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vendredi 2 juin 2017

Un soir de demi-brume à Londres... pour orchestre de chambre. Partition enfin disponible !

Le temps ne passe pas, il court, il s'envole, il s'enfuit comme le plus impudent des voleurs... Lorsque j'ai écrit cette pièce pour orchestre de chambre (12 instrumentistes) intitulée Un soir de demi-brume à Londres pour la classe de composition du conservatoire de Liège, j'étais tellement débordé que j'ai à peine jeté quelque mots dans un billet pour annoncer trois concerts d'un coup. Pourtant, j'en aurais eu des choses à dire sur cette pièce que je mettrais sans doute dans le top 5 de celles que j'ai le mieux réussies jusqu'à présent.

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jeudi 16 mars 2017

Dvořák, Dvořák

Si vous aimez la musique d'Antonín Dvořák (ou bien celle de Dvořák Antonín) venez donc écouter la neuvième symphonie de Dvořák (dite du "Nouveau Monde") et le concerto pour violoncelle de Dvořák dans le nouveau programme de l'orchestre Ut Cinquième, dirigé par Léo Warynski, avec l'excellent Raphaël Merlin en soliste. Ça se passe les 16, 18 et 19 mars 2017 à Paris, voir l'affiche ci-dessous pour les détails pratiques. 

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mercredi 4 novembre 2015

La huitième merveille du monde (Bruckner par l'Orchestre d'ïle de France et Yoel Levi)

C'est la première fois que j'écoute un concert dans la grande salle de la nouvelle Philharmonie, inaugurée en janvier dernier. La philharmonie de Paris est aussi belle à l'intérieur que moche à l'extérieur. Les couleurs chaudes créent une impression rassurante et intime, la conception asymétrique des balcons de la grande salle évite l'impression d'écrasement. L'acoustique est un peu plus généreuse que celle de la salle Pleyel (j'ai pu compter jusqu'à quatre secondes de réverbération lorsque des fortissimos d'orchestre débouchent sur le silence ou sur un pianissomo, comme c'est souvent le cas chez Bruckner). J'ai l'impression qu'on peut bien entendre et bien voir où qu'on soit placé, ce qui est impressionnant avec une jauge de presque 2400 places. On en viendrait presque à pardonner les retards et le budget colossal de ce projet mégalomane: comme le château de Versailles ou la bibliothèque François Miterrand, ce bâtiment est sans doute destiné à faire la gloire d'une ville après avoir créé la polémique lors de son long et difficile accouchement. En bref cette salle philharmonique est un peu comme cette fille au lycée que personne ne regardait car elle avait le nez de travers et de grosses lunettes, et dont on se rendait compte lorsqu'on la connaissait mieux qu'elle avait des yeux magnifiques, la peau douce et je vous laisse imaginer le reste. Il ne faut pas s'arrêter à son physique extérieurement ingrat, à ces gris métalliques et froids, à ces fameux "oiseaux" qui semblent faits de plomb et qui n'ont fait s'envoler que la facture.

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mercredi 10 juin 2015

Tour à Tour de Philippe Hurel à la maison de la Radio

Entendu le 5 juin dernier dans le très bel auditorium de la Maison de la Radio à Paris, Tour à Tour de Philippe Hurel, ambitieuse partition symphonique de 60 minutes présentée dans le cadre du festival Manifeste de l'IRCAM.

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vendredi 22 mai 2015

Le Roi Arthus de Chausson bientôt à l'Opéra de Paris

Plus de cent ans après sa création à Bruxelles, l'unique opéra d'Ernest Chausson fait enfin son entrée à l'opéra de Paris. Il était temps ! Les Parisiens pourront enfin découvrir ce Tristan à la française, qui narre les amours contrariées (et adultérines) de Lancelot et Guenièvre. Je vous en dirai plus dans un prochain billet, car j'aurais le plaisir d'assister à cet évènement. En attendant je vous invite à écouter cette interview de Roberto Alagna sur le site de l'Opéra de Paris qui nous dit que l'orchestre est un personnage à part entière, et que la voix n'est qu'une des composantes d'une riche texture.

Bien qu'il s'en défende, l'écriture de Chausson reste assez proche de Wagner, au moins sur le plan technique. La polyphonie (chaque voix se veut une ligne mélodique), le chromatisme avec des modulations incroyables et des changements de couleur magnifiques, le romantisme exacerbé, le développement d'un petit nombre de motifs simples, tout cela est assez wagnérien. Mais la musique de Chausson possède aussi par instants une grâce, une élégance, une légèreté fort peu germaniques, et elle semble annoncer l'impressionnisme.

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mercredi 18 mars 2015

Un Faust diablement bourgeois

Avec un peu de retard, je publie un compte-rendu de la première de Faust à l'opéra Bastille le 2 mars dernier. Ayant eu le plaisir de participer à une production de cet opéra en 2002 (dans la fosse d'orchestre, à l'alto) c'est une partition que je connais assez bien et que je retrouvais avec grand plaisir (et avec l'ami Nicolas qui a l'époque tenait la position de violon solo à l'orchestre Ut Cinquième).

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mardi 17 février 2015

Présences 2015 à la Maison de la Radio

Entendu le 6 février dernier, dans le nouvel auditorium de la Maison de la Radio à Paris, le concert d'ouverture du festival Présences 2015 dédié aux deux Amériques. Quelques mots d'abord sur cet Auditorium qui remplace l'ex Studio Olivier Messiaen. Imaginez un grand cylindre dont la base fait une vingtaine de mètres de diamètre. Le premier niveau est consacré au deux tiers pour la vaste scène qui peut accueillir facilement une centaine de musiciens, et pour un tiers aux spectateurs. Ensuite, sur trois niveaux, des spectateurs sur trois grands balcons qui font le tour complet. Le grand avantage de cette architecture est la proximité avec les musiciens ainsi que la possibilité de voir le chef d'orchestre de face, ce que personnellement j'apprécie beaucoup. 

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mercredi 7 mai 2014

Le bordel de Rat-Vélo comme vous ne l'avez jamais vu.

La meilleure blague d'altiste de l'année est sans conteste celle qui a été postée sur itoutioube par Frederico Bresciani (Vérification faite, elle a été postée en 2011 d'ailleurs). Elle montre que le pupitre d'alto est tout de même celui où l'on se marre le plus. Encore plus drôle que cette autre blague d'altiste en concert. Et à rapprocher de l'exceptionelle performance Jacques Villeret à la caisse claire dans le même Boléro de Ravel.

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jeudi 16 janvier 2014

Création du double concerto de Chengbi An

L'accordéoniste Fanny Vicens me signale la création d'un double concerto pour piano et accordéeon, vendredi 17 février à l'Arsenal de Metz. Pour ceux d'entre nous qui n'ont pas la chance d'habiter la belle ville de Metz et de profiter de cette belle salle et de son splendide orchestre en résidence, ce sera disponible en streaming.

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vendredi 20 décembre 2013

Espaces acoustiques

L'ambiance était à la fête ce 14 décembre, à la cité de la Musique. En compagnie de l'ami Philippe et d'un public nombreux, nous avons pu déguster l'intégrale des Espaces acoustiques de Gérard Grisey, par l'ensemble intercontemporain complété par l'orchestre du Conservatoire de Paris.

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jeudi 28 novembre 2013

Petits meurtres en famille (Elektra à l'Opéra de Paris)

Ouï dimanche dernier à l'Opéra de Paris, une fort belle production d'Elektra de Richard Strauss. Créé en 1909, cet opéra pousse le chromatisme (post-)wagnérien dans ces derniers retranchements. Un certain Arnold Schönberg ne manqua pas d'en tirer des leçons lorsque; quelques années plus tard, avec Erwartung puis le Pierrot Lunaire, il enterrera la tonalité que Strauss avait poignardé aussi énergiquement qu'Oreste s'occupe de son beau-papa. On ne peut pas aller plus loin qu'Elektra; Strauss lui-même l'a compris, car il s'est tourné vers un tout autre style pour ses opéras suivants, comme le Chevalier à la Rose ou encore Cappricio.

Elektra est l'histoire d'une vengeance, et ça n'est même que ça. Obsédée par le meutre de son père Agamemnon, qui a été assasiné par son épouse Clytemnestre et par l'amant de celle-ci Egisthe, Elektra ne rêve que de laver l'affront dans le sang de sa propre mère. Elle reste sourde aux appels de Chrisotemis, sa soeur, qui aimerait bien "tourner la page" et "refaire sa vie" comme on dit de nos jours. Elle attend le retour de son frère Oreste pour l'aider à exécuter son plan. Plan aussi simple que subtil et dans lequel une rencontre entre certaine hache et la tête de Maman tient une place centrale.

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mercredi 25 septembre 2013

Concert Les Arpèges le 28 septembre à Paris

Samedi 28 septembre prochain, j'aurai le plaisir de participer au prochain concert de l'ensemble Les Arpèges, avec le choeur Polymnia, sous la direction de Julien Leroy. Au programme, la symphonie numéro 8 dite "inachevée" de Schubert, le Cantique de Jean Racine de Fauré et le très beau Psaume 42 de Mendelssohn pour choeur, solistes et orchestre (Comme une biche soupire après des courants d'eau, ainsi mon âme soupire après toi, mon Dieu). Les détails sont sur le site de l'orchestre Les Arpèges. Venez nombreux !

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mardi 10 septembre 2013

L'orchestre Ut Cinquième recrute

L'orchestre Ut Cinquième recrute des instrumentistes pour la rentrée de septembre 2013. Cet orchestre amateur auquel j'ai le bonheur de participer depuis 20 ans (oui madame ! depuis 1994, ça ne nous rajeunit pas tout ça) a comme particularité de fonctionner uniquement avec des chefs invités. Le travail s'organise autour de trois trimestres (ou "modules") qui consistent en une dizaine de répétitions le mercredi soir, plus un week-end, afin de préparer deux, trois ou quatre concerts.

affiche recrutement 2013-2014

Les autres particularités que j'apprécie beaucoup dans cet ensemble sont l'enthousiasme des musiciens, l'ambiance amicale la mixité des générations (ce n'est pas un orchestre de jeunes ni un orchestre de vieux). Ce que j'aime un peu moins est le conservatisme des programmes ces dernières années. Je me souviens avoir pourtant joué dans plusieurs créations et oeuvres de compositeurs vivants avec Ut Cinquième, à l'époque où les musiciens avaient davantage le coeur aventureux, et ne desespère pas qu'un brin d'esprit militant revienne parmi eux.

Le recrutement se fait sur audition. Plus d'information sur www.ut5.fr. 

mardi 9 juillet 2013

Gergiev et Temirkanov soutiennent l'orchestre de la radio-télévision grecque

Lu sur le blog (anglophone) de Norman Lebrecht, la lettre de soutien de deux stars russes de la direction d'orchestre - Valery Gerviev et Yuri Temirkanov - aux musiciens de la radio-télévision d'État grecque, qui attendent toujours d'être fixés sur leur sort.

Certains de leurs arguments sont très forts: ils rappellent notamment que même dans les heures les plus sombres de la crise qui a suivi la chute du communisme, les orchestres russes ont continué de fonctionner (et en Europe, c'est vrai de la plupart des orchestre pendant les années de guerre, pourrait-on ajouter). Ils ajoutent encore qu'un pays sans culture est un pays sans futur, et que la destruction d'un tel ensemble porterait un coup fatal à la culture et au prestige de la Grèce parmi les nations civilisées, sans rien résoudre au plan économique bien sûr. 

A propos des orchestres de la radio néerlandaise, j'avais déjà écrit pour ma part que les économies réalisées sont insignifiantes à l'échelle du buget d'une nation. Contrairement aux avocats ou aux joueurs de tennis, les musiciens professionnels (dans le monde du classique au moins) sont des experts singulièrement peu onéreux. Les musiciens d'orchestre sont des artistes qui fournissent des efforts considérables pour arriver à l'excellence et se contentent en échange du salaire d'un employé de mairie. Loin de moi l'idée de dénigrer les employés de mairie, mais j'ai tout de même l'impression que la sympathique dame qui m'a aidé à remplir mon dossier de renouvellement de passeport n'avait pas fourni autant d'efforts ni surmonté autant de barrières pour décrocher et conserver son job qu'un artiste qui joue du violoncelle ou du trombone professionellement. Et qu'elle ne subissait pas les mêmes contraintes comme de travailler tard le soir ou encore le dimanches et jours fériés.

C'est donc un sentiment d'injustice et d'absurdité particulièrement fort qui m'étreint lorsque je vois que des formations symphoniques qui existent depuis des décennies, qui fournissent un service public d'accès à la culture pour tous avec un budget des plus modestes, sont menacés de mort par des bureaucrates sans conscience. Si l'on n'a plus ni musique ni poésie ni littérature, si l'on n'a plus accès à notre propre histoire, c'est la pire des dictatures qui nous attend. Car un objectif prioritaire de tous les dictatures a toujours été d'effacer la mémoire et la culture des peuples afin de mieux la manipuler. C'est pourquoi il faut écrire aux dirigeants de la Grèce (je ne veux pas parler du gouvernement ni du parlement grecs mais des fonctionnaires du FMI et de la Commission Européenne) pour leur redire: Oui à la culture pour tous, non au culte du veau d'or !

lundi 25 avril 2011

Du rififi à la Sorbonne

Après les orchestres de la radio néerlandaise, c'est l'Orchestre Universitaire de la Sorbonne qui est aujourd'hui menacé de disparition. Cette association qui fête cette année ses 35 ans d'existence fonctionne en partenariat avec Paris-IV Sorbonne. La participation à l'orchestre permet aux étudiants de valider des modules pour leurs diplômes de musicologie, des locaux et des heurs d'enseignement (autrement dit :des gros sous) sont mis à la disposition de Musique en Sorbonne.

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L'UFR de musicologie a décidé en février dernier de ne pas renouveler le partenariat, c'est à dire couper les fonds mais aussi de supprimer l'agrément qui permet aux étudiants d'intégrer l'orchestre dans leur cursus. Ce qui se cache au juste derrière cette décision n'est pas très clair, car la seule source d'information dont je dispose est la pétition qui dénonce et récuse cette décision.  Querelle de personnes, nous dit Daniel Morel dans son communiqué:

Dans un mail récent adressé à des signataires de la pétition et repris à destination de la communauté MusiSorbonne, l'UFR célèbre l'action de Jacques Grimbert et Denis Rouger sans citer une seule fois le travail accompli depuis trois ans par Johan Farjot, successeur de Jacques Grimbert à la tête du COUPS; Johan Farjot a porté la qualité de l'orchestre à un niveau jamais atteint et a fait rayonner Musique en Sorbonne par des actions nouvelles (organisation d'un Festival, organisation d'un concours "Jeunes Solistes" ouvert aux étudiants, ouverture à la musique contemporaine, …) dont la plupart sont réalisées en liaison avec l'UFR de Musicologie.

Il apparaît donc clairement que les querelles de personnes consécutives au départ de Jacques Grimbert prennent le pas sur les attentes pédagogiques des étudiants ; il s'agit de cloner le COUPS (mais avec quelle structure, quels moyens, pas un mot n'a été dit officiellement sur les personnels en poste) pour en faire un organisme sous le contrôle direct de l'UFR de Musicologie : recrutement des chefs (d'orchestre et de chœur) fait directement par l'université, comité de programmation rattaché à l’UFR qui décidera chaque année des œuvres à interpréter, ….

Les sites Qobuz et Resmusica ont repris l'info en se contentant de copier-coller le communiqué en question, on n'en saura donc pas plus. Le nœud de l'affaire est manifestement le contrôle de l'UFR de Musicologie sur l'Orchestre qu'elle finance (en partie seulement, le COUPS bénéficie d'autres recettes, comme les subventions publiques, le mécénat et la billetterie).

Quoi qu'il en soit, les justifications avancées officiellement par l'UFR pour une décision aussi grave paraissent des plus légères: "la direction de l’association « Musique en Sorbonne », sourde à nos demandes et fermée à toute concertation, n’est pas en mesure de répondre aux attentes de l’université dans ce nouveau contexte". Quelles peuvent être au juste ces attentes non satisfaites ? Il y a manifestement des raisons inavouables à cette décision. Quoi qu'il en soit le torchon brûle désormais entre musicologues et musiciens à Paris IV. Qui a dit que la musique adoucissait les mœurs ?

mardi 5 avril 2011

La musique de l'avenir sur les instruments du passé

Reçu dans ma boîte à spam, cette pub de la Cité de la Musique:

L'intégrale des symphonies de Beethoven.

Compositeur universel, Ludwig van Beethoven n'a cessé d'influencer des générations de musiciens. La Cité de la musique vous propose l'intégrale de ses symphonies. Interprétée par la Chambre Philharmonique sous la direction d'Emmanuel Krivine et jouée sur instruments d'époque, cette série de concerts retrace la manière dont Beethoven a dépassé toutes les conventions pour projeter le genre symphonique dans l'avenir.

En mon for intérieur, je n'ai pas pu m'empêcher d'être perplexe: si le mec, là, Beethoven, il était tellement moderne qu'aujourd'hui encore il décoiffe les mamies de la salle Pleyel, quel besoin y a-t-il d'utiliser des instruments anciens (ou copies d'ancien) pour le jouer ?

Attention, je n'ai rien de spécial contre E. Krivine et son orchestre: j'ai eu le bonheur de les entendre à Salzbourg il y a quelques années dans un opéra de Mozart, c'était vraiment impec. Du travail soigné, à l'ancienne. Je kiffe les cordes en boyau, les cors naturels, et les pianoforte sans double échappement. Respect total pour les mecs qui font des années de recherches sur le son des instruments. Si le son n'est pas important, qu'est-ce qui est important pour un musicien ?

Cela étant posé, c'est tout de même ahurissant se se présenter comme progressiste alors qu'on se spécialise dans la musique vieille de 200 ans et plus. C'est là la plus grande ruse des musiciens spécialisés dans les instruments d'époque: se faire passer pour modernes et par conséquent, ringardiser ceux qui ne jouent pas comme eux. Pour un peu, on y croirait, à leur fable. Comme si l'histoire de la musique (celle qu'on enseigne dans les histoires de la musique) était définitivement close. Comme si la seule évolution était celle des traditions interprétatives. Comme si la musique qu'on fait aujourd'hui, que ça soit du rock ou du Mantovani, c'était forcément de la merde (alors que tout le monde sait que dans le rock il y a des choses bien parfois). Du reste nous en avons déjà parlé. La muséification à l'oeuvre dans tous les arts, la culte effréné et idolâtre des oeuvres du passé et la réaction des artistes contemporains qui trouvent refuge dans l'absurde, la provocation ou l'anecdotique, tout ça caractérise notre époque et n'augure rien de bon d'ailleurs pour celle qui va suivre.

C'est décidé: la prochaine fois qu'un ayatollah du diapason à 415 Hz, adepte du J-S Bach avec archet convexe et sans un picogramme de vibrato me chauffe les oreilles en me disant qu' on ne peut plus jouer comme ça aujourd'hui, je commencerai par lui rire au nez bien fort avant de répliquer: z-y-va bouffon, tu trouves ça moderne de jouer du violon comme mon arrière-grand-mère ?

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(illustration de ce billet: Comme les vieux chantent, ainsi les jeunes jouent de la flûte, toile de Jacob Jordaens, 1638, conservée au musée d'Anvers).


dimanche 27 mars 2011

La musique éveille le temps, par Daniel Barenboim

Daniel Barenboim, le pianiste et chef d'orchestre bien connu, a déjà eu l'occasion de s'expliquer sur son engagement politique, sur la musique de Wagner, sur Israël et la Palestine dans de nombreuses interviews. Il avait également publié un livre Parallèles et Paradoxes avec l'intellectuel palestinien Edward Saïd qui fut avec Barenboim l'inspirateur du projet du West-Eastern Divan Orchestra, à savoir un orchestre symphonique de jeunes qui regroupe des Israéliens, des Palestiniens, des Syriens, des Libanais et d'autres nationalités, et qui cherche à susciter une meilleure compréhension mutuelle des peuples du Proche-Orient. Du reste nous avons déjà parlé de ce orchestre dans le journal de Papageno.

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Ce nouveau livre, La musique éveille le temps, publié en 2008, est l'occasion de regarder en arrière, de faire le point sur 10 ans avec le West-Eastern Divan et sur 60 ans de carrière comme musicien. Barenboim y développe une philosophie qui cherche et trouve dans la pratique de la musique une sagesse s'appliquant à la vie des individus comme à celle des nations. De même que la polyphonie permet à chaque voix musicale de s'exprimer en écoutant les autres voix, de même une solution de paix entre Israéliens et Palestiniens ne pourra être basée que sur l'écoute et le respect mutuel.  "La musique n'est pas une alternative mais plutôt un modèle", écrit-il. "La diversité du groupe est propice à la coexistence pacifique de diverses identités nationales, et, au-delà, permet à chacun de se libérer des idées préconçues sur l'autre". Et encore: "Lorsque les Palestiniens et d'autres Arabes se joignent à des Israéliens pour faire de la musique, le principal élément qui manque dans la vie politique de la région, à savoir l'égalité, est déjà une donnée".

L'orchestre symphonique comme modèle de société ? Les initiatives comme El Sistema de Gustavo Dudamel au Venezuela, ou plus proche de chez nous, le réseau Orchestres à l'école montrent que la musique peut jouer un grand rôle dans l'éducation et la socialisation des jeunes des quartiers défavorisés, et dans la prévention de la violence. Il y a une sorte de magie de la musique qui agit de manière étonnamment efficace. D'autres événements culturels ou sportifs peuvent jouer un rôle social comparable, mais il y a dans le sport une notion d'affrontement et de polarisation du public (songez à un match de foot Paris - Marseille) alors que la musique rassemble. Ainsi, créer des compétitions sportives avec des Israéliens et des Palestiniens contribuerait certainement à une meilleure entente mutuelle et à la paix dans cette région du monde, mais les supporters resteront attachés à la défense de leur nation. Regrouper des personnes des deux nationalités autour d'un projet artistique est un geste plus fort, qui va beaucoup plus loin. Comme le remarque très justement Barenboim, la musique engage en nous toutes les dimensions de l'être: affectives, intellectuelles, et morales.

"On a souvent admiré mes initiatives, en faisant allusion à une certaine naïveté de ma part. Mais je me demande s'il n'est pas encore plus naïf de compter sur une solution militaire qui n'a pas fonctionné depuis soixante ans". Admiré par beaucoup, Barenboim a été également critiqué de manière violente par l'extrême droit israélienne: on l'a traité de fasciste, d'antisémite, etc. Certains ont même voulu lui retirer la nationalité israélienne en 2008, au moment où il a accepté le titre de citoyen palestinien honoraire décerné par l'Autorité Palestinienne.

Naïf, Barenboim ne l'est certainement pas: c'est plutôt sa lucidité qui me frappe à chaque page de ce livre. A propos de la musique de Wagner, il reconnaît sans détour l'antisémitisme déclaré de Wagner, et l'utilisation outrancière que les nazis ont fait de sa musique. Mais il poursuit l'argumentation: les nazis ont cherché à récupérer d'autres chefs-d'œuvre du patrimoine allemand comme la 9e symphonie de Beethoven: faut-il pour autant rayer du catalogue toute la musique qui a été jouée entre 1933 et 1945 en Allemagne ? Qu'on l'aime ou pas, Wagner est tout de même un musicien capital dans l'histoire de la musique occidentale, un de ceux qui a obligé les autres à se positionner pour ou contre, sans laisser personne indifférent. Par ailleurs, continue Barenboim, si on doit respecter la sensibilité de ceux qui associent la musique de Wagner au nazisme et refusent d'écouter sa musique, on peut également respecter le choix de ceux qui ne font pas une telle association. Et un tel choix doit être fait par les individus, et non par le groupe. Autrement dit le refus de la musique de Wagner, s'il est légitime dans certains cas, ne peut être imposé par une tabou à l'échelle de la nation toute entière.

Après un concert du West-Eastern Divan Orchestra à Ramallah en 2005, c'est toujours avec une grande lucidité que Barenboim analyse les réactions du public: ceux qui approuvent et comprennent le projet, et ceux qui jugent indécent de dépenser de l'énergie à des choses aussi futiles que la musique alors que des injustices et des violences si graves sont commises quotidiennement. Le musicien a fait son choix et l'assume, mais il reconnaît et même écoute attentivement l'opinion de ceux qui le critiquent.

Daniel Barenboim évoque également dans son livre sa passion pour la musique, compare la forme sonate et la fugue, évoque le rôle de Bach, Mozart, Spinoza ou Boulez dans sa vie. Pour être franc, cette partie théorique n'est pas ce qui m'a le plus passionné: ce qu'il écrit est souvent juste mais rarement original ou très profond. De même les parallèles qu'il dresse entre formes musicales et structures politiques ont leurs limites. Barenboim est un musicien, et non un intellectuel comme l'était son ami Edward Saïd (dont nous recommandons de manière urgente la lecture de Orientalism ou Culture and Imperalism à ceux de nos lecteurs qui ne le connaîtraient pas). Son livre est intéressant et même passionnant en tant que témoignage d'une vie d'artiste engagé et exemplaire, davantage que pour son contenu théorique. On y trouve certains documents comme le discours historique qu'il a prononcé en 2004 à la Knesset lorsqu'on lui a attribué le prix Wolf. Dans ce discours il cite la déclaration d'indépendance: "Une complète égalité de droits sociaux et politiques, sans distinction de croyance, de race ou de sexe [...] Nous tendons la main de l'amitié, de la paix et du bon voisinage à tous les États qui nous entourent et à leurs peuples". Il pose ensuite la question aux députés israéliens; "pouvons-nous, malgré tout ce que nous avons accompli, ignorer le fossé intolérable entre ce que nous promettait la déclaration d'indépendance et ce qui a été réalisé, le fossé entre l'idée et les réalités d'Israël ?  [...] L'indépendance de l'un au dépens des droits fondamentaux de l'autre a-t-elle un sens ?"

L'espoir est tout aussi nécessaire à l'homme que le pain qu'il mange ou l'air qu'il respire. C'est pourquoi, alors que la situation du conflit Israëlo-Palestinien sur le terrain paraît aussi inextricable et insoluble que jamais, il nous faut d'autres Barenboim. D'autres prophètes pour nous rappeler que la paix n'est pas seulement un concept abstrait à l'usage des doux rêveurs idéalistes, mais un processus, un travail comparable aux efforts des musiciens pour atteindre la perfection, et que ce travail a déjà commencé.


dimanche 22 mars 2009

Concerts: Malher par Ut Cinquième

L'orchestre Ut Cinquième donnera la Symphonie n°4 de Gustav MAHLER sous la direction de Julien LEROY et avec la participation de Catherine RADLO, soprano.

vendredi 6 février 2009

Schnubel, Merlet, Franck, Schumann à la Cité U

Entendu hier, un concert de [l'orchestre (et la chorale) de la cité internationale universitaire |http://www.ciup.fr/orchestre.htm|fr].

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samedi 31 janvier 2009

[Folle Journée] Bach: messe en si mineur

La messe en si mineur de Jean-Sébastien Bach donnée par l'ensemble instrumental et vocal de Lausanne sous la direction d'un jeune homme du nom de Michel Corboz était sans conteste un des grands moments de cette Folle Journée 2009.

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