ils chanteront (oui, Mary Olivon sait faire chanter son instrument, le pluriel au verbe chanter n'est donc pas abusif) plusieurs mélodies inédites d'Olivier Greif, une d'Anthony Girard, ainsi que mon Centaures. Le programme comporte également un quatuor à cordes de Jacques Boisgallais. L'entrée est libre, n'hésitez pas à vous faire du bien.

A lire également: critiques du disque sur les sites Appogiature et Forum Opéra.

mardi 11 octobre 2011

Un petit bout de Métamorphose

Il est sept heure moins quart, je suis encore tout engoncé de sommeil, maman me réveille mais sa voix sonne bizarrement... et quelle drôle de sensation ! que m'arrive-t-il ? à qui sont ces pattes insectoïdes ? où sont passées mes mains ?

La Métamorphose de Kafka, relue par Novarina, mise en musique par Michael Lévinas dont c'est le troisième opéra, a été créée en mars 2011 par l'ensemble Ictus puis diffusée sur France Musique. Pour ceux qui l'auraient manqué, l'ensemble a publié sur son blog des extraits d'un disque en préparation. Instruments acoustiques, sons synthétiques, voix retravaillées: tout se mêle en une étrange alchimie propre à rendre l'atmosphère cauchemardesque et surréaliste de la nouvelle de Kafka. Je vous recommande en particulier le dernier extrait (« la bête est crevée, bien crevée ») lugubre à souhait.

A ceux et celles qui se demanderaient dans quelle direction la musique peut bien aller en ce début de XXIe siècle, après avoir été sérielle, concrète, stochastique, post-moderne, spectrale et j'en passe, l'opéra de Lévinas peut donner des éléments de réponse. Grâce aux courage des défricheurs comme Pierre Henry et tant d'autres, la musique électronique est maintenant parvenue à une forme de maturité qui permet d'intégrer le travail avec les instruments acoustiques et le travail sur le son; qui permet également le retour de la voix au coeur du projet de composition

Le métier du compositeur évolue aussi, car il doit travailler un nouveau type de musiciens qui l'aident à produire des sons synthétique ou retravailler les sons captés. Sans devenir forcément un expert, il doit maîtriser suffisamment certains outils pour les intégrer à sa palette. Au fond, l'ampli, la mixette, l'ingé son et les 60 mètres de câbles qui viennent avec deviendront peut-être partie intégrante de tout ensemble de musique contemporaine, comme c'est le cas depuis longtemps déjà dans la musique populaire.

Quoi qu'il en soit, c'est un grand coup de chapeau que méritent les créateurs de cet opéra contemporain. Bravo !

samedi 10 septembre 2011

Liszt: Faust-symphonie par Devoyon et Murata

Pascal Devoyon et Rikako Murata nous proposent de fêter le bicentenaire Franz Liszt en beauté avec un disque consacré à la Faut-Symphonie dans une version pour deux pianos du compositeur. En complément de programme, nous avons droit à une version 4 mains de la deuxième Mephisto Walz. Enregistré au Japon pour le label Regulus et pas encore commercialisé en France ni disponible sur les sites comme iTunes ou Amazon MP3 (On peut sans doute avoir plus d'information sur la disponibilité en écrivant ici)

FaustCDMini.jpgPassons sur la couverture qui reprend la même photo que les autres disques du même duo de pianistes (comme le disque Ravel-Merlet-Messiaen dont nous fîmes grand cas), en y ajoutant une sorte de photo d'arbre décharné sur fond rouge sensée représenter vaguement l'enfer, puisque le disque s'intitule Liszt & The Devil. Fort heureusement le contenu vaut bien mieux que l'emballage, à commencer par le livret en quatre langues (français, anglais, allemand, japonais) où les deux artistes nous font partager leur passion pour Liszt en expliquant toute la portée du pacte faustien pour un musicien aujourd'hui:

Il est bien naturel de noter quelques ressemblances entre le Faust magicien, insatisfait, passionné, qui sera sauvé par l'amour et Liszt, magicien du clavier, mais aussi compositeur en proie au doute et homme qui croit en la rédemption du monde par l'amour. Quant au rapprochement avec Méphisto, les virtuoses ne sont-ils pas quelque peu diaboliques comme un certain Paganini, "violoniste du diable" ? 

Mais ce serait réduire la portée du mythe de Faust si l'on y voyait qu'une belle histoire bien morale qui, somme toute, ne finit pas si mal, l'amour apportant le pardon. Faust c'est aussi, et peut-être d'abord, le décalage entre l'idéal inaccessible et la réalité décevante, ce qui explique probablement l'engouement de tout artiste pour ce personnage symbole de l'insatisfaction permanente de l'homme et à qui s'offre une nouvelle vie. Qui n'a pas rêvé de refaire sa vie ? Quel artiste ne vendrait pas son âme au diable pour réaliser l'oeuvre parfaite, sortir de la médiocrité vraie ou supposée ?

On ne saurait mieux dire. La Faust-Symphonie rassemble et résume tout l'art de Liszt, toutes les facettes de sa personnalité si originale et attachante, si puissamment romantique. Dans sa version pour deux pianos, nous sommes bien sûr privés de la richesse de de l'audace des orchestration lisztiennes (un aspect souvent méconnu de son oeuvre, tant son nom reste associé à la virtuosité pianistique). On pense davantage à la Sonate en Si mineur. Ce serait fort injuste cependant de prétendre que l'interprétation de Devoyon et Murata manque de couleurs. C'est tout le contraire: la merveilleuse sensibilité au timbre à la couleur qu'ils ont acquise par une longue pratique de la musique française fait ici vraiment des merveilles.

Il convient donc d'éviter la comparaison avec la version pour orchestre et de se plonger sans retenue dans l'écoute de cette fresque symphonique à deux pianos de dimensions quasi malhériennes (presque une heure de durée), portée de bout en bout par deux interprètes aussi passionnés que rigoureux. On pourra ainsi apprécier pleinement la manière dont Liszt éviter d'introduire aucun thème nouveau dans le troisième "portrait", celui de Mephisto. Le diable ne crée rien: aussi les matériaux musicaux qu'on entend dans cette pièce sont ceux de Faust et de Gretchen, déformés, torturés, caricaturés avec tout l'art de la variation dont Liszt était un maître. Un procédé qui rappelle celui de Berlioz dans la Symphonie Fantastique (rappelons que Liszt connaissait et appréciait Berlioz et qu'il avait beaucoup fait pour diffuser sa musique en allemagne: réduction pour piano de ses oeuvres, concerts à Weimar, etc).

Je ne saurais être objectif en parlant de Devoyon et Murata, qui m'honorent de leur amitié et ont créé une de mes pièces. Mais il faut bien reconnaître que chaque prestation en concert à laquelle j'ai pu assister force l'admiration. Et que ce nouveau disque est tout à fait à la hauteur des mes attentes, qui sont très élevées car je trouve que dans les deux tiers de ce qu'on trouve dans le commerce, la musique de Liszt est éborgnée par des pianistes qui n'en saisissent pas toutes les dimensions. Pascal Devoyon et Rikako Murata joueront Liszt dans quelques jours à Sendai, puis en tournée au Japon. Pour les entendre à nouveau en Europe (Berlin et Paris) il faudra attendre l'année prochaine...

vendredi 4 février 2011

Le disque classique survivra-t-il à la mort des majors ?

Lu dans les Carnets sur Sol, quelques réflexions sur l'agonie des majors du disque et ses conséquences pour les amateurs de musique classique. Que je vous invite à lire, et auxquelles j'ajoute les miennes.

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