Très drôle, à lire sur le blog de Jessica Duchen (en anglais)
mardi 10 avril 2012
Brucknerphobia
Par Patrick Loiseleur le mardi 10 avril 2012, 13:31 - Général
mardi 10 avril 2012
Par Patrick Loiseleur le mardi 10 avril 2012, 13:31 - Général
Très drôle, à lire sur le blog de Jessica Duchen (en anglais)
dimanche 1 avril 2012
Par Patrick Loiseleur le dimanche 1 avril 2012, 21:25 - Humeur
C'est un scoop du journal de papageno, la nouvelle ne devant être annoncée que demain matin. Le président-candidat va annoncer très prochainement un décret portant dissolution à effet immédiat
de la Haute Autorité pour le Développement et l'Organisation du Piratage sur Internet, plus connue sous l'acronyme d'Hadopi. Cette entité administrative créée suite au rapport Olivennes avait pour but de lutter contre le téléchargement illégal en essayant de menacer des millions d'internautes de coupure de leur connexion en cas d'infractions multiples au droit d'auteur dûment constatées par des officines privées en dehors de tout contrôle juridique. Elle avait aussi pour but d'aider à développer l'offre légale
c'est à dire celle qui permet au majors de faire de l'argent sans pour autant rémunérer les artistes (faut pas déconner, non plus).
D'après nos informations, c'est en pensant récupérer une partie de l'électorat jeune que notre bouillonnant président n'a pas hésité à sacrifier ce qui fut son oeuvre et que comme le "bouclier fiscal" il imposa sans prendre en compte les critiques qui venaient parfois de son propre camp. Selon certaines sources c'est lorsque son fils Louis lui déclara "mais papa j'ai 12.000 MP3 sur mon ordi, tu crois que c'est avec l'argent de poche que tu me donne que j'aurais pu me les payer à 1 euro pièce ?". Le fils présidentiel lui aurait également montré copie d'un email de relance qui menaçait la coupure de l'accès internet de l'Elysée, ce qui n'aurait pas été sans conséquences diplomatiques et politiques dommageables pour le candidat sortant (mais pas encore sorti).
On le sait, notre président est tellement prompt à passer de la réflexion à la décision que parfois il décide avant même d'avoir réfléchi; aussi ne lui fallut-il pas longtemps avant de se résoudre à la dissolution de l'Hadopi. Décision qui selon une autre source bien informée causa quelques heures plus tard une vive altercation entre Carla Bruni qui prétendait que le piratage était responsable des mauvaises ventes de son dernier album, et Jean Sarkozy qui répondit "belle-maman, avec tout le respect que je vous doit, elles sont nazes vos chansons, vous n'avez aucune voix, même en téléchargement gratuit personne n'en voudrait". Lequel Jean se vit gratifié d'une tarte en complément de sa licence de droit récemment obtenue (note de l'auteur: à son âge j'avais déjà un doctorat, un boulot en CDI et deux enfants, mais ça n'est pas charitable de se moquer des fils à papa victimes d'hyperpilectomie palmaire). Dispute parfaitement vaine, le père de famille ayant déjà tranché dans le vif.
En dissolvant de manière inattendue et par décret l'Hadopi, le président-candidat espère bien sûr couper l'herbe sous le pied de son rival socialiste, dont la 45e des 60 propositions pour la France
(comprendre: pour une France bien à gauche mais pas trop en fait si quand même sans excès mais sans compromis c'est clair j'espère
) vise à réformer radicalement l'Hadopi. La rédaction initiale du programme proposait la suppression pure et simple (une idée défendue par Aurélie Filippetti et critiquée par d'autres membres de l'équipe du candidat), mais le candidat PS a ensuite mis de l'eau dans son vin et dilué sa résolution dans les bons sentiments au point de la rendre illisible, peut-être par peur de fâcher les artistes qui avaient soutenu la loi Hadopi.
En annonçant de plus que le budget 2012 non consommé de l'Hadopi sera alloué au fonds copie privée
destiné à soutenir le spectacle vivant, le président-candidat cherche également à séduire les artistes et montrer qu'il ne les oppose pas aux internautes. Notez qu'en pratique ce fonds sert essentiellement à subventionner des spectacles comme la nouvelle tournée d'adieu de Johnny, lesquels vous en conviendrez apportent une contribution essentielle au rayonnement artistique de la France dans le monde. Rayonnement qui dans le cas de Johnny s'étend au moins jusqu'à la Suisse qui héberge les revenus, sinon la personne du chanteur de rock francophone.
En dehors d'Eva Joly qui a réclamé que les amplis des guitares électriques ne soient pas alimentés avec de l'électricité d'origine nucléaire et que les émissions carbone du centre de musique baroque de versailles soient compensées en CO2, aucun des candidats n'a pour l'instant réagi à cette information.
lundi 26 mars 2012
Par Patrick Loiseleur le lundi 26 mars 2012, 19:09 - Général
Trois concerts le week-end dernier. Samedi après-midi c'était Cantus Formus au CRR de Paris dont je retiendrai surtout la belle performance de Violaine Despeyroux. Un altiste toute jeune qui vient de rentrer au CNSM de Paris et à qui il ne manque pas grand-chose manifestement pour devenir une artiste accomplie. Elle jouait une Sonate rhapsodique de Dimitri Tchesnokov, oeuvre de facture plutôt classique mais pas dépourvue de qualités expressives et très bien écrite pour l'instrument.
Le soir c'était piano et percussions, un concert annoncé dans ce journal et tout à fait conforme à mes attentes qui étaient élevées. J'ai particulièrement aimé la finesse d'instrumentation des Makrokosmos de Crumb, où il y a un continuité totale entre les effets bruitistes des pianos et la percussion. Par ailleurs les gestes pour jouer dans le cordes
du piano paraissent relativement simples à réaliser et sonnent très bien, ce qui indique que le compositeur a dû passer bien du temps pour les sélectionner et les affiner. J'ai noté aussi que les compositeurs américains n'ont pas le même rapport à la tradition que les Européens: à l'époque où l'on aimait la musique atonale pure et dure en Europe (les années 1970) Crumb ne voit aucun problème a utiliser des matériaux anciens comme la musique tonale ou modale (notamment la gamme pentatonique). Mais il le fait toujours de manière créative et inventive, un peu comme Berio ou Pousseur dans leurs oeuvres post-modernes. Ainsi quelques mesures de polyphonie à caractère tonal (est-ce une citation de Bach ou un pastiche, je ne saurais le dire) sont jouées avec une simple bande de papier sur les cordes qui donne un son un peu étouffé au piano, comme un vieil enregistrement; effet qui est complété par le vibraphone qui prolonge les harmonies du piano en les entourant d'un halo. Le tout sonne vraiment bien: c'est un peu une manière pour le compositeur américain de rendre hommage à une musique qui continue à nous émouvoir malgré la distance qui nous en sépare. La sonate pour deux pianos et percussions de Bartok était un vrai festival pour quatre percussionnistes, j'ai pu apprécier la précision hallucinante de Mary Olivon et Guillaume Mathias dans la synchronie des passages les plus rapides et les couleurs harmoniques toujours aussi vives de cette pièce qui date de 1937.
Dimanche, après avoir écouté, venait le tour de jouer un peu avec le Bach Cantus à Saint Pierre de Montouge. Ce concert s'articule autour d'une cantate de Bach. D'abord c'est une présentation rapide de l'oeuvre, qui rappelle les textes du bibliques qu'elle illustre et donc le type de sentiments qu'elle véhicule. Puis une improvisation à l'orgue suivie d'une exécution de la cantate. Le public, à qui on a distribué des feuillets avec la musique, est invité à chanter le choeur final en même temps que les choristes. Choeur final qu'il aura pu répéter dans le quart d'heure qui précède le concert. Le dure mois d'une heure dans un climat on ne peut plus joyeux et amical, malgré le thème assez dramatique de cette cantate BWV 48. Laquelle comporte une aria avec hautbois de tout beauté.
En travaillant puis en jouant cette cantate avec mes amis (je tiens à remercier particulièrement Nicolas de s'être opportunément cassé le bras afin de me permettre de le remplacer au pied levé), je repense au Clavier bien tempéré, aux Suites pour violoncelle et Partitas pour violon qui ont été et restent mon pain quotidien. La musique de Bach est comme le bon pain: toujours savoureuse et nourrissante pour l'esprit, jamais exotique ou d'un goût douteux, d'une simplicité dont on ne se lasse jamais. Quand je dis simplicité, naturellement, tout le monde sait à quel point Bach était fortiche en contrepoint. La simplicité est celle de chaque voix dans un choral, qui suit un parcours mélodique élégant et naturel tout en s'inscrivant dans une logique harmonique sans faille. Quiconque a travaillé un peu le contrepoint s'est fatalement retrouvé dans des impasses où la moins mauvaise solution était de torturer l'une des parties secondaires pour la faire rentrer au chausse-pied dans le parcours harmonique dessiné par les autres voix. De telles impasses sont absentes chez Bach qui paraît envisager en permanence le futur en même temps que le présent, et anticiper les conséquences du parcours de chaque voix sur l'équilibre de l'ensemble. Quel que soit le niveau qu'on a atteint, Jean-Sébastien Bach, le meilleur des pédagogue, nous prend par la main et nous invite à progresser encore, nous donne le désir de devenir meilleurs, non seulement techniquement mais aussi spirituellement. La musique de Bach est comme le goût du pain quotidien: on ne s'en lassera jamais.
mardi 20 mars 2012
Par Patrick Loiseleur le mardi 20 mars 2012, 23:26 - Musique en Ligne
Le disque de musique classique aurait-il une composition qui l'empêche de se dissoudre dans le èmmepétrois ? C'est la question que se pose Jean-Marc Proust dans Slate. Il y répond surtout par le profil sociologique du collectionneur de disques classiques, c'est à dire un homme de plus de 50 ans qui jouit d'un relatif confort matériel. Ce lieu commun apparemment étayé par des chiffres assez parlants.
Le disque classique est un marché de niche (10% des ventes toute de même) qui semble mieux résister à la crise que le reste. Pour autant, faut-il croire qu'il ne baissera jamais ? Deux éléments invitent au pessimismes. Les magasins "culturels" type Fnac ou Virgin ressemblent de plus en plus à des supermarchés, dont ils reprennent le modèle économique, et de moins en moins à des librairies. Le mélomane exigeant qui cherche un vaste catalogue et des vendeurs tout aussi passionnés que lui a tout intérêt à passer son chemin, et à trouver son bonheur plutôt sur Internet. Et tant qu'à acheter un disque sur Internet, pourquoi pas acheter la version numérique ? (ou télécharger une version pirate). Il faut noter également que la place de la grande musique à la télévision est ridiculement réduite: dès qu'un coup de pub est apporté à un artiste ou un compositeur par une brève apparition sur le petit écran, les ventes s'envolent, par rapport aux chiffres très modestes d'un disque classique moyen.

Après avoir lu cet article et d'autres, comme celui-ci en anglais sur la diète à suivre pour se guérir du trouble auditif compulsif causé par l'abus de musique digitale, j'en suis venu à me poser une autre question: plutôt que de regretter la dématérialisation
de la musique, c'est à dire le remplacement d'un support physique (CD audio) par un autre (mémoire flash ou disque dur), ne devrait-on pas s'étonner de la matérialisation de la musique par tous les moyens techniques disponibles depuis le dépôt de brevet du gramophone par Emile Deustch, il y a un siècle ?
Autrement dit, ce qui est surprenant, n'est-ce pas cette habitude quelque peu fétichiste que nous avons prise de vouloir capter l'art par excellence de l'ici et du maintenant, de capturer ce qui n'est que vibrations dans l'air, et de le mettre en boîte comme des haricots, pour une consommation ultérieure ?
La musique authentique et originale, celle qui existe depuis l'aube de l'humanité, est celle qu'on partage en groupe; celle qu'on vit en chantant et en dansant en harmonie avec le groupe, celle qui rythme les gestes quotidiens comme les grands moments de la vie. Séparer les hommes en deux catégories, les musiciens et les auditeurs (ces derniers étant priés de faire le moins de bruit possible) est une évolution récente de la musique occidentale (deux ou trois siècles au plus), qui ne concerne qu'une partie de la musique d'ailleurs. Dans les concerts de rock, jeunes et moins jeunes continuent de chanter et danser comme les hommes le font depuis la nuit des temps. Séparer les musiciens en compositeurs et interprètes est encore plus récent et induit des effets pervers évidents. De même, séparer musiciens et public qui ne sont plus connectés que très indirectement, à l'aide de machines sophistiquées, peut remettre en cause la notion même de musique.
Nous nous sommes habitués à ces portions individuelles de plaisir musical en boîte, consommables à toute heure et en tout lieu; à tel point que des expressions comme j'écoute de la musique
sont devenues en fait synonymes de j'écoute un disque (ou un mp3)
. A tel point que les musiciens cherchent avant tout à sortir
un disque, et que les concerts sont vus uniquement comme moyen de promotion du disque (avec la crise du disque, bien sûr, ce modèle est remis en question).
Avec la fin du disque, que perdrions-nous ? Un objet parfois agréable à regarder et à consulter, s'il est agrémenté d'une belle iconographie et d'un livret décent (tous les amateurs de 33 tours vous diront que le compact disc est très inférieur à son ancêtre à sillons noirs de ce point de vue). Un objet qu'on peut ranger dans une bibliothèque comme un livre, ou parfois chercher rageusement lorsqu'on l'a égaré, là encore comme un livre. Un objet qu'on peut posséder, c'est à dire aussi collectionner, offrir, convoiter, exhiber fièrement quand il est rare.
Mais la vraie question est que gagnerons-nous ? Une fois débarrassé de l'objet-disque, nous gagnerons justement ce vide. Une fois dépouillée de son support physique, la musique revient à l'essentiel, c'est à dire des vibrations dans l'air. Invisibles, impalpables et pourtant tellement présentes. Et la musique enregistrée revient à ce qu'elle est, c'est à dire un pauvre succédané de musique vivante. Une fois dématérialisée
, la musique qui peut-être n'aurait jamais dû être matérialisée de la sorte nous donnera à nouveau l'envie de sortir de chez nous pour aller davantage au concert. La musique c'est comme les haricots: c'est bon en boîte, c'est meilleur frais.
dimanche 18 mars 2012
Par Patrick Loiseleur le dimanche 18 mars 2012, 10:43 - Concerts
Un programme original autant que passionnant et des interprètes d'une magnifique sensibilité et d'une technique irréprochables, voici qui pourrait convaincre les lecteurs de ce blog de se déplacer jusqu'à la paisible bourgade de Savigny-le-Temple dans l'Essonne (à ne pas confondre avec sa voisine Savigny-sur-Orge), où se tiendra le 24 mars prochain à 20h30 un concert pour deux pianos et deux percussions proposé par Mary Olivon et Guillaume Mathias (pianos), Rose Devas et Guillaume Lantonnet (percussions).

Au programme, la Sonate pour deux pianos et percussions de Béla Bartok, le très passionnant et très émouvant Makrokosmos III de George Crumb et quelques douceurs d'Astor Piazzola. Tout ça se passe au conservatoire de Savigny le Temple le 24 mars prochain. Venez nombreux, comme on dit dans ces cas-là. Et en attendant, faites-vous plaisir en réécoutant cette Barcarolle de Rachmaninoff à 4 mains par les mêmes Mary Olivon et Guillaume Mathias sur ioutioube (très belle version live mais la prise de son est tout à fait détestable malheureusement).
vendredi 16 mars 2012
Par Patrick Loiseleur le vendredi 16 mars 2012, 10:45 - Humeur
Une petite anecdote tout à fait croustillante parce que véridique: en banlieue parisienne, une institution scolaire qui organise une sortie une fois par an pour emmener les enfants au concert. Le plus souvent avec les orchestres de Radio France (le Philharmonique ou le National) car ce sont eux qui proposent les tarifs les plus abordables pour les groupes scolaires. L'an dernier, l'organisatrice côté Radio France leur propose des concerts du Festival Présence. Après réflexion, les enseignants répondent "oui mais pour les enfants de plus de 12 ans uniquement".
Ainsi donc la musique vivante serait comme la violence dans les jeux vidéo ou la pornographie: il est urgent d'en protéger nos enfants. C'est dangereux un compositeur vivant, c'est imprévisible, parfois même dissonant. Ça ne sent pas la naphtaline, parfois même ça sent le soufre. Pourquoi pas un violoniste qui improvise tant qu'on y est ?
Au risque de me répéter, il n'y a qu'en France qu'on trouve un telle hostilité à la musique vivante. Il ne s'agit pas de passivité ou d'indifférence, mais vraiment d'une détestation assez forte qui a tellement bien pénétré les esprits que des enseignants en arrivent à penser sans rire et tout naturellement que la musique de Britten, Strasnoy, Schoenberg, Stravinsky est dangereuse pour nos enfants.
Et au risque de me récolter un bon gros point Godwin bien mérité, la critique virulente et violente de la musique contemporaine a surtout été pratiquée par deux hommes politiques en Europe récemment: Hitler en Allemagne et Staline en URSS. Car le peuple, mon bon monsieur, n'a pas besoin d'une musique dégénérée. Il n'a pas besoin d'écouter des chansons subversives. Il n'a pas besoin d'entendre la violence de la société traduite par de grinçantes dissonances. Il n'a pas besoin d'opéras qui mettent en scène des viols et des meurtres comme Lulu d'Alban Berg ou Lady Macbeth de Mtsensk de Chostakovitch (note de bas de page: l'excellent Don Giovanni de Da Ponte et Mozart commence par un viol suivi d'un meurtre, mais passons). Le peuple a besoin d'une musique simple, positive, massive, d'une bonne musique de propagande qui lui fasse chaud au coeur et lui donne envie de donner sa vie pour la patrie et pour le führer.
On n'en est pas là, me direz-vous, mais en est-on si loin ? Une ado de 13 ans m'a raconté que d'après son père, c'était impossible d'aimer le classique et le jazz en même temps. Il faut choisir, mademoiselle. Je lui ai simplement répondu: écoute ce que tu veux et surtout fais-toi plaisir. En Europe surtout et en France particulièrement, nous aimons ranger la culture dans des rayons bien séparés, des containers soigneusement étanches: classique, pop, rap, contemporain, jazz, kletzmer, chanson française, techno... ceux qui franchissent les barrières sont dédaigneusement rangés dans le cross-over, autrement dit un style bâtard pour ne pas dire dégénéré.
Encore une anecdote ? Quand j'étais adolescent, lors d'un échange entre l'orchestre de mon conservatoire et un orchestre de jeunes américain, nous entendîmes Beethoven suivi d'une fantaisie symphonique sur les chansons des frères Sherman (écrites pour les films de Walt Disney). Ce qui avait suscité des commentaires acerbes de certains auditeurs atteints de classiquite aigüe. Et parfaitement injustifiée car pour autant que je m'en souvienne cette fantaisie symphonique était de très bonne facture. Quoi qu'il en soit, jamais un orchestre de jeunes français n'aurait osé ou simplement eu l'idée d'un telle programmation. De la musique écrite il y a moins de cent ans, signée d'un nom qui ne figure même pas dans les histoires de la musique ? Quelle drôle d'idée, vraiment !
lundi 5 mars 2012
Par Patrick Loiseleur le lundi 5 mars 2012, 23:05 - Général
Si vous n'avez jamais entendu les pianoforte carrés de Broadwood (qui connurent un grand succès outre-Manche il y a deux petits siècles), jetez donc un coup d'oreille à cette vidéo où l'on voit et l'on entend L'Oiseleur des Longchamps dans une mélodie de Beethoven, AdélaÏde. Notez la position de la pianiste qui tourne le dos au public mais voit très bien le chanteur. Le son délicat et un peu aigrelet du Broadwood (qui est un authentique instrument de 1805 restauré, et non une copie d'ancien) n'a bien sûr rien en commun avec celui des pianos de concert d'aujourd'hui. La pianiste Aya Okuyama m'avait raconté qu'avec un piano ancien, le pianiste accompagnateur doit utiliser tout son instrument, notamment le solliciter beaucoup dans les passages forte qui n'auront rien de très puissant pour autant. Mais bien là tout l'intérêt de ce type d'instrument: comme avec la guitare, le clavecin ou la harpe, l'équilibre avec la voix se fait tout naturellement, le chanteur n'a pas besoin de forcer pour passer "au-dessus" du piano, et la pianiste n'a pas à sous-utiliser son instrument. Comme le timbre du piano (ancien comme moderne) change avec la nuance, un grand piano moderne utilisé entre les nuances ppp et mp ne sonne pas du tout comme un piano ancien entre les nuances p et ff.
Pour autant, ce type de piano n'est pas très adapté selon moi à d'autres pièces de Beethoven comme les Sonates. En rendant la partition de la Hammerklavier à son éditeur, Beethoven se vantait: "voilà qui donnera bien du fil à retordre aux pianistes dans 50 ans !". Il aurait pu dire 150. Toutes les évolutions du piano au XIXe siècle, jusqu'au pianos 1900 qui sont déjà fort proches des pianos d'aujourd'hui, peuvent s'expliquer comme les efforts conjugués des interprètes et des facteurs d'instrument pour trouver le son qui permettrait de jouer les 10 dernières Sonates de Beethoven. Plus de puissance, de vélocité, un ambitus élargi, des ambitions quasi symphoniques... il est manifeste en lisant les partitions que Beethoven avait imaginé le piano du XXe siècle. Ce Ludwig, il avait mauvais caractère, il était radin et coléreux, sourd comme un pot, mais quel talent tout de même !
jeudi 1 mars 2012
Par Patrick Loiseleur le jeudi 1 mars 2012, 17:42 - Concerts
Samedi 3 mars prochain aura lieu la création d'Ayl de Claude Ledoux, pour clarinette et orchestre (avec Jean-Luc Voltano en soliste). Un court extrait d'une répétition est disponible sur ioutioube, et un petit bout de documentaire sur RTC. Comme vous pourrez en juger par vous-même, cet Ayl n'est pas si doux et a des saveurs plutôt corsées, quoiqu'il exploite fort bien les qualités mélodiques de la clarinette. Laquelle est priée de ressembler autant que possible à un Duduk. Le tout dans un univers plutôt modal qu'atonal, avec une finesse d'instrumentation et d'écriture certaines.
Le programme comporte également la Nuit des Mayas (La Noche de Los Mayas) du compositeur mexicain Silvestro Revueltas, une oeuvre passionnante, écrite en 1939 qu'on a souvent rapprochée du Sacre du Printemps de Stravinsky, et dont le programme sur le site de l'OPL nous apprend qu'elle mobilise pas moins de 15 percussionnistes. Ainsi qu'une pièce de Mantovani, Finale, qui a été enregistrée par le Philharmonique de Liège pour aeon avec le concerto pour deux altos (déjà évoqué dans ce journal).
samedi 25 février 2012
Par Patrick Loiseleur le samedi 25 février 2012, 11:26 - Disques
Bicentenaires obligent, après un disque Chopin en 2010, le pianiste et compositeur Marcel Cominotto rend hommage à Franz Liszt avec un album enregistrée fin 2011. Ce disque paraîtra très bientôt chez Azur Classical, et comporte l'incontournable Sonate en Si mineur, ainsi que la "deuxième sonate" de Liszt, à savoir la Fantaisie "après une lecture de Dante", et pour finir la Vallée d'Obermann (ces deux dernières pièces étant extraites du recueil des "Années de Pélerinage").
L'intérêt de cette lecture de la Sonate tient selon moi dans le regard du compositeur-pianiste. Une connaissance intime de la partition née de son analyse approfondie lui permet de relier chaque fragment au tout, de donner un sens, une direction à chaque élément musical au sein d'une vision d'ensemble. Pour autant, ce n'est pas une version froide et intellectuelle, et j'y retrouve ce que j'aime chez Liszt, à savoir l'emportement, l'élan, les épanchements romantiques qui manquent parfois dans des versions discographiques trop sages, trop léchées. L'autre mérite de Marcel Cominotto est de nous rappeler la modernité de cette partition, en faisant ressortir les arrêtes assez vives, les dissonances, le côté abrupt de certains passages qui forme un contraste d'autant plus intéressant avec les évocations du paradis (souvent associé chez Liszt avec la tonalité de Fa# majeur). Conformément à la volonté de Liszt qui demandait que cette sonate soit enchaînée, c'est une seule plage de 27 minutes que l'on trouve la Sonate en si. Pas question de saucissonner ce chef-d'oeuvre façon ioutioube (ou façon Radio Classique, serais-je tenté de dire, tant cette station tend à éviter les morceaux qui durent plus longtemps qu'un clip de Madonna depuis son changement de direction). Pour en profiter pleinement, l'auditeur devra trouver une demi-heure dans son emploi du temps, débrancher son smartphone qui fait bip toutes les trois minutes, et faire un minimum de vide en lui-même afin de se plonger tout entier dans cette musique démesurée et géniale.
Nonobstant ce que je viens d'écrire sur le saucissonnage de la musique, mes lecteurs me pardonneront j'espère de leur présenter un extrait, la dernière page du "Quasi Adagio" (fa # majeur) suivi d'un "Allegro Energico" (si bémol mineur) en forme de fugue qui amène le retour triomphale du motif principal (en si mineur, bien sûr):
J'invite également les curieux à consulter le manuscript de Liszt sur IMSLP, dont l'écriture est elle aussi extrêmement énergique et expressive, et dont les nombreuses ratures en rouge montrent à quel point cette partition a été travaillée. Tout comme la Hammerklavier de Beethoven, c'est une armée de pianistes qu'il faudra pour venir à bout de cette terrible et grandiose sonate en si mineur.
Terminons ce billet par un mini-sondage chez nos lecteurs: quelles interprétations (live ou discograpiques) de la Sonate de Liszt vous ont le plus marqué ?
jeudi 23 février 2012
Par Patrick Loiseleur le jeudi 23 février 2012, 17:15 - Humeur
Nous l'avons déjà dit dans ce journal, s'il y a bien une chose qui met les musiciens, le public et les critiques d'accord, c'est que les compositeurs sont nuls. Oh bien sûr, pas les "Grands Compositeurs" dûment estampillés, ceux qui ont droit à leur nom dans les histoires de la musique et leur buste en marbre dans les musée. Non, ceux qui respirent, ceux qui bougent encore, ceux qui s'obstinent à vouloir écrire de la musique, comme si c'était encore possible de nos jours. On a même inventé des néologismes pour mieux les rabaisser: "néo-tonals", "(post-)sériels", "minimalistes", "répétitifs", "bruitistes"... quel que soit leur style, une chose est sûre: ils ne trouveront pas grâce auprès des faiseurs d'opinion ni chez les bourgeois qui se gobergent à l'entracte en buvant des coupes de champagne à 10€... "cette pianiste, elle est merveillllleuse ! Je l'ai entendu à la Roque d'Anthéron dans Brahms ..."
En voici un signe parmi mille autres. Relisons ce court billet sur ResMusica intitulé Victoire de la musique défaite de l'audience et signé par un courageux collectif d'anonymes désigné par "la Rédaction". Taper sur les Victoires de la musique, c'est facile, tout le monde le fait. Taper sur les labels qui ont signé avec les lauréats (Virgin, Naïve) ça fait toujours bon genre. Mais ce n'est pas ça qui a retenu mon attention.
Petite devinette: parmi les nominés se trouvent un pianiste, une soprano, un tubiste, un accordéoniste, un altiste, un baryton, un violoniste, une harpiste, un compositeur. A votre avis, lequel de ces musiciens a droit a un grand coup de tatane en pleine gueule ? Le compositeur, bien sûr ! Le voilà renvoyé au "placard poussiéreux de la musique contemporaine bien-pensante et surannée" dont il n'aurait pas dû sortir.
Avez-vous saisi la subtilité de la rhétorique ? Les mecs qui jouent de la musique écrite il y a 200 ans, ils sont kool, ils sont chébran. Ils mériteraient de passer plus souvent à la télé. Mais le mec qui essaye d'écrire de la musique aujourd'hui, il a rien compris ! Ah le con ! Le vieux shnock, il n'est pas encore mort et déjà passé de mode ! Ah, l'affreux ringard !
Philippe Manoury (puisqu'il s'agit de lui) écrit de la musique depuis près de 40 ans, et le moins qu'on puisse dire est qu'il connaît son affaire. On peut aimer ou ne pas aimer le style, question de goût personnel, mais il est impossible de ne pas reconnaître la qualité de l'écriture. Ecoutons par exemple "Nuit" tiré de Fragments pour un portrait (1998). Cette pièce me rappelle un peu le célèbre Unsanswered Questions de Charles Ives car on y retrouve le contraste entre un arrière-plan sonore très calme constitué par les cordes qui jouent pianissimo en valeurs longues, et des interventions beaucoup plus énergiques et rythmés des instruments à vents et de la percussion. L'orchestration de "Nuit" est très fouillée et l'ambiance créée par le début prenante et même envoûtante.
Je vous invite à écouter également Partita I, pour alto solo et électronique live, une pièce récente qui a été créée par l'excellent Christophe Desjardins en 2006. Comme l'écrit john11inch qui a posté la musique sur ioutioube:
Typically, I strongly dislike works that attempt to blend old forms and new in such a way, but this piece is so incredibly well-written, and remains interesting past the kitsch (in fact, transcends it), I find myself particularly liking it, which speaks very highly to Manoury's craft.
En général, je n'aime pas les oeuvres qui essayent de mélanger les formes anciennes et nouvelles de cette façon, mais cette pièce est tellement bien écrite, et reste intéressante au-delà du kitch (en fait, elle le transcende), que je me prends à l'aimer particulièrement, ce qui montre vraiment la maîtrise qu'a Manoury de son art.
Une chose est certaine: aucun des minables qui ont écrit (à défaut de le signer) ce "billet de la rédaction" n'arrive à la cheville de Philippe Manoury intellectuellement parlant.
Une autre chose est certaine: si c'était Nicolas Bacri, autre compositeur nominé, dont le style est très différent de Manoury mais dont les qualités sont tout aussi évidentes, qui avait emporté le prix, ils auraient certainement trouvé quelque méchanceté à lui jeter. Néo-machin-chose ou je ne sais quoi d'autre.
Ces pitoyables musicographes me font penser aux serpents dont parle Nietsche dans Le gai savoir: ayant avalé trop de cailloux de par leur culture classique si complète, ils se traînent lourdement et ont perdu tout appétit pour la nouveauté. Mais pas complètement leur venin, on dirait.
(Note pour nos lecteurs: l'article de Natalie Kraft sur Rue89 est bien plus intéréssant et contient quelques remarques très fines et judicieuses dont les organisateurs feraient bien de s'inspirer pour l'édition 2013).
lundi 20 février 2012
Par Patrick Loiseleur le lundi 20 février 2012, 13:00 - Général
Ce soir sur France 3 (et France Musique), les Victoires de la musique classique. Dans la liste des nominés, quelques têtes connues (l'altiste Antoine Tamestit, la soprano Patricia Petitbon, les compositeurs Nicolas Bacri, Karol Beffa et Philippe Manoury), d'autres que je n'ai jamais entendu comme le tubiste Thomas Leleu.
Il y a mille et une raisons de snober ce genre ce grand-messe télévisuelle. Pour commencer, le côté "Grande Finale" de Top Chef ou Miss France cadre assez mal avec la musique telle qu'on l'aime: c'est à dire le contact émotionnel entre les artistes et le public, la recherche de la perfection, l'authenticité et la simplicité. En bref, tout sauf le bling-bling. Et puis les choix du jury et du public, forcément arbitraires, vont consacrer des artistes pour la plupart excellents mais laisser de côté beaucoup d'autres qui sont tout aussi bons musiciens mais dont l'agent est moins doué pour le marketing. Et puis il faut se cogner Frédéric Lodéon, ce nouveau Léon Zitrone de la musique, pendant une heure et demie. Enfin, il faut compter avec la qualité de son du téléviseur moyen, capable de transformer le son du meilleur violoniste en un chuintement nasillard et mesquin.
Cela étant posé, pourquoi bouder son plaisir ? Celui de voir la tête de tel ou tel musicien qu'on a entendu à la radio mais jamais vu ? De revoir tel autre qu'on avait particulièrement apprécié lors d'un festival l'été dernier ? De se laisser surprendre et peut-être séduire par un compositeur dont on ignorait jusqu'à l'existence ? On voit bien des vieux films ou des sosies de Claude François à la téloche, alors pourquoi pas un remake du Requiem de Fauré ? On regarde des séries débiles et des émissions de télé-réalité encore plus débiles, alors pourquoi pas un spectacle de qualité, même si son format n'est pas très adapté à la télévision, comme une pièce de théâtre ou un concert de musique classique ou contemporaine ? On a tendance à l'oublier tellement c'est devenu un robinet à publicité et le royaume des paillettes et des filles qui dansent à moitié nues sous les projecteurs multicolores, mais la télé, ça peut aussi être un moyen d'accès à la culture. Surtout la télé publique payée par nos impôts. S'il y a bien une réforme de Sarkozy que j'aurai soutenu sans réserve ces dernières années, c'est la malheureusement incomplète suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Assortie d'une programmation totalement différente, qui ne cherche pas à copier TF1 ou M6 et à leur piquer de l'audimat mais à diffuser des contenus culturels de qualité: théâtre, musique, danse, arts plastiques.
Cette réforme n'ayant abouti que partiellement, il faut nous contenter, nous autres mélomaniaques et glottolâtres, d'une seule émission par an (deux si on ajoute le Concert du Nouvel An du MusikVerein de Vienne), et nous accommoder de son format. Oublionsle concours de beauté des interprètes ou des compositeurs, le sourire des "gagnants" et la grimace des "perdants". Oublions le trop bavard Frédéric Lodéon, les projecteurs et les caméras. Il nous reste l'essentiel: un peu de musique.
(illustration de ce billet: Angy'art)
dimanche 19 février 2012
Par Patrick Loiseleur le dimanche 19 février 2012, 20:10 - Disques
Annoncé dans un précédent billet, le disque de Pierre Lénert (alto) et Éliane Reyes (piano) consacré à Dimitri Chostakovitch est maintenant dans les bacs. Il permet d'entendre la sonate pour violoncelle et piano opus 40 dans une transcription de Pierre Lénert, ainsi que la sonate opus 147.
vendredi 10 février 2012
Par Patrick Loiseleur le vendredi 10 février 2012, 17:25 - Musique en Ligne
Comment réagir lorsqu'on est musicien et qu'un concert est interrompu par une sonnerie de téléphone portable ? Personnellement je me souviens d'avoir vu Pierre Boulez arrêter un orchestre entier et reprendre au début de la pièce avec l'air furieux. On peut aussi réagir avec un peu plus de légèreté, voire même d'humour, comme cet altiste Lukáš Kmiť qui jouait une suite de Bach (arrangement de la suite pour violoncelle en ut mineur) dans une église en Slovaquie et se lança dans une petite impro sur le fameux thème "Nokia"
Thème dont les lecteurs de ce journal qui sont tellement cultivés savent bien que nous le devons à un guitariste espagnol du nom de Tarrega (la pièce dont il est tiré s'intitule Gran Vals). Ce thème n'est d'ailleurs pas sans point commun avec les suites de Bach pour violoncelle seul car c'est une mélodie auto-harmonisée, c'est à dire qui n'a pas besoin d'accompagnement pour nous faire entendre un enchaînement de septièmes parfaitement bien préparées et résolues.
Grâce au choix d'un fabricant de téléphones suédois, ce petit bout de mélodie espagnole résonne jusque dans les églises de Slovaquie... c'est beau l'Europe.
Par Patrick Loiseleur le vendredi 10 février 2012, 16:44 - Humeur
Lu sur le blog de Djac Baweur (le « blog qui sert à que dalle »), un très long et néanmoins très intéressant article sur le thème « pourquoi le classique c'est ringard ? ». Si j'en désapprouve quelque peu les prémisses comme les conclusions, je recommande la lecture de ce portrait fouillé et documenté de l'état de la musique aujourd'hui.
Ce n'est pas, loin de là, le premier article de journal qui déplore la maigre place de la musique dite « classique » (qui en fait désigne une grande variété de styles et d'époques, le style « classique » viennois de Haydn, Mozart, Beethoven n'étant que l'un d'entre eux) dans la vie culturelle de notre pays, au concert, à la télé. En fouillant les archives du Nouvel Obs ou du Point des années 1980 ou 1990 on trouverait sans peine une foule d'articles développant les mêmes arguments : il n'y a jamais de concert classique ou d'opéra à la télé, à Berlin même les chauffeurs de taxis sifflotent du Beethoven en vous conduisant à la célébrissime Philharmonie, le système éducatif français est nul, on ne croise que des vieux et des bourgeois Salle Pleyel, etc, etc. Citons par exemple Jacques Drillon (« La musique classique se meurt ») ou encore le coup de gueule de Jean-Pierre Rousseau (« Passion honteuse ? »).
Ce qui fait le charme de ce billet est bien sûr le style inimitable de l'ami Djac et aussi sa longueur inhabituelle qui lui permet de faire le tour de toutes les explications possibles : culturelles, sociales, pédagogiques, historico-religieuses, politiques, financières... toutes sauf une : l'explication par la musique.
Il y a en effet un pré-supposé très fort dans cet article comme dans tous les autres : celui que la musique classique passionnerait certainement les foules si elles y avaient accès. Ce billet à tonalité militante qui commence par une longue liste de lamentations avant de laborieuses explications suivies d'une conclusion nécessairement optimiste pose toutes les questions sauf une : et si la musique classique était ringarde non à cause de facteurs extérieurs comme la (désastreuse) politique culturelle de la Mairie de Paris, mais à cause d'elle-même ? Et si Berlioz, Hummel et Jean-Chrétien Bach avaient perdu leur sex-appeal simplement parce qu'à 200 ans passés on n'est plus vraiment séduisant même si on peut avoir gardé un certain charme ?
J'ai déjà abordé le sujet sur le mode polémique (et ironique) dans ce journal, mais il est temps d'y revenir de manière à mettre les points sur les i. La musique savante occidentale vieillit, et elle vieillit mal. En se coupant de ses compositeurs qui ont été confinés dans des festivals dédiés au « contemporain » dûment étiqueté et autres ghettos, elle s'est privée des moyens de renouveler son répertoire et s'est transformée de musique tout court en musique « classique ». Or les classiques perdent leur capacité à nous parler lorsqu'ils ne peuvent plus dialoguer avec les créations d'aujourd'hui. Imaginez un théâtre où l'on ne jouerait plus que Molière et Racine, une littérature sans romans de la rentrée, un cinéma où l'on ne regarderait que les nanars des années 1940. Invraisemblable ? C'est pourtant ce qui s'est produit dans les salles de concert et maisons d'opéra. Le philharmonique de Liège qui a passé pas moins de 8 commandes lors de la saison dernière pour fêter ses 50 ans fait figure d'exception. Par comparaison, les créations à l'Opéra de Paris lors des 10 dernières années se comptent sur les doigts d'une seule main.
La sclérose n'atteint pas que le répertoire, mais aussi toute tentative de l'adapter, de le transposer, de l'interpréter au goût du jour. La vogue des « instruments d'époque » de la « musique ancienne » et des interprétations « historiquement informées » condamne avec violence toute relecture non conforme à un idéal d'authenticité absolue et de fidélité maniaque voire fétichiste à la partition. Les orchestrations de pièces pour orgue ou pour violon seul de Bach par Leopold Stokowsky ? Beuark !! Les concertos brandebourgeois au synthétiseur façon années 1960 par la très brillante Wendy Carlos ? Horreur !! Les adaptations de Bach, encore lui, au piano par Busoni ? Vade retro satanas !!
Rossini pouvait très bien ajouter ou retrancher un numéro à ses opéras à la dernière minute parce qu'un de ses chanteurs était malade, ou encore transposer une aria pour qu'il mette davantage en valeur la tessiture d'une prima donna. De nos jours on cherchera un remplaçant au ténor qui provisoirement des difficultés avec son contre-ut plutôt que lui permettre de chanter un ton plus bas. C'est que la matière musicale qui était vivante et mobile à l'époque où elle fut écrite est aujourd'hui morte et bien morte. Ce sont les musiciens qui doivent s'adapter au répertoire et non l'inverse. De même on voudrait que ça soit le public qui s'adapte à la musique « classique » plutôt que l'inverse.
Oui, la musique classique est ringarde. Elle est ringardissime, c'est sa raison d'être. Elle a tout fait pour le devenir et le rester. Pourquoi, dans ces conditions, s'étonner qu'elle n'intéresse qu'une partie du public ? Si on a brûlé les clavecins en 1789 durant la révolution française, doit-on être surpris que deux cents ans plus tard la guitare électrique ait davantage la cote auprès dès jeunes ? Trois cents ans après s'être lassé du son asthmatique des violes de gambe, qui voudrait y revenir sinon les nostalgiques du passé ? Faut-il vraiment s'inquiéter du fait que ces nostalgiques (qui restent bien souvent de doux rêveurs assez sympathiques en dépit d'un discours parfois agressif) soient minoritaires ? Pourquoi les jeunes des années 2010 auraient-il envie d'écouter autre chose que des chansons produites par des gens de leur âge, qui parlent le même langage, ont les mêmes préoccupations, expriment le même vécu ? Pour quelle raison vibreraient-ils en écoutant les cantates de Bach alors qu'ils ne sont ni Allemands ni luthériens et que le XVIIIe siècle se résume pour eux à quelques chapitres dans leur cours d'histoire ? Pourquoi pleureraient-ils en écoutant La Traviata alors que Violetta évolue dans un monde (celui des grands bourgeois du XIXe) qui leur est étranger, dont les valeurs morales et les codes sociaux leur échappent ?
On pourrait détailler d'autres causes secondaires de l'irrépressible ennui qui envahit nos salles de concerts (ainsi le disque allié au manque de renouvellement du répertoire, et le système des concours qui tend à former des clones et même des robots plutôt que des musiciens) mais la racine du mal c'est tout de même le conservatisme qui va bientôt achever de tuer toute forme de créativité et d'originalité dans la musique savante.
Bien sûr si on continue à jouer la musique de Bach aujourd'hui et à l'aimer autant (quand on la connaît) c'est parce qu'on y trouve une perfection du contrepoint, une liberté et une souplesse des lignes mélodiques à l'intérieur de la plus grande rigueur harmonique ; en un mot une beauté dont on ne se lasse pas. Ce critère (on ne s'en lasse pas) pourrait même servir de définition à ce qu'est un classique, dans tous les domaines de l'art. Mais il existe peut-être d'autres manières de rendre culte aux classiques que nous aimons que la reproduction scrupuleuse et historiquement informée au point d'être fétichiste et privée de toute apparence de vie.
Ceux pour qui la musique est non seulement un métier mais aussi une passion et qui cherchent des réponses à la question « pourquoi la musique classique c'est ringard ? » seraient bien inspirés de commencer par se regarder dans la glace. Car ce sont eux les plus grands coupables. Coupables de manque d'imagination, d'inventivité, de courage face au public. Coupables de n'avoir pas chercher à dépasser la formation inévitablement scolaire qu'ils ont reçue. Coupables de se contenter des partitions du catalogue, de chercher à jouer plus ou moins « comme le disque ». Mozart jouait du Mozart, Beethoven jouait du Beethoven et Liszt jouait du Liszt. Ils ont souvent pris des risques et essayé de se renouveler. En se contentant de jouer Mozart, Beethoven, et Liszt, les musiciens d'aujourd'hui sont fidèles à la partition mais pas à la tradition que ces glorieux ancêtres faisaient vivre. Les violonistes comme Catherine Lara ou Didier Lockwood qui jouent leur propre musique sont bien plus fidèles à cette tradition que ceux qui se contentent de jouer les concertos du « répertoire ».
Et les compositeurs, me direz-vous ? Ne seraient-ils pas bien inspirés de se regarder le nombril eux aussi et de s'interroger sur leur rôle dans la ringardisation de la musique savante et sa transformation sclérosante en « classique » ? Peut-être sont-ils coupables pour certains d'entre eux d'avoir accepté l'enfermement dans le ghetto du « contemporain », et pour d'autres, de se contenter des recettes de composition les plus éprouvées. Mais la voie est étroite pour eux et le public comme les musiciens ne leur pardonnent rien (ne parlons même pas des critiques qui sont aussi méchants qu'ignorants). Ils ont tôt fait de ranger les compositeurs dans l'une des deux catégories suivantes : « néo-classique », autrement dit : ennuyeux et sans intérêt, ou « avant-garde », c'est à dire : dissonant, prétentieux et imbittable. Et une fois l'étiquette « avant-garde » ou « néo-classique » apposée, ils se désintéressent bien vite de la musique elle-même et cessent de l'écouter.
Alors, ringarde, la musique classique ? Oui, bien sûr. Ringarde à en mourir, et d'ailleurs elle se meurt. Mais le plus inquiétant c'est que le ringard gagne sans cesse du terrain et semble promis à un futur grandiose. Le conservatisme en musique n'a jamais paru plus en forme qu'aujourd'hui. Aucun doute, l'avenir est aux ringards !
mercredi 8 février 2012
Par Patrick Loiseleur le mercredi 8 février 2012, 23:55 - Concerts
Entendu samedi dernier (le 4 février), un concert du quatuor Tana avec trois pièces récentes de compositeurs relativement jeunes : Yann Robin, Ondej Adamek et Raphaël Cendo. Compte tenu du froid, le petit temple Saint Marcel est étonnamment bien rempli, et la proportion de compositeurs doit friser les 50%. Il y a même Michael Lévinas venu écouter ses (anciens) élèves.

On commence par le deuxième quatuor de Robin, intitulé Crescent Scratches (le premier s'appelait Scratches, titre qui fait allusion aussi bien au frottement des archets sur les cordes qu'à cette technique des DJ qui manipulent des platines 33 tours – ou de plus en plus souvent aujourd'hui, des surfaces tactiles destinées à en reproduire les effets). Ce quatuor ne fait pas appel à l'électronique, cependant on voit une quantité respectable de fils pendouiller disgracieusement du fait que les Tana ont adopté des pupitres électroniques où les tournes de page sont commandées par des pédales – c'est trop la classe ce matos même si la petite taille des écrans incite plus à la compassion qu'à l'envie.
Et la musique, me direz-vous ? Ce quatuor fait appel largement sinon exclusivement au son écrasé, celui qu'on obtient en exerçant une pression excessive sur l'archet et qui fait penser à un mélange de cordages marins qui grincent et de chat qui s'est coincé la queue dans la porte. Le son écrasé est assez à la mode, on le trouve chez les spectraux (Grisey, Saariaho, Radulescu) mais aussi chez Crumb et tant d'autres. Son caractère fortement inharmonique (on distingue à peine une hauteur de son tant les partiels sont dispersés dans l'espace des fréquences) en fait bien sûr un élément de choix pour certaines esthétiques d'aujourd'hui, mais son emploi répété ne suffit pas nécessairement à faire un bon programme électoral. De fait la technique de Robin, qui nous explique dans le programme qu'il utilise des boucles semblables au loops de la musique techno, amène assez vite la lassitude devant le retour compulsif des mêmes figures instrumentales (principalement des tremolos et glissandos en son écrasé). D'autres maniérismes contemporains comme l'alternance boulézienne de traits excessivement rapides et de notes filées très longues (ou si l'on veut l'absence de valeurs rythmiques moyennes), ou encore l'usage quasi exclusif des dynamiques extrêmes (ffffff et ppppp) et des registres extrêmes (surtout du suraigu car les instruments du quatuor ne sont pas bien équipés pour les graves) ne suffisent pas à masquer un relatif manque d'idées. Ma voisine me fait remarquer que passé un premier moment de surprise voire de ravissement devant la surprenante mais très réjouissante agressivité du début, c'est au fond presque aussi répétitif que du Philip Glass. Peut-être la volonté d'être en permanence dans un paroxysme d'émotion et d'expressivité est-elle la cause de cette lassitude, la (bonne) musique se nourrissant de contrastes. Pour ma part même si je partage assez l'opinion de ma voisine, je ne m'ennuie pas trop car je vois avec plaisir les musiciens du quatuor Tana s'engager à fond dans cette partition on ne peut plus difficile, avec un enthousiasme et une énergie qui font vraiment plaisir à voir. On peut également féliciter ces musiciens pour avoir introduit une touche de couleur et de fantaisie dans l'habituelle (et totalement insupportable) tenue noire des concerts contemporains. Ah ces Belges, ces Belges. Plus je les connais et plus je les aime. Ils ont toutes les qualités des Français avec la simplicité et l'humour en plus.

L'oeuvre qui suit est d'un musicien d'origine tchèque, Ondrej Adamek, qui a été fortement impressionné par un séjour en Espagne et a laissé certains traits du flamenco envahir son style. Les musiciens vont donc employer des plectres et des bottlenecks pour reproduire certains gestes typiques de la guitare, comme le raseguo (un balayage rapide aller-retour de toutes les cordes), ou encore frapper du pied par terre. Rien de tout cela n'est gratuit ou anecdotique. Ce quatuor est plein d'idées, de passion et de vie, instrumenté de façon très fine et très fouillée. Le travail harmonique est lui aussi très subtil : chacun des quatre instruments est accordé de manière spéciale afin d'avoir la signature harmonique d'une tonalité particulière (par exemple, si je me souviens bien, la b – ré – si b – fa pour le premier violon c'est à dire un accord de septième de dominante ou encore quatre hauteurs tirées des 7 premiers harmoniques naturels d'un si bémol). Adamek souligne dans la notice que ce quatuor est très exigeant pour les interprètes, non seulement à cause de la scordatura mais aussi à cause des phrases qui passent d'un instrument à l'autre note par note et demandent non seulement une grande précision mais aussi un vrai son d'ensemble. Ce dont je peux témoigner après avoir entendu les Tana jouer cette pièce (et la jouer vraiment bien à mon sens), c'est que les interprètes qui parviennent à passer la barre sont amplement récompensés par cette musique vraiment remarquable, raffinée et pleine d'élan. Ce quatuor est la bonne surprise de la soirée, et m'a donné une forte envie de découvrir les autres œuvres de ce musicien.

Le programme se conclut par In Vivo de Raphaël Cendo, autre compositeur de ma génration (c'est à dire trentenaire) . Dans ce quatuor il (ab)use du son écrasé, qu'il appelle dans le programme « timbre – monde ». Durant la première partie de ce quatuor (divisé en trois de façon relativement classique : rapide – lent – rapide), le compositeur demande même aux musiciens d'enrober leur chevalet de papier aluminium, ce qui a pour effet de rendre le son encore plus inharmonique. Les similarités avec Yann Robin sont si nombreuses qu'on se demande lequel a influencé l'autre. Cette pièce me fait peu ou prou la même impression que les morceaux d'un autre quatuor, Birdy Nam Nam (dont les membres ne manipulent pas des violons mais des bidules électroniques et des platines 33 tours) : je trouve le travail sur le son plutôt intéressant, et la violence sonore assez stimulante, mais la musique trop répétitive, pauvre en idées et en contrastes. C'est peut-être une des caractéristiques du son écrasé qu'il ne se prête pas très bien à de longs développements. Par exemple lorsque la violoncelliste Jeanne Maisonhaute joue un tremolo verso ponticello, c'est à dire de l'autre côté du chevalet, je vois bien le geste instrumental car je suis à 3 mètres mais je n'entends pas tellement de différence dans le son produit par rapport au même geste de l'autre côté du chevalet. De même les glissandi modifient assez peu la couleur du son écrasé, et son caractère fortement inharmonique restreint les possibilités de travail harmonique. Ajoutez à cela un déficit de figures rythmiques suffisamment nettes ou articulées, et vous obtenez un passeport pour l'ennui. Ennui à nouveau mitigé par l'attitude des Tana dont l'engagement, la chaleur et la technique sont décidément dignes de toutes les louanges, et propres à réchauffer l'atmosphère plutôt froide de cet austère temple protestant.

Au final, j'ai pu écouter les Tana en live pour la première fois et avec grand plaisir, ainsi qu'une œuvre passionnante (celle d'Adamek) sur trois écoutées, ce qui montre qu'on n'est jamais à l'abri d'une divine surprise de temps en temps.
En sortant j'ai croisé Krystof Maratka qui m'a appris qu'un disque monographique lui étant consacré venait de sortir (avec une pièce pour harpes et cordes ainsi qu'un quintette à vent): si Dieu le veut, je ne manquerai pas de l'écouter et d'en rendre compte dans ce journal.
(merci à Jean Radel de m'avoir permis d'utiliser les très belles photos qui illustrent cet article et représentent, dans l'ordre, Antoine Maisonhaute, Chikako Hosoda, Jeanne Maisonhaute, Maxime Desert)
samedi 4 février 2012
Par Patrick Loiseleur le samedi 4 février 2012, 10:41 - Concerts
Le baryton L'Oiseleur des Longchamps (que les lecteurs de ce journal commencent à bien connaître sans doute) me signale deux concert Bach / Haendel avec l'ensemble Euterpia prochainement à Paris. Voici les détails du programme:
vendredi 3 février 2012
Par Patrick Loiseleur le vendredi 3 février 2012, 11:19 - Concerts
Le vendredi 10 février prochain, l'altiste Pierre Lenert et la pianiste Eliane Reyes joueront la Sonate pour alto et piano op 147 de Chostakovitch ainsi que les Märchenbilder op 113 de Schumann au foyer du Théâtre du Châtelet (20h30, entrée libre). Dimitri Chostakovitch n'a écrirt qu'une sonate pour alto et piano (sa toute dernière oeuvre) mais Pierre Lenert a transcrit pour son instrument la sonate pour violoncelle et piano. Les deux artistes ont récemment enregistré un disque chez Integral Classic avec ces deux Sonates, que je n'ai pas eu l'heur d'écouter pour l'instant, et que je ne commenterai donc pas davantage.
Par Patrick Loiseleur le vendredi 3 février 2012, 11:14 - Concerts
Le quatuor Tana basé à Bruxelles et spécialisé dans la musique d'aujourd'hui vous invite les lecteurs parisiens de ce journal à braver le froid sibérien qui sévit sur la capitale pour venir écouter trois compositeurs aussi passionnants que peu connus :
Peu connus mais présents sur Youtube grâce à la captation vidéo pour Arte Live Web d'un concert pour le festival d'Aix en Provence en juillet dernier (Robin, Cendo). Vous voilà prévenus, c'est du contemporain qui gratte un peu. Tout ça se passe au Temple protestant St Marcel (24 rue Pierre Nicole), et les infos pour réserver des places sont sur Facebook (soyons modernes)
mardi 31 janvier 2012
Par Patrick Loiseleur le mardi 31 janvier 2012, 22:47 - Musique en Ligne
Chacun sait que l'industrie du disque telle qu'on l'a connue n'est plus qu'un souvenir, et que les musiciens du XXIe siècle doivent regarder dans d'autres directions pour faire connaître leur travail et pourquoi pas arriver à en vivre.
Dans ce contexte, l'initiative du Kronos Quartet autour du projet "Under 30" est à saluer doublement. D'abord un ensemble qui fête ses 30 ans en organisant un appel à projets pour des compositeurs de moins de 30 ans montre bien par là que ses quatre musiciens ont gardé intacte l'envie de jouer, de découvrir et de faire découvrir la musique d'aujourd'hui. Ensuite la formule qu'ils ont choisi pour financer leur projet est vieille comme le monde car il s'agit de la souscription, et moderne comme tout car il suffit de trois clics sur un site internet pour participer. A l'heure où j'écris ce billet, il reste à peine quelques heures pour compléter la souscription, mais le montant souhaité par les artistes (10.000$) semble déjà atteint. Les souscripteurs qui apportent un certain montant se voient remerciés avec des albums MP3 ou même pour les plus généreux une carte postale avec un message personnel.
Alors que les subsides publics ou para-publics (fondations, bourses, prix, mécénat) ont tendance à rétrécir encore plus vite que le PIB de la Grèce ces temps-ci, la souscription, aidée par le "buzz" internet, pourrait faire son retour. C'est après tout un moyen pour les artistes de s'adresser directement à leur public en court-circuitant les intermédiaires traditionnels (agents, maisons de disque, organisateurs de concerts). Mais cela ne peut bien fonctionner que pour des musiciens ayant déjà une certaine notoriété, laquelle s'acquiert grâce au talent et au travail, bien sûr, mais aussi grâce auxdits intermédiaires. Pour les artistes peu connus, les barrières d'entrée subsistent.
Ce modèle économique pourrait-il remplacer celui du disque ? Est-ce que le groupe de rock ou l'ensemble de musique contemporaine de demain auront un site internet où tous les projets passés seront disponibles en MP3 gratuitement, avec la possibilité pour les mélomanes de mettre de l'argent dans les projets futurs ? Cela risque fort de ne pas être suffisant pour garantir aux musiciens un revenu décent, mais cela pourrait fonctionner assez bien en complément des concerts, qui pour moi sont et doivent rester au centre de la vie du musicien. Et ça me paraît plus crédible que les deux alternatives qu'on nous propose souvent et qu'on oppose, à savoir:
samedi 28 janvier 2012
Par Patrick Loiseleur le samedi 28 janvier 2012, 09:48 - Humeur
Trouvé sur le 'plus' du nouvelobs (essentiellement une plateforme de blogs), un article assez stupide intitulé "cette grosse qui me révulse" à propos d'une pub pour un site de vêtements féminins 'à partir du 42'. Lu aussi, la réponse de la co-fondatrice du site qui fait simplement remarquer que les "grosses" ou les "rondes" ou appelez-les comme vous voulez, c'est un tiers des femmes aujourd'hui, et qu'on ne voit pas pourquoi ces femmes n'auraient pas le droit de s'habiller chic, de danser, d'afficher leur sensualité, de tourner des pubs pour des fringues voire même d'être heureuses, pourquoi pas ?
Pourquoi j'en parle sur ce blog ? Pas pour débattre de ce passionnant sujet de société ni même pour exposer mes convictions personnelles en la matière mais à cause d'une ligne des responsables du site qui me fais bondir et même hurler:
Nous avons fait une erreur en publiant un billet intitulé "Cette grosse qui remue me révulse...". Billet rapidement retiré, mais vite remarqué.
Rapidement retiré
... d'abord c'est une bêtise car c'est ignorer le fonctionnement d'Internet que de croire qu'il suffit de mettre un article hors ligne pour qu'il cesse d'exister. Et puis moi c'est la censure qui me révulse ! On peut admettre que l'article original comportait une dose de bêtise et de violence (et qu'il témoigne aussi d'un véritable lavage de cerveau dont sont victimes les femmes aujourd'hui et qui perturbe le rapport à leur propre corps). Mais le censurer c'est encore dix fois plus bête et cent fois plus violent.
On trouvera toujours mille et une bonnes raisons de censurer; tout récemment c'est notre parlement qui a voté une loi stupide et liberticide visant à pénaliser la négation du génocide arménien. A force de s'interdire tout article pouvant heurter la sensibilité d'une minorité, est-ce qu'on ne va pas s'interdire de penser ? La liberté d'expression ne doit-elle pas inclure celle de dire des bêtises ou des méchancetés ? La laïcité inclut le droit de dire des choses que certains pratiquants de telle ou telle religion considéreront comme un blasphème. Si j'ai le droit d'écrire par exemple "Dieu n'existe pas, arrêtez de m'emmerder avec vos conneries et de vous battre entre Israéliens et Palestiniens", pourquoi ne pourrais-je pas également écrire "je déteste les naines" ou "les travelos du Bois de Boulogne me dégoûtent" ?
En admettant que Marie Sigaud (qui ironiquement faisait déjà allusion à une censure possible en commençant son billet par "En ces temps aseptisés, il convient d'aimer tout le monde et de respecter les différences") ait eu tort, la meilleure 'punition' n'aurait-elle pas consisté à laisser l'article en ligne pour que toutes les grosses de la Terre puissent l'insulter ou la sermonner librement ?
Pour ma part, et pour revenir à la musique, les lecteurs de ce journal peuvent compter sur ma détermination à dire librement "je déteste cette musique" quand c'est le cas. Quitte à changer d'avis quelques années plus tard. Et nonobstant le fait que je préfère dépenser mon temps à défendre la musique que j'aime plutôt qu'à attaquer celle que je n'aime pas, que ce journal est celui d'un musicien et non d'un critique ou d'un musicologue. Le journal de papageno comporte zéro pub, je paye l'hébergement de ma poche et n'en tire aucune rémunération directe ou indirecte: c'est le prix à payer pour une indépendance absolue à laquelle je reste attaché.
Quant à vous, mesdames, je vous laisse méditer sur ce vieux dicton de bistrot: "les hommes préfèrent sortir avec les maigres et coucher avec les grosses".
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