Entendu hier, un concert voix violoncelle piano au temple de l'Etoile à Paris, avec l'excellent L'Oiseleur des Longchamps (baryton), dans un programme on ne peut plus rare car il permettait d'entendre des mélodies de Jacques de La Presle, qui sont encore plus rarement données que celles de Gabriel Dupont (dont pourtant les Carnets sur Sol font une publicité éhontée), mais aussi d'autres pièces rares de Pierre de Bréville, Armande de Polignac, Pierre Thilloy, Théodore de Lajarte, Antony Choudens. Sans compter d'illustres inconnus comme Hector Berlioz ou Georges Bizet
Je vous renvoie au billet de Simon Corley sur ConcertoNet pour une présentation plus exhaustive. L'enthousiasme modéré du critique peut hélas s'expliquer sans peine par la qualité dramatique de l'acoustique du temple de l'Etoile, qui noyait le piano et faisait disparaître le violoncelle dans un brouillard de résonance dont l'épaisseur n'avait d'égal que la dureté des bancs. Par une sorte de miracle dont seule la diction parfaite de L'Oiseleur des Longchamps est capable, on percevait très bien toutes les paroles.
Ayant enregistré le concert, j'ai été surpris par la grande différence entre ce qu'on entend sur la bande: le son du violoncelle est chaud et timbré, l'équilibre entre les trois musiciens est parfait, et ce que j'ai entendu hier au soir, étant placé seulement à 6 ou 7 mètres des musiciens: tout était brouillé, cotonneux, on devinait plus qu'on entendait le violoncelle. C'est un triste constat que j'ai pu faire lors de nombreux concerts avec Ut Cinquième: une salle de concert est un instrument de musique, et la qualité du concert dépend de manière cruciale de la qualité de cet instrument. Et les églises parisiennes, quelles que soient leurs qualités architecturales, sont pour la plupart d'entre elles de très pauvres instruments de musique. Que n'a-t'on pu entendre les mêmes interprètes dans le même programme salle Gaveau ou encore à l'auditorium du Louvre ! Nous aurions pu mieux goûter les nuances de ces mélodies françaises dont l'émotion tient souvent à des détails impalpables, et la grande qualité des interprètes.
Compte tenu de ce handicap, il faut reconnaître un certain mérite au public qui est venu nombreux, a écouté de manière très attentive, sans interrompre les pièces d'un cycle, et pour finir a énergiquement réclamé deux bis, dont la Habenara de Carmen, plutôt inhabituelle mais très réjouissante dans un arrangement baryton-violoncelle-piano.
Il faut aussi, last but not least, saluer la redécouverte des mélodies de La Presle, qui ont leur place dans le répertoire à côté de celles de Fauré, Ravel, Debussy mais aussi Honegger, Widor, Dupont, Hahn, et tant d'autres. Et souhaiter que le projet de les graver au disque se concrétise.