mercredi 8 juin 2011

Quatre créations et une avant-première à Liège

Quatre de mes oeuvres récentes seront bientôt créées au Conservatoire de Liège, dans le cadre des auditions de fin d'année de la classe de composition:

  • Mercredi 15 juin, 20h à l'Espace Pousseur, aura lieu la première audition de Tu fais trop de bruit..., une scène de théâtre musical pour soprano, violon, clarinette, marimba, trombone et acteur muet, sur un texte d'Aurélie Loiseleur. Avec Lydie Szymaszek, Laurence Mary, Rudy Mathey, Alexis Bourdon, Jean-François Cosentino.
  • Vendredi 24 juin, 20h à l'Espace Pousseur, on pourra entendre, pas forcément dans cet ordre-là:
  1. Entrée en eau, unepièce de musique acousmatique sur un texte d'Aurélie Loiseleur
  2. Érotique pour piano, clarinette et alto, une pièce qui vient compléter le cycle des mes Poèmes d'après Yourcenar, avec Tomonori Takeda (clarinette) et PIerre Vanlinthout (piano)
  3. Contemplation du vide, pour alto et électronique. Cette pièce est destinée à devenir une section d'une oeuvre plus vaste qui portera le titre de 13.2 Milliards d'Années-Lumière, dont je reparlerai dans ce journal.
Par ailleurs le jury pourra entendre en avant-première Centaures, mélodie pour voix et piano sur un texte de Marguerite Yourcenar, enregistré par L'Oiseleur des Longchamps (baryton) et Mary Olivon (piano) pour un disque "Chevauchées Lyriques" qui sera dans les bacs d'ici à la fin de l'année.

Sur ce je vous laisse, j'ai des concerts à préparer...

mercredi 11 mai 2011

Petites Fanfares Célestes à la Philharmonie de Liège le 15 mai 2011

Mes Petites Fanfares Célestes seront données à la philharmonie de Liège (Belgique) dimanche prochain, 15 mai 2011, à 15 heures, dans une nouvelle orchestration pour grand ensemble de cuivres et percussions (la version originale étant pour dixtuor de cuivres: 4 trompettes, cor, 4 trombones, tuba). Dans le cadre d'un projet destiné à rapprocher jeunes compositeurs et formations de musiciens amateurs, elles seront jouées par la Fanfare Royale de Malmedy sous la direction de Vincent Dujardin.

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C'est l'occasion pour moi de remercier chaleureusement et par avance Vincent Dujardin et les musiciens de la Fanfare Royale ainsi que Michel Fourgon, professeur au conservatoire de Liège, pour avoir permis à ce projet de se concrétiser.

lundi 25 avril 2011

Aria pour hautbois et cordes

La fête de Pâques est l'occasion pour les chrétiens de célébrer leur croyance en la résurrection; pour tout le monde manger du chocolat et de profiter d'un jour de congé supplémentaire; pour les mélomanes de ré-entendre la Passion selon St Matthieu (ou bien selon Saint Jean).

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jeudi 24 février 2011

Neige sur Liège (haïku, pour voix et piano)

Écrit en décembre dernier, en deux heures, entre deux répétitions d'orchestre à Liège, et en regardant la neige tomber par la fenêtre au-dessus de la Cité Ardente, voici la partition d'un Haïku pour voix et piano. L'ambitus vocal étant assez réduit (une octave, du mi au mi) c'est chantable par presque toutes les voix ou presque. Un Haïku est nécessairement très court (5 + 7 + 5 syllabes, encore que le comptage des syllabes ne soit pas le même en Japonais et en Français) et doit comporter une référence à la saison. C'est bien le cas ici:

Neige sur Liège

L'Ardente endormie

Rêve à son passé

Comment rendre musicalement le sentiment de confort feutré et de léger vide qu'on ressent en regardant les flocons tourbillonner derrière une vitre, au-dessus d'une ville immobile et plus grise que jamais ? Je ne saurais l'expliquer, mais alors que je n'avais pas particulièrement prévu de travailler à ce moment-là, une intuition m'a soufflé ce court motif que j'ai jeté sur le papier:

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Fichier audio intégré

Le reste a suivi très naturellement. Dans une pièce aussi courte, on ne doit pas introduire trop d'idées si l'on tient à créer une ambiance cohérente. Il vaut mieux jouer avec les matériaux qu'on entend dans les toutes premières secondes, ce qui laisse tout de même une grande liberté car on est bien loin d'avoir épuisé toutes les possibilités de variation et de développement quand la pièce prend fin.

La tête de ce motif, noyée dans la résonance de la pédale, peut faire penser aux nuages et tourbillons debussystes, Mais ce brouillard est vite dissipé par suite du motif (dissonance de septième majeure, rythme pointé, accent, coupure de la pédale) qui débouche sur une note tenue, autrement dit sur le vide. Il est un peu tard et je ne vais pas vous faire un cours sur la contemplation du vide dans la philosophie taoïste mais vous avez saisi l'idée.

Dès qu'un de mes amis chanteur ou chanteuse aura eu la gentillesse de programmer cette chansonnette en récital, j'aurais peut-être un bout de mp3 à poster dans ce journal.


dimanche 10 octobre 2010

L'Araignée, Etude numéro 1 pour piano

Bien que j'utilise mon quart de queue de façon quotidienne, aussi bien pour déchiffrer et analyser des partitions (et pas seulement des textes pour piano) que pour improviser ou corriger mes propres partitions, j'écris très peu pour le piano. Je ne parle pas ici du piano en tant que membre d'un groupe de musique de chambre ou accompagnement d'un chanteur, mais vraiment du piano solo, destiné à fabriquer toute la musique lui-même, chant, contre-chants et textures d'accompagnement.

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D'abord les pianistes s'en foutent des pièces contemporaines. Si on leur dit qu'on a écrit une pièce pour piano seul, ils vont simplement hausser les épaules et retourner travailler leur Chopin. Et le piano n'étant pas mon instrument principal, je n'ai ni le niveau ni la motivation pour jouer moi-même en concert les pièces que j'écrirais. A quoi bon se fatiguer si personne ne jouera ce qu'on écrit ?

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Ensuite, même si on ne considère que les pièces écrites pour le piano moderne (disons à partir de Beethoven), le répertoire comporte nombre de chefs-d'œuvres si imposants que c'est à vous décourager d'écrire la première note. Peut-on encore avoir envie d'écrire pour le piano après la Sonate Hammerklavier de Beethoven et la Sonate en Si de Liszt ? Et à côté de ces grands chefs-d'oeuvre, un nombre impressionnant de pièces honorables et de bonne facture sont disponible, dans tous les styles et pour tous les niveaux de difficulté. Remarquons tout de même que si Olivier Messiaen s'était découragé de la sorte, nous serions privés des Préludes, des Vingts Regards et de tout le catalogue des Chants d'Oiseaux, ce qui serait tout de même fort triste.

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Troisième raison d'hésiter: l'instrument lui-même. La mécanique sophistiquée du piano permet une virtuosité quasiment sans équivalent sur les autres instruments, son jeu naturellement polyphonique et son ambitus énorme peut lui donner l'illusion qu'il sait remplacer un orchestre entier. Mais il ne sait pas faire ces choses si simples à réaliser avec les instruments mélodiques, à cordes, à vents, à plumes ou à cordes vocales: lier deux notes, faire un crescendo puis un decrescendo sur la même note, manipuler la hauteur du son, jouer des micro-intervalles, réaliser une glissade ou enrichir le son par le vibrato. Du reste j'ai déjà évoqué toutes ces difficultés dans ce journal.

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Toutes ces objections étant posées, il m'arrive tout de même, parmi les choses qui me viennent en improvisant, de vouloir garder certaines formules ou gestes instrumentaux qui me paraissent destinées au piano plus qu'à tout autre instrument. Pour mon étude numéro 1, sous-titrée l'Araignée, j'ai pris les choses par leur commencement. Deux mains avec cinq doigts chacune, des touches noires et des touches blanches. En superposant les deux mains, on forme une sorte d'araignée dont les dix pattes s'agitent en tout sens sans jamais se gêner mutuellement. Au point de vue harmonique, on joue avec deux couleurs, celle de la gamme diatonique (les touches blanches) et celle de la gamme pentatonique (les touches noires).

laraignee_extrait1.pngLe geste initial de cette Etude est constitué d'un mouvement ascendant superposé à un mouvement descendant, mais l'oreille distingue plutôt deux voix: une qui descend et remonte, l'autre qui monte et redescend. Ensuite, c'est parti, il n'y a plus qu'à laisser la petite bébête courir sur le clavier... je vous propose d'écouter le meilleur (et le seul) enregistrement de cette pièce, par Philippe Hattat, un jeune pianiste et compositeur surdoué dont vous entendrez certainement reparler, et pas seulement dans le journal de Papageno:




Fichier audio intégré

Cette étude n°1 est dédiée à Michel Merlet, mon (ex-)professeur de composition. La partition sera bientôt disponible sur le site Tamino Productions en version électronique, et aussi en version papier.

mercredi 23 juin 2010

Fugue sur le nom de Dimitri Chostakovitch

Cette fugue est un pur exercice scolaire, dans la mesure où elle a été réalisée pour le cours d'écriture au conservatoire de Liège, où j'ai profité des excellents conseils du pianiste et compositeur Marcel Cominotto. Les sujets et contre-sujets de cette fugue sont basés sur la cellule suivante:

C'est la signature musicale de Dimitri Schostakovitch. (Rappelons que la notation allemande utilise des lettres pour les notes de la gamme, avec B = si bémol et H = si bécarre. Pour le S il y a une astuce car Es = mi bémol). Le compositeur russe (ou devrais-je dire soviétique) l'a utilisé notamment dans son excellent Huitième quatuor.

Ce blog n'est pas le lieu pour publier une longue auto-analyse de l'oeuvre, et ce d'autant plus que je trouve les auto-analyses des compositeurs en général barbantes, qu'il est tard et qu'il faudra se lever tôt demain pour emmener les enfants à l'école. J'invite seulement les lecteurs de ce blog à remarquer que j'ai très peu fait usage dans cette pièce des modes de jeux spéciaux (col legno, sul pont, tremolo, glissando, ...). Non que je n'aime pas ça, bien au contraire: je crois avoir écrit récemment dans ce journal que les recherches sur le son me passionnent et je n'ai rien contre le contemporain qui pique et qui gratte. Mais au fur et à mesure que j'avançais dans ce projet d'écriture s'est imposée à moi la nécessité, pour cette pièce, d'utiliser peu d'artifices, d'exploiter surtout les ressources nobles des instruments et le développement du contrepoint pour créer une atmosphère, introduire des ruptures et raconter une histoire.

A quel point j'y ai réussi, c'est à vous d'en juger. Vous pourrez le faire grâce à un enregistrement réalisé selon la méthode scientifique bien connue de la RACHE par mes amis et complices du quatuor Hypercube. Un grand merci à Fanny, Benoît et Stefano, et s'il vous plaît un peu d'indulgence pour les interprètes qui ont eu très peu de temps pour travailler cette partition:

La partition sera publié très bientôt est maintenant disponible sur le site Tamino Productions. Dernier point, la plupart des gens entendront cette partition comme atonale bien que je l'entende le plus souvent en si mineur et qu'elle se termine sur un accord parfait. Est-ce de la musique post-moderne, anti-réactionnaire ou bien néo-tonale ? Peut-être est-ce tout simplement de la musique.

mardi 16 mars 2010

Le miel inaltérable... pour deux pianos

Le miel inaltérable... est une pièce pour deux pianos, écrite l'été dernier à Courchevel. Elle est inspirée d'un poème de Marguerite Yourcenar, extrait des sept poèmes pour une morte qui font partie des Charités d'Alcippe. Ce recueil d'abord publié au début des années 1950 chez un petit éditeur belge appelé La Flûte Enchantée (ça ne s'invente pas !) est maintenant disponible chez Gallimard.

Une poésie très néo-classique mais de bonne facture, selon la femme de mon cœur qui est une grande spécialiste de la chose. Une poésie d'une beauté intemporelle, selon moi:

Le miel inaltérable, au fond de chaque chose
Est fait de nos douleurs, nos désirs, nos remords
L'alambic éternel où le temps recompose
Les larmes des vivants et les pensées des morts.

D'identiques effets regerment de leur cause;
La même note vibre à travers mille accords;
On ne sépare pas le parfum de la rose;
Je ne sépare pas votre âme de son corps.

L'univers nous reprend le peu qui fut nous-mêmes.
Vous ne saurez jamais que mes larmes vous aiment;
J'oublierai chaque jour combien je vous aimais.

Mais la mort nous attend pour nous bercer en elle;
Comme une enfant blottie entre vos bras fermés,
J'entends battre le cœur de la vie éternelle.

Cette partition est dédiée à Pascal Devoyon et Rikako Murata. Elle est disponible sur le site Tamino Productions (et aussi sur le site SibeliusMusic). La première audition publique devrait avoir lieu dans les mois qui viennent.

dimanche 7 mars 2010

Architectures contemporaines, pour voix et piano

Il est au fond assez fréquent que l'inspiration se nourrisse du travail d'autres artistes, quel que soit leur domaine. La poésie, la peinture, le théâtre sont aussi nécessaires à mon équilibre intérieur que la musique. Le cycle Architectures contemporaines en est la parfaite illustration.

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mardi 1 décembre 2009

Jean-Sébastien, que ma joie demeure

Certains occupent leur temps libre en remplissant des grilles de sudoku: même si c'est un jeu que j'affectionne par ailleurs, c'est plutôt avec du contrepoint renversable dans le style du début du 18e siècle que je me distrais après le boulot (le boulot en question étant, selon les jours, alto, orchestre, composition ou informatique).

Même s'il ne s'agit que d'un exercice un peu scolaire, il faut bien avouer qu'emboîter sujets et contre-sujets, préparer et résoudre les septièmes, dérouler tranquillement les marches harmoniques me remplit de joie. J'ai l'impression de construire une église ou un temple modeste et austère mais accueillant et de proportions harmonieuses lorsque je fais du contrepoint dans le style de Bach.

Bienheureux Jean-Sébastien Bach, qui a passé sa vie à pratiquer un style de composition techniquement parfait mais déjà passé de mode chez ses contemporains. A vrai dire bien d'autres ont excellé dans le contrepoint; la particularité de Bach tient peut-être dans le côté pédagogique de sa musique (on a l'impression d'être pris par la main et guidé dans les méandres du contrepoint), mais aussi une simplicité désarmante et une élégance jamais mise en défaut.

Pédagogue, la musique de Bach l'est aussi avec l'interprète, qu'elle invite à s'élever par paliers jusqu'à la plus parfaite maîtrise instrumentale nécessaire à l'interprétation des grands chefs-d'œuvres comme la Chaconne pour violon seul. Elle l'est plus encore avec les compositeurs: aucune musique plus que celle de Bach ne sait donner le désir d'écrire. Chopin et Franck, parmi tant d'autres, pratiquaient la musique de Bach quotidiennement. Aussi, en élève studieux à défaut d'être doué, j'écris des préludes et fugues pour clavier ou quatuor à cordes. De simples exercices, qui ont pour seule utilité de me réjouir profondément. Que ma joie demeure ! et qu'on me permette de la partager avec vous, chers lecteurs.

(pour les curieux, la partition pour piano et celle pour quatuor à cordes seront bientôt sur le site Tamino Productions)

dimanche 13 septembre 2009

Messiaen au paradis ... de la vidéo en ligne

La rédaction du Journal de Papageno ne ménage pas ses efforts pour vous proposer un blog différent avec un contenu original. Pour produire ce billet il a tout de même fallu:

  • écrire 50 pages de musique (120 si on ajoute les parties séparées)
  • réunir dix musiciens et un chef, organiser les répétitions
  • trouver un lieu de concert, rédiger des programmes, faire de la pub (merci Catherine !)
  • jouer les petites fanfares célestes en première mondiale
  • enregistrer et filmer le concert
  • terminer par un petit bout de montage vidéo

A part le premier et le dernier point, ma contribution au projet a été des plus limitées d'ailleurs. Je suis très reconnaissant aux musiciens de l'ensemble KABrass et à Xavier Saumon qui ont accueilli ce projet avec enthousiasme, et lorsque la partition est arrivée, ont toute de suite trouvé le ton mi-sérieux mi-ironique qui convenait à ce cycle et bravement affronté les difficultés techniques. Dans le numéro 3 notamment (Dialogues de l'Esprit), ils ont du notamment souffler sans produire de note, frapper l'embouchure du trombone avec la paume, boucher l'embouchure des trombones avec la main (pour produire un son qui se rapproche de celui du cor), et même se mettre à la percussion en laissant la trompette pour le wood-block ou le triangle. Dans la pièce numéro 3 du cycle consacré à la Trinité, on ne pouvait pas ne pas utiliser un triangle...

S'il faut donc saluer les efforts des musiciens pour défricher une partition nouvelle qui s'éloignait quelque peu de leur répertoire habituel (Stardust, entre classique et jazz, est un de leurs tubes), ce que je retiens de cette expérience, ce que j'ai aimé chez KABrass et qui m'a inspiré pour écrire ces pièces, c'est avant tout le plaisir de produire le son et de jouer ensemble, plaisir on ne peut plus communicatif. C'est le son chaud et plein des cuivres, mais c'est aussi l'ambiance amicale et volontiers facétieuse qui règne dans ce groupe, qui donne une coloration particulière et une forme de légèreté à tout ce qu'ils jouent.

Comme mon professeur de composition aime à le rappeler, les interprètes ont besoin de compositeurs sinon ils n'auraient rien à jouer; mais l'inverse est tout aussi vrai. Moi qui sais tout juste assez de trombone pour entonner La Marseillaise sur cet instrument (avec quelques pains), j'ai pu faire sonner non pas une mais dix embouchures. Une fois encore, merci et bravo à KABrass et à Xavier Saumon.

samedi 11 juillet 2009

Berceuse sur une gamme fantaisiste

Publié en 1945 chez un petit éditeur qui a depuis longtemps mis la clé sous la porte, Flûte à tue-tête de Jean Vogel est aujourd'hui quasiment introuvable. Je dois à L'Oiseleur des Longchamps et à sa curiosité insatiable pour la poésie sous toutes ses formes d'avoir découvert ce recueil. On y trouve en particulier une chanson, berceuse sur une gamma fantaisiste, que j'ai trouvée mignonne comme tout et mise en musique. La structure en est assez régulière: huit couplets qui commencent et finissent par une gamme. Voici les trois premiers:

Do ré mi fa sol la si do
Enfants sans jeux filles sans dot
Pourquoi pleurer dans vos rideaux ?
C'est demain le jour des cadeaux
Do ré mi fa sol la si do

Ré mi fa so la si do ré
Beaux enfants sages éplorés
Ce qui vous manque vous l'aurez
Cette poupée aux yeux dorés
Ré mi fa so la si do ré

Mi fa sol la si do ré mi
Les enfants sages endormis
Ont moins de peine et plus d'amis
Que ceux qui pleurent à demi
Mi fa sol la si do ré mi

La répétition et même la monotonie de la structure sont compensés par la grande fantaisie des couplets (on a même un vers en italien), des images qui surgissent sans cohérence afin d'évoquer l'univers des rêves d'enfants:

Fa sol la si do ré mi fa
Sophie s'endort au Califat
et songe (Oh ! Mille anni fa !)
Qu'elle est Calife au Califat
Fa sol la si do ré mi fa

Sol la si do ré mi fa sol
Victor qui rêve à Donna Sol
En effeuillant des tournesols
Tombe d'un saule sur le sol
Sol la si do ré mi fa sol

La si do ré mi fa sol la
Elle est bien bonne celle-là !
Lise qui dort voit Dalila
Gagner Samson en tombola
La si do ré mi fa sol la

Arrivé à la septième strophe, le poète finit par se moquer de lui-même et de la monotonie de sa berceuse, invitant même le lecteur à s'endormir:

Si do ré mi fa sol la si
Vous me direz qu'elle est bien scie
Cette gamma en péripéties
Mais essayez dormez aussi
Si do ré mi fa sol la si

Avant de revenir sur le do initial pour fermer la boucle:

Do ré mi fa sol la si do
Ainsi finit ma gamme en do
Avec des rêves pour fardeaux
Les écrevisses dos à dos
Vont deux à deux faire dodo
Do ré mi fa sol la si do

Pour mettre ce texte en musique, j'ai choisi autant de modes qu'il y avait de couplets, utilisant même le mode II de Messiaen pour le 7e couplet (l'extrême régularité de ce mode symétrique aide à produire l'impression de monotonie), sans chercher à éviter les clichés, comme la seconde augmentée "orientale" pour le quatrième couplet. Chaque strophe est donc traitée comme une mini-mélodie avec sa couleur harmonique, son rythme, son atmosphère, mais aussi comme une variation du thème mélodique initial. Et la huitième strophe redit la première à l'envers, ce qui était quasiment obligé par le texte (les écrevisses...). Trèves de paroles, voici le début de cette berceuse par L'Oiseleur des Longchamps (baryton) et Mary Olivon (piano):

La partition est en ligne chez Tamino Productions et aussi sur le site SibeliusMusic.

dimanche 7 juin 2009

Le résultat du vote

En exclusivité sur le journal de Papageno, voici le résultat du vote. Non, je ne parle pas du scrutin pour élire des députés européens dont apparemment personne n'a rien à faire, mais du seul vote qui comptait vraiment aujourd'hui: celui du jury du diplôme de composition de l'Ecole Normale de Musique. Courant sous les couleurs du coach Michel Merlet (gilet sériel, bottes modales, casaque tonale) j'ai présenté trois pièces au jury:

  • Petites Fanfares Célestes, pour ensemble de cuivres, jouées par KABrass sous la direction de l'excellent Xavier Saumon,
  • Sombres Pensées, pour violoncelle seul, jouées par le non moins excellent Benoît Stroh
  • deux des Poèmes d'après Yourcenar, pour clarinette alto et piano, jouées par les excellents Mathieu Prévot et Aurélia Céroni, et moi-même.
Il me faut ici remercier les interprètes pour leur travail bien sûr mais aussi pour leur enthousiame et leur soutien chaleureux qui a énormément compté pour moi, depuis le projet ("Patrick, tu ne voudrais pas écrire quelque chose pour KABrass" ou "Benoît, si j'écrivais un truc moderne imb****able pour violoncelle, tu le jouerais ?"), les premières esquisses, la rédaction, jusqu'aux les répétitions, révisions de détail, concerts et séances d'enregistrement.

Je vous propose d'écouter le premier des Poèmes, capté sur le vif cet après-midi. La partition porte deux vers de Marguerite Yourcenar, tirés des Charités d'Alcippe, en exergue:

Goutte à goutte épanché sur l'obscur auditoire,
Le son du violon roule encor comme un pleur.



Le verdict: reçu à l'unanimité pour le diplôme de composition. Bien sûr ça fait plus propre sur un C.V. que "recalé deux fois de suite", mais il convient de relativiser un résultat qui de l'aveu même des professeurs est des plus difficiles à prévoir, et réserve chaque année des surprises, bonnes ou mauvaises. Même sans remettre en cause le sérieux et la compétence des membres du jury (et celle de MM Louvier, Margoni et Mansart n'est plus à prouver), la diversité des esthétiques, la variété des techniques, la subjectivité de la perception de ce qui est beau, surtout lorsque c'est un compositeur qui écoute un autre compositeur, font qu'il reste toujours une part d'arbitraire dans les résultats. Comme pour les prix littéraires, la liste des reçus et des exclus laisse parfois un peu rêveur... Du reste tout cela ne date pas d'hier.

C'est donc un simple panneau sur le bord de la route: il est vert, il aurait pu être rouge, la route continue. Ce qui compte est bien le chemin parcouru, et bien plus encore celui qui reste à parcourir et toutes les rencontres qu'on peut faire en chemin. Si mes pensées (qui n'ont rien de sombre aujourd'hui) vont tout d'abord à mon professeur Michel Merlet qui m'a tout appris et bien plus, je ne peux terminer ce billet avant d'avoir salué amicalement mes collègues apprentis compositeurs de l'ENM, de qui j'ai beaucoup appris également, et de leur souhaiter tous le bonheur qu'ils et elles méritent dans le très difficile et très ingrat métier de compositeur.

mercredi 3 juin 2009

Dialogues de l'Esprit

Dialogues de l'Esprit est le nom du troisième tableau de mes Petites Fanfares célestes, qui portent comme sous-titre: Messiaen au paradis. Ces fanfares sont composées de cinq tableaux:
  1. Fanfare d'accueil des anges. Facétieux et un peu maladroits, les anges s'efforcent d'intégrer les modes de Messiaen et les rythmes non rétrogradable à leur langage musical, qui est plutôt tonal au départ.
  2. Discours de Saint Pierre. Solennel, imposant, mais pas dépourvu de tendresse.
  3. Dialogues de l'Esprit.
  4. l'Enfant Jésus dans sa Gloire. Une berceuse mystique en forme de choral à 10 voix.
  5. A la droite du Père. Dans ce finale très enlevé, on peut entendre des cloches, des rythmes de rumba, un choral sur l'accord divin qui contient toutes les notes de la gamme, et tous les thèmes des mouvements précédents qui réapparaissent et se superposent dans une joyeuse bousculade.

Je vous propose d'écouter un extrait de ce troisième tableau, interprété par KABrass sous la direction de Xavier Saumon (prise de son Guillaume Vidal):

Le nom d'un musicien célèbre est caché dans cette pièce. Saurez-vous le reconnaître à l'oreille ? Des places gratuites pour le concert du 13 juin sont à gagner.

mercredi 13 mai 2009

Trisam Meine Liebe

Les sons déjà couchés dans leur cercueil d'ivoire,
N'excusent qu'un moment ta fièvre et ma pâleur;
Assez; plus de baisers; la chair est sans mémoire;
Tout amour prolongé se résorbe en douceur

Happés diversement par l'immensité noire,
Repoussons, dégrisés, ce fascinant malheur;
Goutte à goutte épanché sur l'obscur auditoire,
Le son du violon roule encor comme un pleur.

N'accuse ou ne bénis que ce complice immense.
Le cœur déjà s'épuise et vivre recommence;
Le nocturne reflux ne nous joint qu'un instant.

Je ne dis pas c'est lui. Ne dis pas ce fut elle.
Tombe, oubli, noir velours, sur la scène immortelle :
Je n'ai fait cette nuit que céder à Tristan.

(Marguerite Yourcenar, in Les charités d'Alcippe, 1930)

(Patrick Loiseleur, Poème I d'après Marguerite Yourcenar, joué par Mathieu Prévot, piano, Olivier Tholliez, clarinette, Patrick Loiseleur, alto)

vendredi 8 mai 2009

Sombres pensées

Que je suis à plaindre ! j'ai perdu tout ressort, et je suis tombé dans un abattement qui ne m'empêche pas d'être inquiet et agité. Je ne puis rester oisif, et cependant je ne puis rien faire. Je n'ai aucune imagination, aucune sensibilité pour la nature, et les livres m'inspirent du dégoût. Quand nous nous manquons à nous-même, tout nous manque.

(Goethe, les souffrances du jeune Werther)


(Sombes pensées, de Patrick Loiseleur, pour violoncelle seul, interprété par Benoît Stroh)


(Melancolia, Domenico Feti)
La forme de ce billet (une citation littéraire, une reproduction de tableau et un petit bout de mp3) est un clin d'oeil au blog de Didier da. Je tiens par ailleurs à remercier Benoît Stroh pour la qualité de son travail qui a fait de la création de ces Sombres pensées un grand moment. La partition est disponible ici.

dimanche 19 avril 2009

L'Enfant Jésus dans sa Gloire

Est-ce qu'on va jouer du Loiseleur cette année ? C'est la question que m'ont posé certains musiciens de l'orchestre Ut Cinquième au début du stage d'orchestre. L'an dernier nous avions joué un arrangement de Debussy (la fille aux cheveux de lin), et en 2007 ma toute première pièce pour orchestre, simplement intitulée Adagio.

l'Enfant Jésus
(détail d'une peinture de Fra Angelico)

Cette année, n'ayant pas de pièce pour orchestre symphonique toute prête, j'ai ré-orchestré une de mes Petites Fanfares Célestes (écrites pour un ensemble de trompettes et trombones) pour un orchestre avec bois par deux, c'est à dire deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, et le quintette à cordes habituel. C'est un choral d'une facture assez simple, basé sur des harmonies tonales, même si en tendant l'oreille, vous entendrez des accords à 5 ou 6 sons qui ne sont pas vraiment répertoriés dans les manuels d'harmonie scolaires et font plutôt penser à Messiaen ou Dutilleux. Toute la pièce reste dans la nuances piano et dans des phrasés très legato qui peuvent donner une certaine impression de monotonie si on l'écoute isolée, mais qui sont destinés à former un contraste avec les pièces qui précèdent et qui suivent.


Même si le résultat n'est pas tout à fait irréprochable car c'est une pièce très délicate à jouer malgré son apparente simplicité, il me faut remercier particulièrement mes amis d'Ut Cinquième sous la direction de Rondy Torrès qui ont cherché et obtenu un son assez rond et très doux avec une tout petit effectif: par moments, on pourrait penser aux tuyaux de bois d'un orgue plutôt qu'à un orchestre, ce qui était exactement l'effet recherché.

La partition devrait être disponible d'ici un jour ou deux sur le site SibeliusMusic

Reste à savoir comment sonne la version pour ensemble de cuivres: pour cela il faudra attendre le mois de juin lorsque l'ensemble KABrass sous la direction de Xavier Saumon créera mes Petites Fanfares Célestes dans leur version originale.

lundi 30 mars 2009

Esprit de Dmitri, es-tu là ?

Dmitri_Chostakovitch.jpg Il faut considérer comme un signe du destin farceur le fait que les semaines où je poussai mes premiers vagissements furent également celles où Dimitri Chostakovitch écrivit sa toute dernière oeuvre, la sonate pour alto op 147 qu'il n'entendit jamais. Etait-ce son esprit qui m'a saisi ce matin lorsque je me mis au piano, mes doigts produisant une trepak frénétique et despérée sans que rien ne puisse les arrêter ?

vendredi 13 mars 2009

Sombres pensées, pour violoncelle seul

La partition de Sombres pensées, une pièce que j'ai écrit récemment pour violoncelle seul est maintenant disponible en ligne (en version PDF et en version papier). Il y a bien quelques doubles cordes, mais c'est une partition essentiellement monodique, basée sur le développement de deux cellules mélodiques de caractère opposé. C'est assez court et assez concentré (à peine quatre minutes). D'ici quelques semaines il y aura peut-être un petit extrait de MP3 pour les lecteurs de ce journal. Il est possible qu'une deuxième version, avec bande magnétique, voie le jour. Cette pièce est dédiée au violoncelliste Benoît Stroh.

dimanche 8 mars 2009

Weibengarten: romance pour alto et piano

Felix Weibengarten (1833-1887) a parfois été surnommé le Fauré allemand, bien que sa renommée n'ait guère dépassé à l'époque la basse-Saxe où il a passé l'essentiel de sa vie. Musik muss singen über alles (la musique doit chanter avant tout), telle était sa devise.

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lundi 16 février 2009

La fugue d'école: une antisèche en sept points

Comment écrire une fugue d'école ? Pour commencer on peut improviser un petit prélude:

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