Les joies du confinement

Être assigné à résidence n'est pas une partie de plaisir. Qui que nous soyons, cela nous prive de l'une des choses que nous aimons le plus et qui est sans doute indispensable à notre santé: la vie sociale. Cependant, bien qu'éprouvante, cette période singulière peut aussi nous offrir de grandes joies.

Je fais partie des chanceux car mes deux activités professionnelles (écrire de la musique et concevoir des logiciels) se prêtent bien au télé-travail. Je fais partie des malchanceux aussi car j'ai eu des concerts annulés comme tous mes amis musiciens. Tous les compositeurs ont une double personnalité: à la fois solitaires et sociables, anachorètes et connectés au monde entier.

Mon tempérament méditatif me porte à aimer les moments de solitude, à les désirer même car ce sont des moments de ressourcement et de création. La page blanche ne me fait plus peur depuis bien longtemps. Au contraire, quelle joie profonde et intense lorsque je saisis une page de papier à musique vierge pour esquisser une toute nouvelle pièce !


La première joie est peut-être celle de la liberté. Le mot est paradoxal au moment où l'on nous interdit de sortir de chez nous sous peine d'amende voire de prison. Et pourtant ! Une fois notre agenda transformé en une vaste page blanche avec tous les rendez-vous de travail ou de loisir annulés, pour peu que nous osions débrancher les bidules électroniques et les machins à écran, nous voilà avec du temps réellement libre pour méditer, lire, créer, se reposer, travailler, réviser, écouter de la musique ou en jouer, faire ou de la gym.

La deuxième joie est celle de la solitude. C'est un merveilleux rendez-vous avec nous-même que nous offre cette situation inattendue et inédite ! La confrontation peut être rude pour ceux qui cherchent à l'éviter justement, mais elle est salutaire. C'est l'occasion où jamais de se demander: qui suis-je ? Qui compte vraiment dans ma vie, qu'est-ce qui compte vraiment pour moi ? Est-ce que les priorités de mon emploi du temps sont alignées avec mes besoins et désirs profonds ? 

La troisième joie est celle de la rencontre. Rencontre avec nos proches qui sont confinés avec nous, avec les proches qui en sont tenus éloignés et avec qui on doit inventer de nouveaux modes de relation. Pourquoi ne pas redécouvrir le plaisir des lettres papier, vu que la Poste fonctionne encore ? (certes il vaut mieux avoir un stock de timbres car les bureaux de Poste sont fermés eux aussi !).

La quatrième joie est celle du calme. Les rues désertes ont un côté étrange mais aussi apaisant. Les animaux sauvages à poil et à plume seront certainement d'accord avec moi, vu que toutes les activités de chasse ont été suspendues. La frénésie de notre consommation frénétique de biens, de plaisirs et de services a été stoppée net. Elle reviendra sans doute, car l'humain a la mémoire courte, mais cette période restera dans les mémoires comme une expérience différente, singulière, de sobriété forcée et pourquoi pas heureuse.

La cinquième joie est celle de l'instant. Personne ne pouvant anticiper de manière fiable ce qui va arriver dans les semaines à venir, la sagesse veut que nous vivions au jour le jour. Que mangeons-nous aujourd'hui ? Quel est le programme scolaire des enfants ? Comment va mamie ? Vivre un instant après l'autre, être réellement présent pour nos proches, c'est un bon moyen d'échapper à l'angoisse que distillent les chaînes d'info en continu, mais c'est beaucoup plus que cela. C'est un véritable chemin spirituel comme beaucoup de maîtres nous l'ont enseigné de Boddhavista et Jésus de Nazareth à Eckhart Tolle.

La sixième joie est celle du dépouillement, de la sobriété si vous préférez. Je n'oublie pas en écrivant ces lignes tous mes amis intermittents du spectacle qui se demandent de quoi ils vont vivre dans les prochains mois, ni ceux qui vont perdre leur job ou leur entreprise, ni les chômeurs qui auront bien du mal à décrocher des entretiens. Beaucoup d'entre nous vont vivre des temps difficiles, je ne le nie pas (et j'ignore l'ampleur des conséquences de cette pour moi-même mais je sais déjà qu'elles ne seront significatives). J'ose affirmer cependant qu'on trouve une joie véritable à renoncer au superflu pour se concentrer sur l'essentiel. À condition que l'essentiel, personne n'en manque justement. Saurons-nous profiter de cette crise pour devenir plus solidaires ?

Cela m'amène à la septième joie qui est celle de l'amour. Après tout, si nous avons décidé collectivement de mettre en place et de respecter le confinement, c'est par solidarité avec nos frères et soeurs humains, pour freiner la maladie et limiter les risques pour les soignants. Si ce confinement va être difficile, c'est parce que nous ne pourrons pas embrasser ni serrer dans nos bras des personnes chères. Et si nous sortons plus pessimistes et plus égoïstes de cette expérience collective et intime à la fois, c'est que nous n'avons rien appris. Je refuse à y croire: chaque crise, individuelle ou collective, est une occasion privilégiée pour progresser humainement et spirituellement. Dans le secret et le silence du confinement, je vous invite, chères lectrices, à cultiver au fond de votre coeur de jolies fleurs que vous pourrez offrir au monde entier quand la vie sociale reprendra son cours.

Et on pourrait ajouter la gratitude à la liste: un grand merci à Cécile qui m'a envoyé ce dessin au pastel sec et autorisé à le partager avec vous.

Commentaires

1. Le mardi 24 mars 2020, 20:48 par LOISELEUR DES LONGCHAMPS JACQUES

quelle intéressante réflexion et beau texte !

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