L'alto de l'empereur

On pourrait discuter longtemps pour savoir qui est l'empereur de l'alto. Mon vote personnel irait à deux femmes ex aequo: Tabea Zimmermann et Kim Kashkashian; et s'il fallait élire un empereur pour la France, Messieurs Pierre Lénert et Antoine Tamestit auraient mon suffrage, en ajoutant une mention spéciale à Pierre-Henri Xuereb, que j'ai eu la grande chance d'avoir comme professeur, et qui est un chambriste accompli en même temps qu'un immense pédagogue. Mais au Japon, c'est le nouvel Empereur qui joue de l'alto !

Le goût de la musique classique occidentale est une histoire de famille, car la mère de l'empereur Naruhito est pianiste et son père joue du violoncelle (source: The Strad).

Ce qui m'a touché surtout est ce qu'a déclaré l'empereur Naruhito au sujet de son instrument:

"Je commence à comprendre le rôle de l'alto, qui ne figure pas au premier plan, mais sans qui l'harmonie est vide et incomplète. C'est une joie d'avoir choisi l'alto comme un ami grâce auquel je peux rencontrer des gens pour jouer de la musique ensemble".

(source: The Slipped Disc, traduction par mes soins)

Ces paroles sont touchantes car elles définissent fort bien le rôle de l'alto dans une instrumentation traditionnelle. (Notons que la musique contemporaine peut en faire un instrument beaucoup plus soliste, sans que cela remette réellement en cause ce que dit l'empereur). Elles le sont surtout car elles sont empreintes de cette modestie toute japonaise: en choisissant cet instrument, Naruhito explique aussi d'une matière métaphorique la vision qu'il a de son rôle: contribuer modestement et humblement à une société harmonieuse, qu'on soit balayeur ou empereur. Tout cela est très confucéen sans doute, et l'on se prend parfois à rêver que les familles royales européennes (ou nos dirigeants élus) adoptent la même attitude: une exquise politesse qui n'a rien de superficiel, élevée au rang d'un art de vivre qui conjugue le courage imperturbable face aux malheurs de la vie, le dévouement, la responsabilité et l'altruisme.

Moi qui n'ai pas la même modestie, et qui adore me faire valoir dans les pince-fesses et autres cocktails mondains en déclarant sans ambages mais non sans malice: "Oui, je joue de l'alto. C'est un point commun entre Mozart, Schubert et moi", je pourrai maintenant ajouter: "Oui je joue de l'alto, comme l'empereur Naruhito. Comment, vous ne connaissez pas le nouvel empereur du japon ? Un homme charmant, vraiment. Tout à fait chaaaarmant, très chère".

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