lundi 22 mars 2010

Humblement...

Quel compositeur célèbre a déclaré:

La musique doit humblement chercher à faire plaisir, l'extrême complication est le contraire de l'art ?

Voici en guise d'indice, une autre citation du même musicien:

La musique est un art libre, jaillissant, un art de plein air,
un art à la mesure des éléments, du vent, du ciel, de la mer !

Comme troisième et dernier indice, on peut suggérer que ce grand musicien ne s'appliquait pas forcément à lui-même ses excellents conseils: sa musique est à la fois très simple à l'oreille et très raffinée et sophistiquée dans l'écriture et l'orchestration. Et malgré tout ce qu'il a écrit sur les couchers de soleil qui valaient cent fois mieux qu'on concert, il a assidûment fréquenté les salles parisiennes et connaissait fort bien la musique de son temps. Mais j'en ai déjà trop dit, ou pas assez...

lundi 16 novembre 2009

Mais quand c’est de la musique, la pollution s’honore…

Me voici condamné à la schizophrénie. En effet, bien que membre du groupe Facebook Faites l'amour, pas des gammes, je ne peux que soutenir l'initiative de Vanina Paoli, Présidente de la Chambre Syndicale des Métiers de la Musique, qui dans une lettre ouverte au gouvernement publiée sur le site concertclassic, réclame un décret autorisant la pratique de la musique durant certaines plages horaires, afin de limiter les conflits de voisinages et l'envoi d'huissier pour mesurer les décibels, pratique qui semble devenir de plus en plus courante (et il ne faut pas s'en étonner, car la France vieillit et continue à s'urbaniser).

A propos de la visite d'huissier, je me souviens d'une contrebassiste qui avait reçu la visite d'un huissier mandaté par ses adorables voisins. Lequel huissier, ayant mesuré que la contrebasse ne produisait que 43 décibels, ne pouvait faire l'objet d'une interdiction (pour mémoire, n'importe quelle télé ou conversation à voix haute atteint facilement les 50 décibels, et l'on peut mesurer 25 voire 30 décibels dans ce qu'on considère en ville comme une pièce silencieuse et calme). Laquelle, munie d'une copie de ce fameux constat, a pu continuer à pratiquer son instrument en toute légalité...

Bien sûr, avec cette mode (qui ne date pas d'hier) des instruments de plus en plus puissants, les problèmes de voisinage ne peuvent qu'aller eux aussi en s'amplifiant. Spécialement avec le piano, qui a  la désagréable propriété de se propager à travers les murs d'un immeuble, ce qui à partir de la cinquantième répétition du début de la Lettre à Élise avec toujours la même faute à la troisième mesure, ne manque pas de donner des envies de meurtre aux voisins. La musique n'adoucit pas toujours les moeurs...

C'est un paradoxe d'ailleurs que la musique qui est omni-présente dans notre quotidien, en bruit de fond dans les magasins, parkings, cafés, à la télé, dans les téléphones portables, soit rejetée si violemment lorsqu'elle est pratiquée par un voisin. C'est un peu comme l'acharnement contre les fumeurs, absurde si l'on considère que les pollutions dues à l'automobile entre autres nous condamnent quasiment tous à un cancer du poumon avant 60 ans. C'est en fait le silence qui est devenu rare, de même que l'air pur...

PS je m'excuse pour le mauvais calembour du titre, qui n'est pas de moi.

lundi 9 novembre 2009

Il nous faut d'autres Rostropovitch

J'avais quatorze ans lorsque le monde stupéfait apprit la chute aussi soudaine que pacifique du mur de Berlin. Les barbelés, les miradors, le béton, symboles de l'oppression et de la guerre froide, sont tombés aussi facilement qu'un château de cartes, ou que les dominos en polystyrène érigés pour commémorer le vingtième anniversaire. La réunification de l'Allemagne entraîna celle de toute l'Europe, créant ce fantastique espace de paix, de liberté et d'échanges (agrémenté d'un poil de technocratie bruxelloise) qui nous paraît maintenant familier, car c'est notre demeure à tous.

L'année précédente, en 1988, à l'occasion du voyage d'un orchestre de jeunes en Pologne, j'avais pu toucher du doigt la réalité quotidienne d'un pays communiste d'Europe de l'Est. Au milieu d'un groupe d'immeubles noirs de crasse et de pollution, deux étaient tout blancs: on m'apprit qu'ils avaient été repeints car ils étaient dans le champ de la caméra lors du voyage du pape. Si j'avais apprécié la misère, l'oppression et la bureaucratie, j'avais aussi senti un enthousiasme, un élan, une solidarité, quelque chose qui couvait sous la cendre et ne demandait qu'à se réveiller. N'ayez pas peur ! les paroles prononcées par Jean-Paul II un an plus tôt lors de son voyage en Pologne étaient dans les coeurs et les esprits.

Parmi les images marquantes que je ne suis pas le seul à retenir de ces jours-là, celle du violoncelliste Msistlav Rostropovitch jouant Bach devant un pan de mur de Berlin à moitié détruit. Rostropovitch qui avait quitté le conservatoire de Moscou a 21 ans pour protester contre les attaques envers un de ses professeurs, un certain Dimitri Chostakovitch. Rostropovitch qui a caché et hébergé Soljénitsyne, Rostropovitch exilé puis déchu de la nationalité et de ces droits civiques dans les années 1970. Nul n'était mieux placé que Rostropovitch l'apatride pour éprouver et transmettre la joie de ce jour-là dans sa dimension universelle.

Il nous faut maintenant d'autres Rostropovitch. Car il reste bien des murs à abattre, partout dans le monde. Chypre, Israël, Corée... qui sait, peut-être Daniel Barenboïm sera encore suffisamment jeune et alerte dans quelques années pour diriger le Western Divan Orchestra lors de l'inauguration d'une zone de libre-échange et de coopération économique réunissant le Liban, Israël, la Syrie, la Jordanie et la Palestine enfin devenue un état ? Il est permis de rêver, car certains rêves se réalisent plus tôt et plus vite que tout ce qu'on aurait pu croire. C'est la leçon nous laisse que la chute du mur de Berlin. Puisse cette ode à la joie résonner longtemps dans nos mémoires et dans celles de nos enfants.

lundi 12 octobre 2009

Sans les mains !

Apparemment, pas besoin de doigts pour jouer du piano. On peut très bien le faire avec les pieds, comme l'ont montré quelques suédois bien fêlés après une telle décontraction:

Rendons à César ce qui est à césar et à Bach sa toccata en ré mineur (qui n'est pas de Bach, comme chacun sait), nos amis suédois n'ont pas été les premiers à avoir l'idée du piano à pédales et sans clavier:

Mais dans le genre musique qu'on fait avec les pieds, l'air de la 40e symphonie de Mozart par Michel Lauzière au bouteillophone à roulettes (un instrument de son invention) est tout de même mon préféré:

lundi 28 septembre 2009

C'est au nom de Mozart qu'on assasine

Difficile d'échapper au matraquage publicitaire, et donc d'ignorer l'arrivée de l'énorme super-production Mozart l'Opéra rock. Plutôt que d'observer la bête elle-même, observons les remous que son arrivée provoque dans la blogosphère. Avant même sa sortie, le spectacle suscitait des billets doux au titre évocateur comme l'opéra d'égoût ou encore la plus grosse arnaque de l'année ! Pas besoin de lire ce type de billets pour savoir ce qu'on y trouve: le déclin de la culture, et gna gna gna, et la marchandisation, et gna gna gna. (Pour faire amende honorable, notons que le journal de Papageno avait joint sa voix aux grognons à propos de la chanson tatoue-moi sur tes seins. C'est toujours un peu bête de grogner sur son blog. Il vaut mieux consacrer son énergie à défendre ce qu'on aime. fermons la parenthèse)

Côté rockers, on apprécie diversement: chez MusicalAvenue on craint que ça ne soit qu'un Opéra-rock-à-minettes. Chez Ondes de Rock on regrette: il est bien de démocratiser la musique classique, mais certainement pas en faisant du racolage et en se servant d'un nom pour vendre un produit artistiquement médiocre. Non, vraiment ?

Bien sûr c'est chez les critiques professionnels qu'on trouve la cruauté la plus exquise, chez Jacques Drillon pour le Nouvel Obs qui annonce carrément la deuxième mort de Mozart (le pauvre !) Si d'ailleurs vous tenez à rejoindre le fan-club des grognons anti-opéra-rock et à jeter votre pierre pour contribuer au lapidage médiatique, il y a même un groupe facebook.

Le plus drôle à la réflexion étant l'article dans le Parisien, d'abord pour son style inimitable et typique de ce journal, bourré de pléonasmes et tellement au premier degré: "les tableaux s’enchaînent (...) en finesse, sans dorures dégoulinantes, sans bling-bling outrancier". On y apprend plein de choses sur les coulisses du spectacle, comme le fait que le rôle-titre "a pris des cours avec un coach pour perfectionner son français". Par contre l'article a dû être écrit par un sourd car il n'y est pas question de musique.

Que penserait le divin Mozart de tout ça si un miracle le téléportait à notre époque ? Deux visions de sa musique s'opposent: d'un côté les gardiens du temple qui la servent fidèlement (d'où les recherches sur les instruments d'époques, le Ur-text, etc) mais parfois avec un dogmatisme un peu étroit; de l'autre des artistes qui arrangent, bricolent, composent, vivent avec leur époque et n'ont aucun complexe. Le Mozart d'Olivier Dahan est davantage inspiré par le film de Milos Forman que par la vie du vrai Mozart ? Certes, et alors ? On n'a le droit de ne pas aimer un spectacle pour mille et une raisons; à vrai dire on n'a même pas besoin de raison pour aimer ou pas; mais de là à crier à l'assassin ! Dieu merci la musique, même lorsqu'elle est très mauvaise, ne tue personne.

Pendant ce temps-là, le théâtre du Châtelet a la très bonne idée de nous proposer deux lectures complémentaires de La Flûte Enchantée; la version originale, produite par l'opéra de Montpellier; et une re-lecture contemporaine qui vient d'Afrique du Sud. De quoi s'ouvrir à la création sans oublier ses racines classiques. Si vous n'avez pas encore eu le bonheur d'assister à un opéra de Mozart, ou si vous préférez Wolfgang pur beurre et sans OGM, allez voir la première version; si vous avez déjà vu 10 fois la Flûte à Salzburg, Aix, Zürich et New-York, si vous commencez à vous lasser des concertos où le pianiste joue (trop) sagement une cadence apprise par coeur, faute de savoir ou d'oser improviser, la deuxième version pourrait vous tenter...

La musique de Mozart sera vivante tant qu'elle continuera à inspirer des compositeurs, metteurs en scène, chanteurs et instrumentistes audacieux et inventifs. Le jour où sa muséification sera achevée, on l'on ne pourra plus jouer que le ur-text sur instruments d'époque certifiés conformes, ce jour-là elle sera bel et bien morte.

lundi 21 septembre 2009

Désirs d'avenir... le remix techno

Bon, d'accord, j'arrive après la bataille, le site en question, mis en ligne le 15 septembre dernier, a déjà été abandonné (et remplacé par l'ancien qui a repris du service). Il n'empêche qu'il faut remercier l'équipe de Désirs d'Avenir, et en premier lieu le petit copain officiel de Mme Royal (si l'on en croit l'Express) pour nous avoir offert une bonne tranche de rigolade. Parmi les parodies ayant circulé, certaines sont moyennement drôles (comme celle-ci), d'autres méritent un bon gros point Godwin comme celle-là, la plus drôle et la plus aboutie artistiquement que j'ai vu est certainement celle-ci:

C'est un remix techno basé sur l'excellent clip Technologic de Daft Punk. Lequel Technologic est une parfaite illustration des réflexions d'Azbinbrozer sur l'irruption de la machine dans la musique dont nous avons abondamment discuté dans ce journal...


lundi 14 septembre 2009

Le jeu des programmes

Les salles comme les orchestres envoient leurs programme 2009-2010, un dépliant ou un petit livret par la poste pour les plus ringards, une newsletter en PDF pour les plus branchés. Il y a un petit jeu auquel on peut se livrer à chaque fois: faire des paris sur le nombre de compositeurs vivants, rapporté au nombre de compositeurs qui figurent sur le programme. C'est un jeu qui se joue seul ou à plusieurs (celui qui avait la meilleure estimation gagne). Dans les bons cas on arrive à 15%, comme à la Salle Pleyel (18 sur 117, parmi lesquels on trouve même des petits jeunes qui ont tout juste quarante ans, et ô merveille, deux compositrices). Mais le plus souvent on plafonne à un pour dix, comme dans le programme de l'Orchestre  National d'Île de France qui compte trois musiciens vivants (Graciane Finzi, Vladimir Cosma, Lucian-Cristofor Tugui) pour trente-et-un compositeurs au total.

Vous me direz que je ne regarde pas les bons programmes: certainement dans les salles qui proposent du jazz, de la variété, du rock, la proportion de musique vivante est beaucoup plus importante que dans celles qui sont dédiées au classique. Et l'inter-contemporain va encore aligner un nombre incroyable de créations, avec une qualité de jeu irréprochable pour rester fidèle à sa réputation. Tandis que du côté de Versailles, il ne faut rien attendre de passionnant question nouveautés, sauf bien sûr si on appelle création la première audition contemporaine d'un manuscrit poussiéreux et tombé dans un juste oubli depuis trois siècles.

Au total, 10 ou 15% c'est tout de même mieux que zéro. Ainsi donc, la prochaine fois qu'on sort le classique c'est de la musique écrite par des morts, vous pourrez répondre, preuves en  main: mais si, je vous jure, il y en a quelques-uns qui bougent encore !

vendredi 4 septembre 2009

Ce petit air qui me trotte dans la tête... les virus auditifs

C'est un phénomène que nous avons tous connu: un fragment de musique sorti d'on ne sait d'où dans notre mémoire, et qui se répète en boucle comme un disque rayé. Une fois qu'on l'a dans le crâne, impossible de le faire partir ! Qu'on travaille, qu'on fasse la vaisselle, qu'on écoute de la musique même, il revient sans cesse, pour nous torturer parfois jusqu'à l'obsession, et nous priver de sommeil !

Et c'est encore plus contagieux que le virus de la grippe H1N1 ! Il suffit de fredonner l'air à une tierce personne pour qu'elle soit également contaminée par ce que les anglais et les américains appellent music worm ou encore ear worm. Mark Twain en a fait le sujet d'une nouvelle d'une irrésistible drôlerie, Punch, Brothers, Punch ! qu'on peut lire en ligne sur des sites comme readbookonline. Dans la nouvelle de Mark Twain il ne s'agit pas d'une chanson ou d'un air musical mais d'une sorte de refrain ou de comptine qui n'est pas sans évoquer Le poinçonneur des lilas créée par Serge Gainsbourg en 1958 (des p'tits trous, des p'tits trous, encore des p'tits trous...).

Encore plus amusant, la mélodie écrite par Gary Bachlund en 2008 sur le refrain de Mark Twain. Elle a comme caractéristique de n'utiliser que les 7 notes de la gamme de do (autrement dit, les touches blanches du piano), tant pour la ligne vocale que pour l'accompagnement, ce qui n'empêche pas quelques dissonances pour pimenter le tout.

Lorsqu'on l'a attrapé, comment se débarrasser d'un virus auditif (des p'tits trous, des p'tits trous... ) ? Les meilleurs spécialistes se sont penchés sur la question, sans grand succès (et des p'tits trous et des p'tits trous....) . Les médicaments psychotropes ou dans les cas extrêmes la chirurgie donnent des résultats contrastés (encore des p'tits trous...). Ils peuvent aussi bien aggraver les symptômes que les faire disparaître. Au passage,  certains neurologues comme Oliver Sacks ont noté que les hallucinations auditives sont plus fréquentes (des p'tits trous... ) que les hallucinations visuelles. Sans doute à cause de la nature de la mémoire auditive, qui est bien plus fidèle et précise que la mémoire visuelle. L'oeil pouvant enregistrer beaucoup plus d'information que ce que notre cerveau peut traiter, nous simplifions et analysons nos perceptions visuelles avant de les mémoriser (encore des p'tits trous...), ce qui fait que la mémoire visuelle est éminemment personnelle et subjective. La mémoire auditive l'est également, mais elle l'est beaucoup moins: de nombreux tests l'ont montré, après une seule écoute, la plupart des gens peuvent restituer une mélodie avec le bon rythme, les bons intervalles, et ce avec une précision vraiment étonnante (et des p'tits trous et des p'tits trous....).

La médecine étant impuissante dans ce domaine,on doit se contenter des recettes de grand-mère. Parmi celles qu'on recommande généralement (des p'tits trous, des p'tits trous... ):

  • soigner le mal par le mal: si l'on a identifié la chanson ou le morceau dont est tiré le virus auditif, écouter la vraie chanson en entier peut aider à s'en débarrasser;
  • plus efficace encore, chanter ou jouer sur un instrument le morceau qui nous trotte dans la tête; là encore il faut le donner en entier, et le pas se contenter du fragment qui revient en boucle dans le cortex auditif (et des p'tits trous et des p'tits trous....)
  • jouer, chanter, écouter plusieurs fois un autre morceau qui n'a rien à voir. Les résultats sont difficiles à prévoir: soit le virus revient comme avant (des trous d'première classe, ), soit il disparaît, soit il est remplacé par le nouveau morceau
Certains n'ont pas hésité à recourir à des méthodes encore plus radicales, à tel point qu'on ne saurait vraiment recommander de les imiter :
  • la méthode Van Gogh qui consiste à se couper le lobe de l'oreille (ce qui n'a malheureusment aucun effet sur les virus auditifs)
  • la méthode Beethoven qui demande un certain travail tout de même: écrire trente-deux ou trente-trois variations, façon Diabelli ou WoO 80.
  • la méthode Wagner: on fait construire un théâtre où l'on bombarde les victimes de leitmotives durant quatre heures, de manière à garantir une contamination efficace. (même la grippe espagnole de 1918 n'a pas fait autant de victimes que le wagnérisme)
  • la méthode Werther, résultat garanti mais dommages collatéraux irréversibles: une balle dans la tête.
Sur ces bonnes paroles (et des p'tits trous et des p'tits trous et des p'tits trous....) il ne me reste qu'à me passer la tête sous l'eau bien froide pour tenter d'oublier... Au fait, personne n'aurait vu ma poinçonneuse ?


vendredi 14 août 2009

Trois jours de paix et de musique

Le festival de Woodstock (qui n'a pas eu lieu à Woodstock mais à soixante kilomètres comme chacun le sait) eu lieu avant ma naissance. Comme pour Mai 1968, la guerre d'Algérie, ou les premiers pas de l'homme sur la Lune, je ne le connais que par ouÏ-dire, par les photos, vidéos et témoignages. Ceux-ci brossent un tableau plutôt contrasté des évènements eux-même: une foule paisible d'un demi-million de personnes, des concerts rock de qualité inégale (où l'on remarquait déjà quelques futurs stars comme le guitariste Santana), une organisation amateuriste et totalement débordée, beaucoup de pluie, mais aussi des drogues douces pas chères et des filles pas trop bégueules.

Jouer de la guitare, fumer de l'herbe et se baigner nus en groupe, filles et garçons est certainement une façon sympathique et conviviale d'occuper son temps libre, mais en quoi est-ce une révolution ? Pourquoi l'esprit de Woodstock a-t-il marqué toute une génération ? Où était le projet politique là-dedans ?

Peut-être n'y avait-t-il pas de projet politique, et c'est bien là toute la nouveauté. Les enfants du baby-boom, mes parents, disant à leurs aînés: Pas question de se faire tuer au Viet-Nâm ou en Algérie pour défendre les puissances coloniales ou le capitalisme. Nous préférons jouer de la flûte autour d'un feu de camp, porter les cheveux longs, fumer de la marie-jeanne et faire l'amour toute la journée .

L'insouciance, la confiance en l'avenir, la tranquillité de cette génération qu'on perçoit aisément dans les films et les romans de cette époque, et pas seulement chez les hippies, sont sidérantes si on les compare  à l'humeur tristounette voire franchement sinistre des étudiants aujourd'hui. Il faut dire que l'insertion des jeunes sur le marché du travail est entre-temps devenu un véritable parcours du combattant... La contestation de la société n'a pas disparu, mais elle a pris une forme plus violente, marginale ou souterraine. Je me souviens d'un article de journal sur les manifestants qui brûlent des voitures et cassent des vitrines en marge des réunions du G8 ou G20: comme leurs aînés, ils réagissent contre le pouvoir, l'argent mais la plupart peinent à l'expliquer avec des mots ou à formuler ne serait-ce qu'un embryon de projet de société alternative.

Côté musique, Woodstock marque le début du règne des majors. Grâce aux médias de masse (presse, radio, télévision, disque) et aux progrès techniques dans la reproduction du son (33 tours, cassettes, CD laser) qui devient omniprésente, on peut fabriquer des stars de dimension mondiale. Pour un musicien, signer avec un label réputé devient le ticket d'entrée dans la cour des grands. La musique s'est développée jusqu'à devenir une véritable industrie, une industrie menacée aujourd'hui de connaître le même sort que les haut-fourneaux en Lorraine ou les sabotiers auvergnats. La roue tourne...

Pour la musique classique et l'opéra, la fin des années 1960 représente à coup sûr un point bas. Un ami qui avait 20 ans en 1968 m'a confié qu'il suffisait de se présenter le jour même du spectacle pour trouver des places à l'Opéra de Paris, et pas cher encore. Quant aux compositeurs comme Stockhausen, dont les Stimmung (voix) pour six chanteurs ont été qualifiées en 1968 de feu de camp hippie, ils ont tout tenté, dès le début des années 1950, non seulement pour chercher un des expériences sonores inédites mais aussi pour casser le rituel bourgeois du concert. Lequel rituel a les reins solides, car on écoute aujourd'hui les oeuvres provocatrices et radicales de années 1950 ou 1970 confortablement assis dans les fauteuils de l'auditorium de la Cité de la Musique, jouées par des virtuoses impeccables mais beaucoup trop sérieux pour faire éclater la folie et l'humour de ce répertoire extravaguant. Là encore on ne peut qu'être étonné par la façon audacieuse et enthousiaste avec laquelle les baby-boomers compositeurs se projetaient dans l'inconnu. Surtout si on la compare aux tendances actuelles, où les préfixes comme "néo" ou "rétro" abondent, où les sentiments exprimés sont plus élégiaques que psychédéliques. Karol Beffa, qui a mon âge à peu de choses près, et par ailleurs un excellent musicien que j'admire beaucoup, est le parfait représentant de cette nouvelle génération. C'est très beau, ça n'est pas toujours très gai, mais d'un autre côté il n'y a bientôt plus de pétrole, on a bousillé le climat, le burkini va remplacer le bikini et on n'a même plus le droit de copier la musique, ni même d'écrire des gros mots sur son prof dans un blog... franchement, les occasions de rigoler se font rares !


mardi 11 août 2009

Les musiciens du Titanic

Le naufrage le plus célèbre de l'histoire, celui du RMS Titanic en 1912, le plus beau, le plus grand et le plus sûr de tous les paquebots jamais construits jusqu'alors, a toujours passionné les foules, comme en témoignent les innombrables livres et films, fictions ou récits qui lui sont consacrés. Wikipedia nous apprend même qu'un certain Goebbels aurait tenté en 1943 un film sur le Titanic à des fins de propagande, film autocensuré en 1945 pour ne pas démoraliser davantage les populations victimes des bombardements alliés...

Parmi les anecdotes tirées des récits des survivants que les cinéastes ont utilisées, la plus frappante est peut-être celle de l'orchestre et de ses huit musiciens dirigés par Wallace Hartley qui ont continuer à jour jusqu'au naufrage où ils ont tous péri sans exception. Le contraste saisissant entre l'apparente futilité de cette occupation (jouer de la musique) et la perspective d'une mort imminente et certaine a été utilisé par James Cameron et par ses prédécesseurs comme une puissante illustration du drame.

Après un moment de recueillement devant le Mémorial de Southampton consacré à ces héroïques musiciens (photo ci-dessus), il est permis à un musicien du XXIè siècle de se poser la question: sommes-nous en train de jouer sur le pont du Titanic ? N'est-il pas futile et même scandaleux de consacrer son temps à perfectionner son vibrato alors que la maison brûle, le bateau coule, des vies sont en danger ?

La question se pose au niveau individuel (après tout c'est la mort qui attend chacun d'entre nous au bout du chemin) mais aussi au niveau collectif. Si comme le prédisent certains Cassandre les déséquilibres que nous introduisons dans les fragiles écosystèmes dont nous dépendons menacent la survie même de notre espèce, n'y a-t-il pas plus urgent et plus imporrtant à faire que de jouer du violon ?

Pour y répondre, il faut se mettre dans la peau de Wallace Hartley et de ses amis en cette nuit du 14 avril 1912. Impliqués dans des événements qui les dépassent et dont ils ne peuvent changer l'issue fatale, quelles sont les options dont ils disposent ? Courrir partout en poussant des cris, se brûler la cervelle, dire des Pater et des Ave Maria, écrire des lettres que personne ne recevra ? Autant continuer la musique ensemble et à embellir le peu d'instant qui restent à vivre et à partager.

Ainsi la leçon que les musiciens du Titanic nous ont apprise est celle-ci: on ne maîtrise que rarement son destin, mais on peut tout de même parfois choisir ce qu'on fait du temps qui nous est imparti. Et ce temps qui nous est donné, pourquoi ne pas le consacrer au plus noble de tous les arts, celui qui permet de maîtriser le temps, de le dilater ou de le racourcir, et même de le projeter jusqu'à l'infini ? Et ce corps qui nous est donné pour quelques instants seulement, pourrait-on en faire meilleur usage qu'en transcendant ses limites par l'art ?

Notre monde ressemble au naufrage du Titanic: il y a ceux qui barbotent, ceux qui crient, ceux qui se battent, ceux qui se noient, ceux qui sont à l'abri et au chaud dans les canots, ceux qui jouent du violon sur le pont. Tout cela au même instant. A l'échelle de l'Univers, le naufrage du Titanic, la disparition de l'homo sapiens sapiens, le pet d'une mouche, quelle différence ?

vendredi 10 juillet 2009

De l'art de la prononciation à celui de la géopolitique

Notre ministre des affaires étrangères a bien du mal en ce moment... le voilà qui confond Ouïghours et Yogourts ! Indépendamment de ce lapsus, il faut reconnaître qu'il est bien embarrassé, pris en tenaille entre ses convictions qui tendraient à soutenir les Ouïghours au même titre que les Tibétains et la nécessité de ne pas trop fâcher la Chine, qui est très susceptible et ne supporte guère les commentaires sur ce qu'elle considère comme une affaire de politique intérieure.

Pour ses vacances prochaines, je suggère aux lecteurs du Journal de Papageno de se cotiser pour lui offrir un séjour en Yourte & Breakfeast, ce qui lui donnera tout le loisir de se reposer et de pratiquer de saines lectures, comme La Géopolitique pour les Nuls ou encore L'art du théâtre: La voix, le geste, la prononciation de Sarah Bernhardt.

Tout cela serait franchement hilarant si les victimes ne se comptaient pas par centaines. Pour le reste, on lit tout et son contraire dans la presse: selon les uns, ce sont des provocateurs au service de Pékin qui ont déclenché les affrontements; pour les autres, des terroristes islamistes, pour d'autres encore, la CIA... entre la propagande de la diaspora ouïghoure et celle du gouvernement chinois, et faute d'une vigoureuse intervention de BHL pour distribuer les rôles et nous dire qui sont les gentils et les méchants dans cette histoire, on reste dans le brouillard le plus complet...

vendredi 12 juin 2009

Boileau, auteur de plagiat par anticipation

Voilà une chose sans doute que j'aurais du faire plus tôt: une petite recherche sur Internet pour Sombres Pensées, le titre que j'avais donné à une pièce pour violoncelle seul écrite cette année. Il y a même un group de heavy metal qui s'appelle Sombre pensée (au singulier). Une belle photo sur flickr, plusieurs poèmes,  quelques blogs et un grand nombre d'articles portent ce titre, mais le plus significatif est de loin ce poème de Boileau qui constitue un exemple flagrant de ce que les oulipiens appellent un plagiat par anticipation. Je vous laisse admirer la perfection toute classique de ce poème qui contient le vers peut-être le plus célèbre de Boileau (ce qui se conçoit bien...):


Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d'un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
En vain, vous me frappez d'un son mélodieux,
Si le terme est impropre ou le tour vicieux :
Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme,
Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.
Sans la langue, en un mot, l'auteur le plus divin
Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.
Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point d'une folle vitesse
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop d'esprit que peu de jugement.
J'aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène,
Dans un pré plein de fleurs lentement se promène,
Qu'un torrent débordé qui, d'un cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.


(Boileau, Art poétique, Il est de certain esprits)

En guise de représailles, je pourrais toujours chiper les trois permiers vers pour les placer en exergue de la partition. Non mais !

lundi 1 juin 2009

Dégât des eaux

Toute une pile de mes disques préférés ont été victimes d'un terrible accident domestique et trempés jusqu'à l'os. Il a fallu les ouvrir un par un pour faire séchér les jaquettes avec des pinces à linge... pour désagréable et comique qu'il soit, cet incident prouve néanmoins la supériorité du disque sur la musique dématérialisée, car il est probable qu'un disque dur d'ordinateur aspergé par la même quantité d'eau serait totalement mort. Hilary, Karol, Ludwig, Hélène, Brice et les autres, pardon pou la douche forcée !

samedi 30 mai 2009

Comme vous le voyez...

On travaille dur pour le concert KABrass du 13 juin prochain.

Surtout le compositeur !


(merci à Catherine pour les photos)

vendredi 1 mai 2009

Record battu

Envoyé ce matin pas des amis, deux vidéos dont la rencontre fortuite a quelque chose de frappant. D'abord un gymnaste russe qui fait un double salto avant qu'on ait pu dire ouf, et qui pourrait donner des cours à n'importe quel danseur de hip hop:

Puis une autre performance, tout aussi athlétique, le vol du bourdon de Rimsky-Korsakoff, arrangé par Cziffra, joué par Hyun-Jung Lim:

Si ça continue à ce train-là, faudra-t-il imposer des contrôles antidopages aux pianistes ? poser des radars automatiques sur qui flasheront les musiciens au-delà de 130 à la noire ? Faire passer des contrôles techniques aux Steinway comme on le fait pour les Formule 1 ? Organiser un concours Lucky Luke du violoniste qui dégaine le plus vite ? Ou bien remplacer les auditeurs par un chronomètre ? Ne riez pas il y a des gens qui l'ont fait pour la télé anglaise:

Ils sont fous, ces anglais.

samedi 25 avril 2009

Plus vrai que nature

samedi 28 mars 2009

Terminator violoniste

Terminator violoniste, c'est le nom de l'article consacré par Jacques Borsarello sur le site Alto en ligne à ce robot mis au point par Toyota et qui joue du violon:

Coiffé de sa casquette rouge "SUD Altos - défendez votre droit à la fausse note", l'altiste voit dans ce robot musicien une menace pour la profession. Les fidèles lecteurs du journal de Papageno se souviendront qu'on a déjà parlé de ces robots musiciens. La profession de musicien est-elle vraiment menacée par les machines ? Tout ça n'est guère crédible. Ces robots ne sont pas différents d'une chaîne hi-fi, dans le sens où ils ne peuvent que reproduire une musique pré-enregistrée. Est-ce que le 33 tours ou le CD audio ont tué la profession de musicien ? Bien au contraire, en diffusant la musique auprès du plus grand nombre, ils contribuent à développer la culture et le goût pour la belle musique et à remplir les salles de concert. Le plaisir du concert est celui d'une rencontre et d'un échange entre les artistes et le public. Qui aurait envie de payer une place pour regarder un robot jouer de la guitare ? Ou encore pour admirer un ballet de robot-danseurs ?

La comparaison homme-machine dans le domaine de la musique classique peut inspirer d'autres réflexions, pas des plus confortables d'ailleurs. Les conservatoires fabriquent en série des musiciens dont le talent se limite à exécuter les œuvres du répertoire, et qui sont le plus souvent incapables d'improviser ou de composer. Bon nombre d'entre eux manifestent une indifférence marquée, voire une hostilité franche au répertoire contemporain et aux compositeurs vivants. L'omniprésence du disque qui place les musiciens sous le parrainage écrasant de leurs aînés glorieux, les Rostropovitch, Oistrakh et autres Horowitz, les incite à minimiser les risques et à chercher avant tout à reproduire la partition et les traditions interprétatives qui vont avec, quelques erronées qu'elles puissent être, le plus exactement et le plus fidèlement possible. Quant au public, il est prié de se tasser sans bouger dans ses fauteuils et d'observer un silence digne d'un studio d'enregistrement jusqu'au moment de la délivrance ou est de bon ton d'applaudir comme des robots. Toute forme d'interaction avec les musiciens (comme on le voit pourtant fréquemment dans les concerts de Jazz ou de pop/rock) est à proscrire. En définitive, qui sont les véritables automates ?

Par ailleurs on peut et on doit saluer la prouesse des ingénieurs qui ont mis au point une telle machine. Voilà au moins un travail créatif et innovant. Bravo les artistes !

mardi 24 mars 2009

L'outilleur vétilleux

Mon correcteur orthographique me propose deux remplacements pour le nom de Dutilleux: Outilleur ou bien Vétilleux. L'outilleur vétilleux ça ne sonne pas si mal finalement !

Zapping

lundi 2 mars 2009

Le bal des hypocrites

Entendu à la radio, deux ténors de la gauche caviar au meilleur de leur forme. D'abord c'est Pierre Bergé qui a entamé un solo sur le thème Moi, je suis prêt à offrir ces têtes en bronze au gouvernement chinois, tout de suite. Il leur suffit de déclarer qu'ils vont appliquer les droits de l'homme, rendre la liberté aux Tibétains et accepter le dalaï-lama sur leur territoire. Inutile de rappeler à M. Bergé qu'il a défilé avec des portraits de Mao Zedong et Ho Chi Minh en 68 comme tous ses camarades, alors que le Tibet était déjà occupé par la Chine. A son âge, la mémoire ne fonctionne plus très bien.

En parlant de droits de l'homme, on pourrait suggérer à M. Bergé de s'intéresser à l'application des droits de l'homme en France, en particulier dans les prisons, dont on débat actuellement au parlement.

Quoi qu'il en soit cette affaire est le prétexte idéal pour les autorités chinoises de relancer le boycott de produits français, le genre d'action qui ne coûte pas bien cher et permet de détourner habilement le mécontentement de la population, en évitant qu'il se dirige contre son propre gouvernement.

Fondu enchaîné sur Jack Lang, de retour tout bronzé de Cuba, qui parle surtout de lui-même, de ses convictions socialistes qui ne l'empêchent pas de "servir son pays", de ses liens anciens avec l'Amérique du Sud. Dans les trente dernières secondes il évoque nécessité de mettre fin à l'embargo. Curieusement, il ne parle pas du tout des droits de l'homme à Cuba, un pays qu'il connaît bien car il y a séjourné et il a accueilli Fidel Castro lors de sa visite à Paris en 1995. Décidément, nos fringants ex-soixante-huitards ont la mémoire sélective,

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