Mozart, Brahms et Debussy par Axia Marinescu

Les reporters du Journal de Papageno étaient au récital que donnait la pianiste Axia Marinescu à l'Institut Culturel Roumain de Paris pour célébrer la sortie de son premier disque, Introspections (label Polymnie). Compte-rendu croisé de ce beau disque et de cette belle soirée.

Nos lectrices connaissent déjà Axia Marinescu, jeune pianiste que nous aimons et qui donne ici son tout premier album en solo.

Le récital tout comme le disque commence par la Sonate en la majeur K 331 de Mozart. Musique transparente et ô combien délicate que beaucoup de pianistes redoutent car on y entend tout. On ne peut pas se reposer sur des basses enveloppantes ou une virtuosité spectaculaire pour impressionner l'auditeur. Il faut lui parler au coeur, avec des mots simples, avec cette merveilleuse vivacité d'esprit du divin Mozart. Axia Marinescu n'utilise presque pas de pédale dans cette sonate, juste la souplesse des doigts, la qualité du phrasé. Dans le finale 'Rondo Alla Turca' elle fait sonner son piano moderne un peu comme un pianoforte. Il ne manque que les cymbales que certains facteurs de pianoforte viennois avaient ajouté à leurs instruments, commandés par une pédale supplémentaire afin de donner une couleur orchestrale. Ce qui me plait dans cette sonate, c'est la naïveté presque enfantine de la pianiste qui semble compter sur son intuition pour la guider dans cette partition. Et ça marche ! On est sous le charme.

Changement d'atmosphère avec les Intermezzi opus 118 de Johannes Brahms, oeuvres de la maturité, empreintes d'une indicible et douce nostalgie. Dont les harmonies perpétuellement syncopées (en avance ou en retard sur les lignes mélodiques) finissent pas nous emmener au-delà du cadre tonal auquel Brahms était pourtant très fortement attaché. De très belles couleurs dans la version d'Axia Marinescu, qui est dépourvue de toute lourdeur. Cela nous permet de découvrir qu'on n'est pas obligé de jouer Johannes Brahms de façon exagérément "germanique", avec des tempi un peu trop lent, des basses un peu trop appuyées, des fortissimo un peu trop envahissants. La nuance, la subtilité, la délicatesse féminine sont autorisées dans cet opus 118... bonne nouvelle !

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Pour nous montrer que ses talents ne se limitent pas au programme du disque, Axia Marinescu nous gratifie de deux Nocturnes de Chopin, tout en délicatesse.

Puis viennent les Images de Claude Debussy, ma partie préférée du programme sans doute. Que dire sinon qu'on se régale de bout en bout, et que la sensibilité d'Axia Marinescu semble si magiquement accordée à celle du compositeur de Pelleas et Melisande, que l'on pourrait croire qu'elle improvise au lieu de jouer.

Pour clôturer le programme, l'Alborada del gracioso extraite des Miroirs de Ravel. Une espagnolade pleine de vie, de fantaisie, et de quintes parallèles... un véritable enchantement !

En bis, la pianiste roumaine nous gratifie d'une magnifique pièce d'Enesco, le Carillon Nocturne. Dont les sons de cloches me font un peu penser à Olivier Greif (ou encore à d'autres héritiers de l'impressionnisme comme Tristan Murail avec ses Feuilles à travers les Cloches, en réponse à Debussy, ou encore avec ses Cloches d'Adieu, en hommage à Messiaen). Voilà qui nous donne envie de l'entendre plus souvent dans le répertoire XXe / XXIe siècle. Pourquoi pas un deuxième album avec les compositeurs roumains depuis Enesco inclus ?

En second bis, une pièce du compositeur américain Gottschalk, Souvenir de Porto Rico, qui montre que le répertoire d'Axia Marinescu ne semble pas connaître de limites ni de frontières. Normal pour une citoyenne du monde qui parle 5 langues en plus de celle que tout le monde aime et comprend: la Musique.

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