Sortie de l'album APORIE !!

C'est avec une grande joie que je vous annonce, chères lectrices, la sortie de notre album APORIE. Ce premier album monographique sous le label Triton avec L'Oiseleur des Longchamps et Mary Olivon est à la fois l'aboutissement d'un beau travail d'équipe et le début d'une nouvelle aventure. Avant de vous inviter à lire le texte de présentation ci-dessous, je voudrais remercier très chaleureusement mes camarades musiciens, l'équipe du des studios Human de Paris 13e où l'album a été enregistré, l'équipe du label Triton, l'artiste CYB pour sa gracieuse autorisation d'utiliser  deux de ces tableaux pour la couverture et le livret de l'album, les éditions Gallimard, ainsi que tous les généreux souscripteurs qui nous ont aidé à boucler le budget en pré-achetant l'album.

Ce disque donne l’aperçu de dix ans d’amitié et de collaboration artistique avec le baryton L’Oiseleur des Longchamps, un bel artiste et un défricheur d’une curiosité insatiable pour la musique rare d’aujourd’hui et d’hier, qui m’a envoyé des textes poétiques dès 2007, alors que j’en étais à mes premiers essais sérieux en composition. C’est ainsi que j’ai écrit la Complainte du Roi Henri, qui ouvre cet album dans des couleurs très sombres. Et peu de temps après la Berceuse sur une gamme fantaisiste qui le termine avec plus de légèreté. Entre les deux on trouvera un cycle de 6 mélodies À la Santé sur des textes de Guillaume Apollinaire (qui évoque son expérience de la vie carcérale durant trois semaines suite à une erreur judiciaire), trois duos d’amour avec la soprano Sabine Revault d’Allonnes, deux sonnets d’après Yourcenar (Centaures et Le lunatique), en tout une sélection dix-sept textes du XVIe siècle à nos jours.


La belle musique inspire les interprètes, mais l’inverse est également vrai. C’est en ayant bien vivante à l’esprit la voix profonde et la présence envoûtante de Jacques L’Oiseleur des Longchamps que ces mélodies ont été écrites. C’est la finesse extrême et la grande sensibilité du piano de Mary Olivon qui m’a encouragé à donner un vrai rôle à cet instrument qui dialogue avec les chanteurs plus qu’il ne les accompagne. C’est l’élégance et le charme de la voix de Sabine Revault d’Allonnes qui m’ont invité à transformer trois mélodies en duos.


On me demande souvent : « quel style de musique écrivez-vous ? ». Ce premier album monographique est une première réponse, bien qu’il se limite à la combinaison très classique piano et voix. Il y a quelques années j’ai forgé le néologisme de musique hypertonale pour évoquer mon travail sur l’harmonie avec des accords de 5, 6, 7 sons qui vont au-delà de la musique tonale traditionnelle et donnent une autre perspective sur la dialectique de la consonance et de la dissonance et donc sur l’opposition entre musique tonale et atonale.


Il m’arrive d’utiliser des mélanges ou des ruptures stylistiques en fonction des besoins expressifs. Ainsi, le duo J’ai tant rêvé par vous (plage 14) commence de façon strictement tonale, suivant l’injonction du texte d’Anna de Noailles “je serai triste et sage”. Arrivé à la strophe qui évoque la folie, c’est le style dodécaphonique de Schoenberg avec adjonction de clusters sauvages qui est utilisé. Une transition amène des harmonies hypertonales presque debussystes (« mon amour monterait comme une cathédrale, compacte transparente, où Dieu luit par moments »), avant le retour du fa majeur initial. L’usage de ces techniques de composition n’a rien d’arbitraire, il s’impose comme une nécessité au compositeur qui se met à l’écoute d’un texte poétique et cherche à le magnifier, à le restituer dans toute sa splendeur. Comme un chef cuisinier qui respecte les beaux produits qu’il travaille, un compositeur ne peut pas faire ce qu’il veut d’un texte poétique !


La chanson qui donne son titre à l’album (Aporie) est inspiré par un événement de ma vie privée. C’est une situation universelle que chacun a connu un jour : une personne proche, tendrement aimée, avec qui on se retrouve en conflit, au point de ne plus avoir de mots pour s’exprimer, et même les mots qu’on emploie pour tenter d’en sortir sont retournés contre nous. « Tu en as fait des flèches, des flèches contre moi ! » Que dire quand on n’a plus de mots ? La conclusion tragico-comique de cette Aporie ne comporte en effet pas de paroles, bien que le talent de L’Oiseleur des Longchamps y étincelle. Même lorsqu’on a plus de mots, plus d’amour, plus d’espoir, on a toujours la musique…



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