lundi 6 août 2012

Tristesse

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mardi 31 juillet 2012

Pause estivale

Pendant que le journal de Papageno observe une pause estivale qui ne rime pas avec farniente au bord de la mer en Toscane mais plutôt avec gros travail à finir avant le 20 août, voici pour nos lecteurs une petite douceur, avec une improvisation au piano de Frank Bovet, assez dépouillée, fort bien construite autour d'un motif de trois notes, et qui s'écoute sans déplaisir aucun:

Rendez-vous à la rentrée, chers lecteurs, pour de nouveaux billets qui piquent et qui grattent au sujet de la musique qui en fait autant.

mardi 10 juillet 2012

Ô quand je dors (Liszt par L'Oiseleur des Longchamps)

Un petit moment de grâce et de poésie, avec Ô quand je dors, mélodie de Franz Liszt sur un texte de Victor Hugo (lequel Franz Liszt aura décidément essayé tous les genres à part l'opéra). Chanté par L'Oiseleur des Longchamps, accompagné au piano par Juliette Régnault. Le baryton français a eu l'excellente idée d'accompagner l'enregistrement de ses propres photos, pour composer l'une des plus élégantes vidéos consacrées à la mélodie française qu'on puisse trouver sur internet:

mercredi 4 juillet 2012

Bacri au festival des forêts de Compiègne

Nicolas Bacri me signale plusieurs concerts à Compiègne, par des interprètes tout à fait passionnants dont j'ai déjà eu l'occasion de parler dans ce journal (quatuor Danel, Eliane Reyes, Sébastien Van Kuijk). Voici l'invitation telle quelle:

12 juillet 2012 20h :

Quatuor à cordes n°5 op. 57

Quatuor Danel 

Festival des Forêts, Compiègne

13 juillet 2012 20h

Trio n°3 op. 54 (Sonata notturna) pour piano, violon et violoncelle

Trio Sonnetto 

Festival des Forêts, Compiègne

14 juillet 2012 11h :

Deuxième audition de la Suite n° 6 pour violoncelle seul op. 88 

Suite n°3 op. 31 "Vita et Mors", pour violoncelle seul

Sébastien Van Kuijk

Festival des Forêts, Compiègne

14 juillet 2012 18h :

Création mondiale de Saisons (Quatre intermezzi pour piano op. 123) 

Eliane Reyes 

Festival des Forêts, 

Tout est à Compiègne, à une heure de Paris en train depuis la Gare du Nord. Navette prévues après les concerts pour les parisiens qui souhaitent rentrer chez eux. Venez nombreux !

Il ne reste à ajouter qu'un lien vers le site du festival dont la programmation comporte des classiques aussi bien que du répertoire plus rare.

mardi 26 juin 2012

Au matin du septième jour, pour alto et piano

Au matin du septième jour est le titre d'une pièce relativement courte (un peu plus de 4 minutes) pour alto et piano, écrite l'été dernier à Courchevel et créée à Courchevel toujours avec l'excellent Philippe Colin-Hattat au piano. Légèrement révisée, cette pièce a été créée en Belgique le 14 juin dernier par le compositeur à l'alto et Brigitte Foccroule au piano.

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lundi 11 juin 2012

Trois concerts de fin d'année à Liège

J'ai le plaisir de vous convier à trois concerts de fin d'année auxquelles je participe, comme altiste, comme compositeur, ou les deux, dans le cadre des classes de composition et de musique de chambre du Conservatoire de Liège.

  • Jeudi 14 juin à 20h30 à la Salle Philharmonique, nous donnerons en création neuf pièces pour orchestre de chambre (13 musiciens) écrites par mes camarades compositeurs. Dont une pièce de mon cru intitulée Un soir de demi-brume à Londres... La direction artistique est assurée par l'excellent Toon Fret.
  • Lundi 18 juin à 18h puis à 20h30 à l'Espace Pousseur (rue Forgeur) auront lieu les auditions de fin d'année de la classe de composition. J'y jouerai, avec Brigitte Foccroule au piano, une pièce pour alto et piano qui s'appelle Au matin du septième jour. C'est une création belge (la création française eut lieu à Courchevel en août 2011 avec l'ami Philippe)
  • Vendredi 22 juin à 18h puis à 20h au Fiacre auront lieu les récitals de fin d'études de Clément Dechambre, Gaëlle Hyernaux et Sarah Wéry. Je participerai à celui de Clément dont nous jouerons un quatuor à cordes en 3 mouvements.
Vous pouvez consulter le programme pour plus de détails. Aux lecteurs liégeois de ce journal (car il existent, a ma grande surprise): n'hésitez pas à venir nombreux pour encourager mes camarades et moi-même. Aux lecteurs parisiens: ayez l'obligeance de me pardonner la rareté actuelle de mes billets, qui reviendront plus nombreux et fournis en juillet. Bonne fin d'année scolaire à tous.

lundi 4 juin 2012

Je travaille donc je suis

Le titre de ce billet est une citation empruntée à Maria Callas (que je cite de mémoire, sans aucune source fiable). 

Vous vous demandez peut-être, chers lecteurs et lectrices, pourquoi je vous néglige autant ces derniers temps. Ce ne sont pas les idées de billets drôles ou instructifs qui manquent pourtant. C'est que j'ai du travail, et une fin d'année des plus chargées au conservatoire (de Liège pour ceux qui ont suivi les épisodes précédents). Le minimum syndical voudrait que j'annonce les concerts de juin auquel je participe, et ce sera fait très bientôt, mais en attendant, voici juste une image assez parlante du quotidien d'un compositeur. Le plus dur, comme vous le savez, n'est pas de trouver l'inspiration. Les idées, vraiment, ça vient tout seul, il suffit de lever le nez de sa feuille et de rêvasser quelques secondes pour en attraper une. Le plus dur et surtout le plus long c'est de corriger tout ces petits détails chiants d'harmonie, contrepoint, instrumentation, instructions pour les modes de jeu bizarres, sans même parler de choses bassement matérielles comme la typographie. Ce n'est pas de la maniaquerie: c'est avant tout une marque de respect pour les musiciens qui vont passer du temps à travailler et jouer une partition que de faire le maximum pour leur proposer un beau texte. Un machin au poil, dont les harmonies sont aussi chiadées que la mise en page est élégante et aérée.

La procédure est la suivante: prenez une partition qui a l'air aussi parfaite que ma chère épouse quand on la regarde sur l'ordinateur. Imprimez-la, relisez attentivement, trouvez rapidement de véritables horreurs, raturez énergiquement en vert, en bleu, en rouge selon le stylo qui vous tombe sous la main. Gardez en outre du papier à musique sous la main pour les mesures ajoutées ou réécrites entièrement. Après une dizaine d'itérations et autant d'heures de travail par page, ça commence à s'éclaircir un peu:

partition_corrections.jpg

Lorsqu'on finit par presque voir les notes sous les corrections, la fin du tunnel approche. Et si on est complètement masochiste, il faut faire cela non avec une partition récente, mais avec un vieux machin comme ce Trio pour Piano, Violon et Violoncelle qui date de l'antiquité, c'est à dire 2006, et que j'ai dû ressortir du placard sous l'amicale pression de mon père qui voudrait le jouer prochainement. C'est un peu comme peigner une girafe avec un cure-dent un soir de pleine lune: c'est tout à réjouissant en soi mais c'est long, c'est long, c'est long...

dimanche 20 mai 2012

L'adieu à Dietrich Fischer-Dieskau

Dietrich Fischer-Dieskau, l'immense baryton allemand, nous a quitté il y a deux jours, le 18 mai. N'ayant pas eu la chance de l'entendre en concert, il fait partie des artistes comme Glenn Gould que j'aurai connu à travers le disque seulement. Notamment son intégrale des lieder de Schubert (avec Gérald Moore, en trois volumes chez Deutsche Gramophon). Il y en existe de très beaux disques de Schubert par une multitude d'autres chanteurs et pianistes, mais par la fluidité des lignes mélodiques, la perfection de la diction, l'élégance et la pudeur dans l'expression, celle-ci demeure ma référence. En revenant quinze ans plus tard, j'y retrouve intactes les émotions de l'adolescence. Et ce je-ne-sais-quoi dans la musique de Schubert et qui désarme toutes nos barrières et parle à notre coeur, de la façon la plus simple et la plus naturelle.

Les artistes ont souvent une vie bien difficile, même lorsqu'ils connaissent le succès. Mais il trouvent dans leur consolation dans cela même qui cause de leurs tourments, le travail acharné, la recherche éperdue de la perfection. Et trouvent parfois une pépite d'éternité qu'ils partagent avec nous.

Ayant un peu de mal à trouver les mots aujourd'hui, j'emprunterai pour terminer ce billet ceux du poète Franz van Schober:

An die Musik

Du holde Kunst, in wieviel grauen Stunden, 
Wo mich des Lebens wilder Kreis umstrickt, 
Hast du mein Herz zu warmer Lieb entzunden, 
Hast mich in eine beßre Welt entrückt !

Oft hat ein Seufzer, deiner Harf' entflossen, 
Ein süßer, heiliger Akkord von dir 
Den Himmel beßrer Zeiten mir erschlossen, 
Du holde Kunst, ich danke dir dafür !


À la musique

Art tant aimé, en combien d’heures grises,
pris dans les liens du furieux cercle de la vie,
as-tu rallumé dans mon cœur l’étincelle de l’amour,
m’as-tu ravi pour un monde meilleur !

Bien souvent un soupir, échappé de ta harpe,
Un doux, un saint accord venant de toi
M’a ouvert le ciel des temps meilleurs,
Art tant aimé, pour cela, ma gratitude !

(merci à Anne Lapasset pour la traduction)

...et bien sûr les notes à Messieurs Franz Schubert, Dietrich Fischer-Dieskau, et Gerald Moore:

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samedi 19 mai 2012

Le quatuor Tana de retour à Paris

Le quatuor Tana jouera ce soir (le samedi 19 mai 2012) donc au Musée de la chasse et de la nature à Paris 62 Rue des Archives, Paris 3eme, dans le cadre de la Nuit Européenne des Musées. Au programme:

  • 20h30-21h 2e quatuor d'Ondřej Adamek
  • 21h30-22h 1e quatuor d'Yves Chauris

Ayant déjà écrit tout le bien que je pensais de Tana et du quatuor d'Adamek dans un précédent billet, je serai donc bref: allez-y !

vendredi 11 mai 2012

Musicora: concerts en ligne sur medici.tv

Le salon Musicora qui se tient ce week-end à Paris au Palais Brogniart réunit tous les acteurs du microcosme de la musique classique: luthiers, éditeurs, maisons de disques, radios. Il comprend aussi quelques concerts retransmis sur medici.tv, avec quelques programmes assez originaux comme un quintette de percussionnistes lyonnais (samedi 14h) et une séance d'improvisation avec deux stars, le violoniste Didier Lockwood et le pianiste Jean-François Zygel (dimanche 18h). En rediffusion, je vous recommande également la prestation de l'ensemble Calliopée (Fauré-Maratka).

La liberté ou la mort !

La liberté ou la mort ! est le titre d'une pièce récente pour quatre trombones et électronique live qui a été créée le 17 décembre 2011 à Liège. 

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dimanche 6 mai 2012

Audition lundi 7 mai à la Schola Cantorum

Mon ami et confrère Stéphane Gassot vous convie à une audition de la classe de composition de la Schola Cantorum demain soir:

Mes amis, je vous invite solennellement à venir entendre ou réentendre mon trio pour violon, violoncelle et piano. Cette orgie aura lieu à l'auditorium de la Schola Cantorum de Paris (Salle César Franck).

Une petite contribution de 200 euros vous sera réclamée bien entendu. 
Si par hasard, vous aviez une empêchement, il n'y a pas de soucis, vous n'avez qu'à annuler ce que vous aviez prévu et venir quand-même. 

Il va de soi que je n'accepterai aucune excuse fumeuse. Ne serait-ce que par respect pour les musiciens qui se seront infusés cette daube, à savoir :

  • Jean-Ludovic Portejoie-Lagarde, violon
  • Kévin Bourdat, violoncelle
  • Philippe Hattat, piano

Vous pouvez en revanche arriver en retard puisque je suis joué en dernier et le reste n'a absolument aucun intérêt. D'ailleurs je pense que j'arriverai moi-même en retard.

Pour ceux qui n'ont aucun humour, et il y en a beaucoup parmi vous, je tiens à dire que je plaisante. Sauf pour les 200 euros, comprenez bien.

Bon alors à lundi 7 mai, nous fêterons ensemble l'avènement de Philippe Poutou, fraîchement élu Poutou changer !

samedi 5 mai 2012

Rencontres internationales du Piano à Maisons-Laffitte

La semaine prochaine se tiendra la 14e édition du concours international de piano d'Île-de-France. Comme le rappelait Claude Samuel dans son blog récemment, un concours de musique ne se réduit pas à son palmarès, loin de là. C'est l'occasion pour les artistes de rencontrer un public, de se lancer un défi à eux-même, de découvrir du répertoire ou d'apprendre en écoutant les autres candidats, et pour les plus brillants, de se faire connaître en décrochant un prix.

Ce marathon pianistique (190 candidats du monde entier qui joueront toutes la journée du 6 au 12 mai) est ouvert au public: pour la modique somme de 10€ par jour ou 25€ la semaine, on peut écouter autant de candidats qu'on le souhaite.

Du reste le concours n'est pas réservé aux jeunes pros car il comporte plusieurs catégories: Cycles 1, 2, 3, Supérieur, Adulte Grand Amateur, Excellence et Diplôme de Concert. Les détails et horaires sont sur le site opus-yvelines. Et nous laisserons le mot de la fin à Anne Quéffelec qui préside cette édition:

Dans notre monde où le virtuel est roi, où la facilité fait briller des mirages, le face à face avec un instrument tel que le piano reste une école de patience, de réflexion, une quête d’idéal et de beauté vitale pour tous

mercredi 2 mai 2012

Tristes débats sans âme !

Triste débats sans âme ! Le Sarko est allé sur ses petites jambes. Il se rêve déjà dans l'élection, après des négociations fêlées. Hollande ce mou, montre ses coquilles énormes à Sarko qui aime la 16 et les bus. Je ne vais pas reculer devant l'OTAN, dit-il en regardant la Ferrari. La journaliste s'agite mollement et montre ses fiches. Mais les candidats sont en lutte et ne sentent pas l'amour. Le petit calomniateur agite le drapeau rouge des syndiqués de la casquette.

- Tu sentiras Marine quand elle traversera le pont !

- J'ai bien joué avec cette flèche, assez ri !

Voilà le grand secret de l'élection: on vote tant qu'on rit.

 


samedi 21 avril 2012

Vous avez dit imposteurs ? (retour sur l'affaire Bogdanov)

Par une amusante coïncidence, j'ai reçu un courrier électronique signé Grichka Bogdanov le même jour où le lisais dans Le Monde un article sur les pressions exercées par les Bogdanov sur les scientifiques qui contestent la valeur de leurs travaux. Il me pose les questions suivantes:


Que savez-vous de nos travaux ? De nos livres ? De notre sincérité ? De la réalité des attaques déloyales dont nous sommes les victimes - en raison même de notre présence médiatique - depuis des années de la part d'une cohorte de scientifiques plus malveillants (et malhonnêtes) que compétents pour nous juger ?

Autrement dit : de quel droit osez-vous, sereinement, nous traiter d'imposteurs et vous faire ainsi le relais actif, à votre tour malveillant, d'une oeuvre douloureuse de destruction concernant nos personnes ?

Ce courrier en réaction à un billet consacré à un autre sujet où je mentionnais leur nom en passant, accompagné effectivement du mot "imposteurs". Questions qui méritent une réponse argumentée, et pourquoi pas publique puisque ce billet était public lui aussi.

Il se trouve qu'avant de me consacrer à la musique j'ai quelque peu étudié les sciences, jusqu'à décrocher un doctorat en informatique à Orsay. La physique n'est pas ma spécialité, juste un objet de curiosité pour moi: je suis avec une certaine attention les expériences récentes pour rechercher le boson de Higgs, ou sur ces neutrinos de l'expérience OPERA qui paraissent voyager plus vite que la lumière, au grand étonnement des chercheurs ayant fait les mesures. Lesquels ont réagi comme de bons scientifiques, c'est à dire qu'ils ont vérifié et re-vérifié le matériel, le protocole de synchronisation des horloges, les mesures avant de publier les résultats en admettant "on ne sait pas les expliquer". Aux dernières nouvelles, des problèmes de câbles et de synchronisation GPS pourraient être suffisants pour expliquer les 60 nanosecondes manquantes. Le responsable de l'expérience, Antonio Ereditato, n'en a pas moins démissionné le mois dernier. Il a déclaré à la BBC:

"We tried to find all possible explanations for this," he said.

"We wanted to find a mistake - trivial mistakes, more complicated mistakes, or nasty effects - and we didn't.

"When you don't find anything, then you say 'well, now I'm forced to go out and ask the community to scrutinise this'."

Je mentionne cette histoire car elle illustre bien le rôle central que joue l'éthique dans la travail des chercheurs.

La recherche scientifique est un métier excessivement difficile et ingrat. Pour vous en persuader, chers lecteurs de ce blog, plutôt que de puiser dans ma propre expérience, je vais vous parler d'une thèse de physique que j'ai observée d'assez près tout de même car c'était celle de mon frère. Il a travaillé sur les lasers et réussi à reproduire une expérience menée par une équipe (danoise, je crois me souvenir) visant à produire des lasers d'une longueur d'onde particulière dans le domaine des XUV, c'est à dire entre les rayons X et les ultra-violets.

Comme vous le savez peut-être, la longueur d'onde d'un rayon laser (sa couleur lorsqu'il est dans le domaine du visible) dépend du matériau, car les longueurs d'onde émises sont directement liées au saut d'un niveau d'énergie à un autre. Les lasers XUV ont beaucoup d'applications potentiels (ne serait-ce qu'améliorer la finesse gravure des micro-processeurs) mais il reste de larges bandes dans le spectre qu'on ne sait pas produire.

J'ai pu visiter l'installation utilisée par l'expérience. Un mélange très réjouissant de machines très sophistiquées qui coûtent plus cher qu'un Ferrari et de tuyaux de plastique assemblés avec du scotch. Il y avait notamment de gros condensateurs destinés à produire une décharge de l'ordre du million de volts pendant une micro-seconde, le dispositif d'émission laser proprement dit et un autre dispositif pour observer les rayons produits. L'ordinateur qui servait à rédiger la thèse était isolé dans un coin par une cage de Faraday, ce qui ne l'a pas empêché de lâcher au bout de deux ans. Faute de matériel existant sur le marché pour mesurer la longueur d'onde, mon frère a du développer du matériel ad hoc, tout un chapitre de la thèse étant consacré à calculs pour prendre en compte la rétro-action entre les capteurs et le courant qu'ils doivent mesurer. La liste des défis petits et grands qu'il a dû relever est sans fin.

Le reste du rapport de thèse détaillait d'abord l'état de l'art dans la physique des lasers, ensuite le matériel et le protocole utilisés, les difficultés rencontrées, les résultats expérimentaux ainsi que leur interprétation. Ayant obtenu au bout de quatre ans d'efforts plusieurs tirs réussis, le travail concluait que la méthode envisagée permettait bien de produire des lasers XUV de telle fréquence. Il constituait donc une validation indépendante des résultats publiés par une autre équipe.

Quatre ans de travail acharné par une personne aussi rigoureuse qu'imaginative et motivée: voilà ce qui est nécessaire pour faire avancer la science de façon somme toute modeste mais indéniablement positive.

La notion de validité scientifique d'un résultat obéit à des critères précis: ce n'est pas tout d'avoir fait une découverte, il faut encore persuader les autres chercheurs qu'on a raison. Pour cela il faut rédiger l'argumentation de manière détaillée et rigoureuse. Et se baser uniquement sur des faits issus d'expériences reproductibles ou sur des déductions logiques. Et la construction de la vérité scientifique est un processus collectif, long et patient, qui vise à éliminer toutes les sources possibles d'erreur pour arriver à poser des faits que personne ne puisse sérieusement contester. Le débat contradictoire fait partie intégrante de ce processus, mais il n'a d'intérêt que si les deux parties sont motivées uniquement par la recherche désintéressée de la vérité. En cette veille d'élections, on ne peut que le rappeler: la science n'est pas la politique, il ne s'agit pas d'être le plus fort et de gagner à tout prix. Il s'agit de participer modestement et de bonne foi à la construction collective du savoir.

Venons-en aux frères Bogdanov. Il y a quelques années j'ai lu leur livre "Avant le big bang" sans avoir d'idée préconçue sur leurs auteurs (je n'ai pas vu leurs émissions télé de vulgarisation, n'ayant pas de télé à la maison quand j'étais jeune). Comme l'indique l'introduction:

(...) pour la première fois, il nous est alors devenu possible d'explorer l'Univers avant le mur de Planck et de remonter jusqu'à la Singularité Initiale - ce mystérieux point zéro - qui marque "avant" le Big Bang, l'origine de l'espace-temps.

Ce voyage extraordinaire, nous le ferons ensemble, pour la première fois, dans les pages qui suivent.

Les physiciens appellent ère de Planck les tout premier instant de l'Univers, d'une durée estimée autour de 10e-44 seconde. On parle aussi de "mur de Planck" selon la plupart des spécialistes, on n'a pas encore les outils mathématiques pour modéliser physiquement ces instants, faute d'une théorie de la gravitation quantique suffisamment aboutie.

Voilà donc deux chercheurs qui affirment avoir trouvé une solution ou plutôt LA solution. C'est énorme. C'est beau. Très beau. Peut-être même un peu trop beau pour être vrai. Après tout, cette veuve sénégalaise atteinte d'un cancer en phase terminale qui m'a envoyé un email pour me proposer un héritage de 1.200.000$ me paraît fort sympathique, mais j'ai tout de même quelques doutes sur sa sincérité.

Le reste du livre comporte essentiellement des jolies phrases sur le nombre d'or, le visage de Dieu, et le temps "imaginaire" avec des sabliers couchés: mais après tout c'est un ouvrage de vulgarisation, il ne faut pas en attendre de détails précis.

J'ai donc voulu en savoir plus, mes amis physiciens m'ont appris tout l'histoire et transmis des documents. En fait de publications scientifiques, le dossier des frères Bogdanov est des plus minces: il comporte deux thèses de doctorat qui ont fait l'objet d'un rapport très défavorable du CNRS et une seule publication dans un journal scientifique avec comité de lecture (où les papiers doivent être acceptés par d'autres scientifiques qui ne connaissent pas le nom des auteurs avant d'être publiés). Cette unique publication dans la revue Classical and Quantum Gravity a été fortement critiquée après publication, au point de mériter le communiqué suivant de la part de la rédaction de ce journal. Le communiqué reconnaît sans ambages que ce papier ne satisfaisait pas aux critères de rigueur attendus, au point qu'il n'aurait pas dû être publié:

Classical and Quantum Gravity and the paper "Topological theory of the 
initial singularity of spacetime" by G Bogdanov and I Bogdanov, Class. 
Quant. Grav. 18 4341-4372 (2001) 
 
A number of our readers have contacted us regarding the above paper 
and in response we have decided to issue the following statement. 
 
Classical and Quantum Gravity endeavours to publish original research 
of the highest calibre on gravitational physics. It is not possible for the 
Editorial Board to consider every article submitted and so, in common 
with many journals, we consult among a worldwide pool of over 1000 
referees asking two independent experts to review each paper. Regrettably, 
despite the best efforts, the refereeing process cannot be 100% effective. 
Thus the paper "Topological theory of the initial singularity of spacetime" 
by G Bogdanov and I Bogdanov, Classical and Quantum Gravity 18 
4341-4372 (2001) made it through the review process even though, in 
retrospect, it does not meet the standards expected of articles in this 
journal. 
 
The journal's Editorial Board became aware of this situation already in 
April 2002. The paper was discussed extensively at the annual Editorial 
Board meeting in September 2002, and there was general agreement that 
it should not have been published. Since then several steps have been 
taken to further improve the peer review process in order to improve the 
quality assessment on articles submitted to the journal and reduce the 
likelihood that this could happen again. However, there are at this time 
no plans to withdraw the article. Rather, the journal publishes refereed 
Comments and Replies by readers and authors as a means to comment 
on and correct mistakes in published material. 
 
We are also grateful to our readers, contributors and reviewers for their 
vigilance and assistance both before and after publication. 
 
Dr Andrew Wray 
Senior Publisher 
Classical and Quantum Gravity 
Institute of Physics Publishing 
 
Professor Hermann Nicolai 
Honorary Editor 
Classical and Quantum Gravity 
Albert Einstein Institute

Suite à cet affaire, le journal en a profité pour modifier ses procédures d'acceptation afin d'éviter qu'un tel dysfonctionnement ne se reproduise. L'article n'a pas été censuré ni "dépublié": au lieu de cela, la direction du journal Classical and Quantum Gravity a décidé de publier les réponses et courriers des lecteurs qui dénonçaient précisément les lacunes et incohérences de ce papier.

Par comparaison le CV d'une chercheuse comme Lisa Randall de l'université de Harvard comporte pas moins de 159 publications, seule ou bien en collaboration, et ses papiers sont abondamment cités par ses confrères physiciens.

L'expérience des frères Bogdanov en recherche scientifique paraît donc très limitée (deux thèses d'une qualité douteuse et une seule publication dans une revue, elle aussi d'une qualité douteuse) et la reconnaissance qu'ils ont obtenue des autres chercheurs en physique quantique quasiment nulle et proche du zéro absolu.

Or pour un chercheur scientifique, rédiger proprement et clairement le résultat de ses recherches, citer les recherches sur lesquelles on s'appuie pour distinguer soigneusement son propre travail de celui d'autrui, ce n'est pas en option. C'est indispensable. Un chercheur scientifique qui ne parvient pas à convaincre en tout premier lieu les autres chercheurs de l'intérêt de ses travaux n'est pas un chercheur, et ses écrits sont à ranger au rayon "poésie" ou "ésotérisme" plutôt que "sciences". 

Bien sûr il reste la posture du génie incompris, qui consiste à affirmer (sur quelle base ?) que les autres scientifiques sont "plus malveillants (et malhonnêtes) que compétents pour nous juger" (je cite le courrier électronique que Grichka Bogdanov m'a envoyé). Venant d'un artiste comme Pierre Boulez, c'est une posture, désagréable certes, mais possible. Venant d'un scientifique c'est une imposture. CQFD

vendredi 20 avril 2012

La Vestale (Le roman de Pauline Viardot), par Arièle Butaux

La Vestale, publié en 2001 est le premier roman d'Arièle Butaux (laquelle est surtout connue pour ses émissions sur France Musique). 

ariele_butaux_la_vestale.jpgÉcrit à la première personne, ce récit de la vie de Pauline Viardot nous promène dans un dix-neuvième siècle des artistes très glamour, très people. Imaginez: le père de Pauline Viardot fut Manuel Garcia, ténor célèbre, le premier ayant chanté Don Giovanni en Amérique. La célèbre Malibran, disparue trop jeune, était sa grande soeur, et l'a initié à la scène. George Sand la considérait quasiment comme sa fille et la poussa à épouser Louis Viardot pour assurer sa carrière. Franz Liszt lui enseigna le piano et la composition, Chopin improvisait dans son salon, Ary Sheffer l'aurait fait poser pour un tableau célèbre aujourd'hui conservé au Musée du Louvre, et qui illustre l'édition poche de ce roman.

A vingt-cinq ans, j'ai consacré chaque jour de mon existence à la musique au détriment de ma vie de jeune femme et de mère. Ainsi se décrit la Vestale au début du roman. La suite nous apprend pourtant qu'elle eut un amant quasi officiel, Ivan Tougueniev, qu'elle subit également les tendresses fort ambigües de Georges Sand, ainsi que la cour effrénée d'Hector Berlioz. Quand aux amourettes avec Franz Liszt ou Charles Gounod, ça ne compte pas, c'est pour le plaisir seulement. Au total, notre Vestale a tout de même l'air de ne pas trop s'ennuyer !

Ce qui fait le charme de cette biographie romancée, c'est la plongée dans la vie d'une artiste avec ses moments sublimes et ses cruelles déceptions, ses personnages souvent célèbres (le portrait du jeune Gounod est assez croquignolet) dont on se rappelle soudain qu'ils ont un jour été des hommes et des femmes, qu'ils pouvaient se connaître, s'écrire, se détester, pourquoi pas coucher ensemble, en bref qu'ils furent vivant avant de devenir de simples noms dans les histoires de l'art ou sur les partitions. C'est aussi l'empathie assez forte qu'Arièle Butaux éprouve pour son sujet, au point d'avoir choisi de dire je pour raconter son histoire.

Ce qui a un peu moins de charme, c'est le style fluide mais sans grande originalité, qui ne nous épargne pas les clichés ou les pléonasmes ("un sacrifice douloureux", "surmonter une montagne de difficultés", etc). Et une légère tendance à la mièvrerie dont on peut se demander si c'était un trait de caractère de la véritable Pauline Viardot.

Au final les 350 pages de cette auto-fiction historique se lisent sans peine et non sans plaisir. Une véritable gourmandise pour lecteurs tant soit peu mélomanes ou cultivés.

jeudi 19 avril 2012

Il y a musique et musique

Piqué dans Les Echos ce matin, un article sur l'audience des stations de radio françaises (et le même avec quelques fautes de français en plus dans Le Parisien). Je vous passe les commentaires sur la baisse ou la hausse de telle ou telle station, ce qui a retenu mon attention était plutôt le tableau qui accompagne l'article:

 audience_radios_lesechos.jpg

Il n'y a rien qui vous frappe dans ce tableau ? Vraiment rien ? Regardez bien la classification des radios. Il y a d'un côté les "programmes musicaux", NRJ, Skyrock et consorts. Et de l'autre côté les "programmes thématiques" comme France Musique qui ne diffuse jamais de musique, comme son nom l'indique, ainsi que Radio Classique.

Au-delà du gag (France Musique et Radio Classique exclues de la liste des radios "musicales") on peut remarquer que dans la vieille Europe en général et dans l'Hexagone en particulier, les styles musicaux à la radio sont extrêmement cloisonnés: on n'entendra pas plus de rap sur Chérie FM que de Pierre Boulez sur Radio Classique. Pas étonnant que les goûts du public soient eux aussi tellement formatés et cloisonnés: ainsi l'amateur de classique qui par réflexe frémit d'horreur quand il entend le timbre de la guitare électrique (même si la guitare en question joue une pièce de Tristan Murail ou de Fausto Romitelli par exemple) ou l'amateur de jazz qui trouve que les symphonies de Mozart manquent un peu de "beat".

Quant à moi, j'apprécie les stations qui présentent le plus de diversité possible, comme FIP, France Musique (et certaines émissions musicales de France Culture). Ouvrir le poste sans savoir si on va tomber sur une improvisation, une symphonie, une chanson, une pièce contemporaine pour orgue ou une aria de Haendel, voilà qui stimule l'imagination et la curiosité. Je n'écoute plus tellement Radio Classique depuis que cette station a adopté le même format que les chaînes de rock, c'est à dire des morceaux de 5 minutes maximum sans lien entre eux. Tout simplement parce qu'une sonate de Brahms (ou même une symphonie de Bruckner, contrairement à ce que vous prétendez, cher David) c'est mieux de l'écouter en entier. Ce type de saucissonnage - une tranche de Vivaldi, une de musique de film, un zeste de Haendel et une plage de publicité - plaît peut-être à ceux qui souhaitent un fond musical agréable pour se détendre, mais à eux seulement. 

samedi 14 avril 2012

Trois millions

Trois millions de personnes par an. C'est le nombre de spectateurs pour les retransmissions au cinéma des opéras du Met de New York, à en croire cet article dans le Monde. La captation en vidéo (en direct et en haute définition s'il vous plaît) des opéras modifie dans le fond assez peu le travail des chanteurs et metteurs en scène, même si elle introduit un metteur en scène bis en la personne du monteur vidéo qui va choisir où placer les caméras et comment enchaîner les plans. Ces millions de spectateurs à distance apportent également un souffle d'air bienvenu aux finances structurellement déficitaires d'une maison d'opéra.

Ce chiffre de trois millions peut évidemment servir à faire taire définitivement ceux qui prétendent que l'opéra est resté un art élitiste, un marqueur de classe sociale. Au contraire le théâtre, depuis les loges des princes et des ducs jusqu'au "paradis" sans place assise pour le peuple, a toujours été un haut lieu de rencontre sinon de brassage des classes sociales. En ce début de vingt-et-unième siècle, les maisons d'opéra semblent avoir compris que l'intérêt des retransmissions dans les salles de cinéma ou en vidéo à la demande sur internet étaient bien plus qu'un gadget à la mode. Il ne leur reste plus qu'à comprendre que les oreilles modernes ne sont plus celles du XIXe siècle, et que le répertoire mériterait lui aussi de rajeunir un peu.

vendredi 13 avril 2012

Stéphane Ginsburgh en concert à Paris le 29 avril

Le pianiste belge Stéphane Ginsburgh m'a écrit pour me signaler un concert prochain à Paris:

Cher ami/e parisien/ne,

J'ai le plaisir de jouer aux Instants Chavirés le 29 avril prochain à 18h des pièces pour piano et plus, dans la série Piano Solo.

De Frederic Rzewski, le magnifique monodrame De Profundis for speaking pianist sur le texte d'Oscar Wilde.

De Vykintas Baltakas, Pasaka/Ein Märchen, un conte étrange pour piano et bande sur un texte mythique indien dit en lithuanien.

Enfin, une création pour piano, sampler et actions de Matthew Shlomowitz (commande du Centre Henri Pousseur), Popular Contexts 2.

Si ce nom ne vous dit rien, je vous invite à jeter un coup d'oeil sur cette vidéo récente où Stéphane Ginsburg joue une autre pièce pour piano, percussions et électronique live de Panayiotis Kokoras.

mardi 10 avril 2012

Brucknerphobia

Très drôle, à lire sur le blog de Jessica Duchen (en anglais)

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